Terra 12 avril 2018 à 14h00 | Par Claire Le Clève

Groupe Avril : "un vrai besoin d’œufs au sol"

Tout juste esquissé l’an passé, le besoin en œufs issus de poules élevées au sol s’affirme. Il serait supérieur à celui du plein air d’ici cinq ans. Un marché révélé lors de l’assemblée générale du groupement des 95 producteurs d’Armor œufs, partenaire du groupe Sanders. Le sol, une autre solution alternative à la cage, synonyme d’opportunités : de marché et de transformation de bâtiments.

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À la tribune, Thierry Coatrieux, directeur Armor œufs, 
Franck Picard, président, Arnaud Cornillet, vice-président 
et Yannick Thoraval, responsable amont de la filière œufs Avril.
À la tribune, Thierry Coatrieux, directeur Armor œufs, Franck Picard, président, Arnaud Cornillet, vice-président et Yannick Thoraval, responsable amont de la filière œufs Avril. - © Terra

La transition des élevages, imposée à rythme soutenu par l’évolution des marchés vers plus d’œufs alternatifs, si elle s’ accélère encore, interroge tout autant qu’elle inquiète. L’assemblée générale du groupement des 95 producteurs Armor œufs adossé à Sanders, filiale du groupe Avril, en a été le reflet le 3 avril dernier à Locminé. Elle a pointé le manque de clarté des messages politiques et les craintes suscitées par les nouveaux amendements sur l’arrêt, en code 3, de la commercialisation et de la production d’œufs. Restent de nouvelles solutions. À peine entrevues il y a un an, elles se font jour désormais pour les éleveurs de ce groupement. Ils pèsent pour plus de 6 millions d’œufs produits, à 85 % en code 3, c’est-à-dire issus de poules élevées en cage. Signe d’un retard d’adaptation à un marché qui, en GMS n’intéresse plus que 50 % des consommateurs.

Tout un panel de consommations

Reste que "le marché se segmente autour de différents types de consommateurs, chacun ayant des besoins différents", n’a pas manqué d’insister Marie Grimaldi N’Guyen, directrice générale nutrition et transformation animale chez Avril, en s’appuyant sur l’étude prospective réalisée par le groupe. Que sera le marché en 2023 pour ce produit de commodité par excellence, aimé des Français à 96 % et consommé une à deux fois par semaines dans 88 % des foyers ? "Il va se structurer entre des consommateurs sensibles au prix, avec d’un côté, l’élevage en cage et au sol pour 45 % d’entre-eux, et de l’autre, le plein-air et le bio à 55 %", analyse cette spécialiste du marketing commercial. Même tendance pour les clients d’Ovoteam (Avril), en RHD (restauration hors domicile) ou IAA (industries agro-alimentaires). "On va assister à la même logique de glissement, avec une offre aujourd’hui à 90 % d’œufs issus de poules en cage passant potentiellement à 65 % des besoins", appuie-t-elle. Une compréhension des marchés "à réviser tous les ans", ne cache-t-elle pas, prudente.

Plus 4,5 millions de poules entre sol et plein-air

Un retournement de marché qui se traduit par une réduction d’ici 2023 sur le périmètre d’approvisionnement du groupe Avril (notamment pour Matines et Ovoteam), "de cinq millions de poules en cage", projette, tout aussi prudent, Yannick Thoraval, responsable amont de la filière œufs d’Avril, dont 50 % des œufs viennent du groupement Armor œufs. Mais en contrepartie, c’est une demande de 4,5 millions de poules qui se ferait jour pour 2023, se répartissant à parts quasi-égales entre le plein-air et le sol. Un basculement. "Avant, nous projetions assez peu de volumes au sol, mais c’est une vraie évolution, nous avons désormais cette capacité de marché, a-t-il assuré, en enfonçant le clou : je vous invite donc à réfléchir à vos capacités de transformation de vos élevages de la cage au sol". Une perspective face à "des éleveurs standards inquiets de voir la part de marché de leur production diminuer peut-être plus rapidement que prévu", n’a pas manqué de souligner Franck Picard, président d’Armor œufs. "Une bonne alternative car beaucoup de nos bâtiments ne sont pas adossés à une parcelle de terre suffisante pour faire du plein-air", a-t-il pointé. Et les éleveurs sont également inquiets du "développement anarchique de la production plein-air ou bio", et préférant voir se transformer l’existant plutôt que d’assister à de nouvelles créations, "qui vont nous envoyer dans le mur en renforçant l’autosuffisance avec le risque de prix se dégradant", estime l’éleveur de Bignan (56) pour qui il faut garder un peu "de sérénité, ne pas aller plus vite que le marché, rattraper et tempérer".

En ordre de marche

Reste la capacité technique et financière à effectuer cette transformation que certains ont déjà effectuée (lire article page 11). L’année 2017 aura été belle, notamment avec un de bons résultats techniques. L’embellie sur le cours de l’œuf coquille, dès la mi-2017 avec la crise du Fipronil, a redonné à l’œuf français des couleurs, avec une demande accrue et un doublement de son cours. Un regain qui se poursuit. De quoi donner un peu de marge de manœuvre pour envisager de nouveaux investissements. Reste le besoin de visibilité face aux retournements et à l’évolution des marchés. "Il faut des engagements contractuels longs pour convaincre le banquier et ramener de la confiance", n’a pas manqué de recommander Franck Picard.

 

 

En 2016, les modes d’élevages se répartissaient ainsi en France (sur 48,6 millions de poules pondeuses).
En 2016, les modes d’élevages se répartissaient ainsi en France (sur 48,6 millions de poules pondeuses). - © Terra

Le saviez-vous   ?

En Bretagne, plus de 20 millions de pondeuses produisent plus de 6 milliards d’œufs/an, soit près de 44 % de la production française. Chaque Français en consomme 220 en moyenne/an.

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