Terra 02 mai 2015 à 08h00 | Par Jean Dubé

Guerlédan château d'eau de la Bretagne

Tout ou presque aura été dit sur la vidange du plus grand lac artificiel breton afin de procéder à l'inspection technique trentenaire de son barrage hydro-électrique. Tout sur les 51 millions de mètres cubes qui s'en sont retirés entre le 9 mars et le 18 avril dernier, date de sa mise en assec. Tout sauf, peut-être, le gigantesque château d'eau qu'il représente pour la Bretagne quand il abreuve la moitié des Morbihannais.

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15h34, lundi 20 avril 2015.  Température de l'air 24 °C sur l'anse de Landroanec à Mûr de Bretagne. Les eaux du lac de Guerlédan se sont retirées et ont cédé la place à un paysage lunaire, déjà craquelé, totalement asséché. Les touristes qui affluent, dès à présent en nombre, ont conduit les préfectures du Morbihan et des Côtes d'Armor à revoir leurs plans de circulation aux abords du site. Qu'on se le dise, pour voir, il faudra marcher, et payer d'ici peu ! Alors, à la faveur des vacances de printemps et de la gratuité d'accès, on se presse déjà sur les parkings. dix autres supplémentaires ont été prévus pour accueillir, sur 44 ha réquisitionnés sur des terres agricoles auprès de 12 exploitants, les grandes foules de l'été, dopées en juillet par la perspective des haltes bretonnes du Tour de France. Un tel spectacle n'avait pas été vu depuis 1985, date de la dernière vidange. Quatre portes d'accès et quatre seules ont été prévues pour profiter du spectacle à Tréganton, Beau Rivage, Rond point du lac et anse de Sordan.

Produire, transporter et distribuer l'eau

Alors, il y en aura du monde, beaucoup de monde. Beaucoup à ne pas imaginer que le plus grand lac artificiel de Bretagne, étendant ses rives sur 304 ha, constitue un véritable château d'eau. Grâce à cette ressource, la moitié des Morbihannais et de ses estivants étanchent leur soif. Un robinet essentiel à l'alimentation en eau potable de la Bretagne mais qui vient d'être coupé. Regarder  actuellement la couleur chocolat du Blavet à Pontivy suffit à comprendre cet arrêt. "La vidange a entraîné une modification de la qualité des eaux brutes avec un effet de chasse d'eau sur les sédiments. Nous avons adapté nos filières de traitement, les usines de production et le réseau d’interconnexion depuis plus deux ans pour faire face à cette vidange", note, sereine, Françoise Jehanno, directrice d'Eau du Morbihan. Ce syndicat départemental de l'eau, créé il y a 40 ans,  apporte à
232 communes (sur les 261 que compte le Morbihan) une eau potable "en quantité et en qualité" insiste-t-elle. Seules les agglomérations de Vannes  et de Lorient y pourvoient en autonomie.

 

Blavet, 7 usines sur 16

Avec une géologie peu propice à retenir les eaux souterraines, le Morbihan, comme les autres département bretons, est fortement dépendant de ses eaux de surface, celles des rivières et des plans d'eau, pour alimenter sa population en eau potable. Avec
40 stations de pompage d'eaux souterraines de faibles débits, variant de 5 m3 à 25 m3 heures, ce sont les 16 usines d'eau superficielle produisant de 100 à 1 250 m3/h (pour la plus importante à Tréauray sur le Loch) qui fournissent  80 % de l'eau brute (voir carte) nécessaire. Une eau qu'il faut traiter, assainir, transporter et dont le syndicat n'assure la distribution que sur 120 communes.  Sur ces 16 usines départementales, 7 fonctionnent à partir du Blavet. "Nous avons mis à l'arrêt l'usine de Mangoer 1. Sa grande sœur Mangoer 2 est une usine de traitement et de sécurisation qui vient alimenter les réservoirs de Cosquer à Malguénac et de Rangoët, eux-mêmes archi-pleins. Ces réservoirs alimentent le réseau d'interconnexion", détaille-t-elle sur une carte pointée à l'appui. Puis vient l'usine du déversoir à Pontivy puisant dans le bief de Kerbellec, puis celle de Guern, à Baud, puis Langroise et ses 1 000 m3/h.... Toutes seront arrêtées durant le passage de ce "culot" vaseux. Pour autant, pas d'arrêt dans le service.

 

Interconnecter

"La où il n'y a pas d'eau, on en apporte, notamment quand il y a des pointes de consommation, l'été sur la côte, ou bien en septembre-octobre en centre Bretagne pour les usines agroalimentaires".  C'est le principe de l'interconnexion en eau. "On partage et on mutualise la ressource. Cela nous permet ainsi de suppléer à l'arrêt d'une usine majeure du département tout en assurant la continuité de service". 27 millions de m3 d'eau potable sont produits par Eau du Morbihan sur les 33 livrés sur son  périmètre.  Avec la prévision de vidange de Guerlédan, le syndicat a mis les bouchées doubles, multipliant les travaux. "Nous avons augmenté la capacité de surpresseurs, des postes de reprises qui entrent en action quand le gravitaire ne suffit plus". Par ce procédé, l'eau de la très méridionale réserve de Tréauray remonte désormais à Pontivy. Et pour préparer la gestion de l'étiage sans le soutien du lac, c'est grâce à la Vilaine et l'usine de Férel que sera étanchée la soif estivale des Morbihannais, grâce aux interconnexions de réseaux dont la sécheresse de 2005 avait dopé la progression.

Un barrage

Un chantier de 7 ans, 208 m de long et 45 m de hauteur, le barrage de Guerlédan a été mis en service en 1929. La retenue d'eau stocke 51 millions de m3 d'eauet  alimente 4 turbines hydroélectriques d'une puissance totale de 15 MW pour une production équivalente à la consommation annuelle de 15 000 habitants. Après une inspection subaquatique en 1995 et 2005, EDF et l'Etat ont décidé la vidange totale de la retenue dont la dernière datait de 1985. Celle-ci s'est achevée le 18 avril pour un assec qui perdurera jusqu'à novembre, le temps nécessaire pour réaliser les différents chantiers (entretien sur la paroi du barrage, modernisation des vannes de fond, installation d'un  système qui permettra à l'avenir d'assurer la maintenance sans vidange.

Vigilance sur la ressource

L’œil rivé sur un baromètre ancré au beau fixe depuis 3 semaines, Françoise Jehanno dit ne pas être inquiète sur la gestion de l'étiage à venir. "Ça va parce qu'on a les réseaux d’interconnexion. Une fois le bouchon passé, on va revenir à une situation plus stable avec le seul débit du Blavet". 2,5 m3 par seconde, c'est peu. L'importation d'eau de la Vilaine sera dont cruciale. "On a envisagé tous les scénarios. Les infrastructures sont là, les réserves d'eau sont pleines, c'est rassurant. La seule chose que l'on ne maîtrise pas, c'est l'état de la ressource". Et le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) indique dès à présent des niveaux moyens de la ressource en eau. La vigilance s'impose donc, "notamment en fin d'été", en pleine période d'étiage. Si éviter les gaspillages d'eau s'impose plus que jamais à tous, le message est dès à présent lancé aux agriculteurs et industriels, "préservez vos propres ressources en eau pour la fin de l'été. C'est maintenant qu'il faut prélever sur le réseau d'eau potable pour éviter que tout le monde bascule sur celui-ci à la fin de l'été, en période d'étiage tardif....".


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