Terra 15 mars 2018 à 12h00 | Par Hélène Bonneau

Guerre des prix : le législatif comme porte de salut !

Olivier Allain, vice-président de la région, a invité Serge Papin, président de la coopérative U, dans son exploitation pour une discussion à bâtons rompus autour de la distribution, des produits agricoles, de la segmentation ou encore des États généraux de l'alimentation (EGA) auxquels ils ont tous deux participés avec attention.

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"Si tous les opérateurs y mettent du leur, si les collectivités et les consommateurs jouent le jeu, les prix devraient évoluer", 
Serge Papin, en discussion avec Olivier Allain.
"Si tous les opérateurs y mettent du leur, si les collectivités et les consommateurs jouent le jeu, les prix devraient évoluer", Serge Papin, en discussion avec Olivier Allain. - © Terra

C'est dans une ambiance décontractée que s'est tenue la visite de Serge Papin sur l'exploitation de viande bovine, veaux et volailles d'Olivier Allain à Corlay (22). Les deux hommes ont échangé librement autour des modes de distribution et de répartition de la valeur. Ainsi Serge Papin, convaincu que la guerre des prix entres distributeurs est contre-productive pour l'ensemble des maillons de la filière, reste méfiant sur les bonnes intentions affichées par ses concurrents. Il déclare que "la grande distribution aujourd'hui respecte la loi. La loi de modernisation de l'économie (LME) est clairement la loi du plus fort... mais je vois mal comment reprocher à une entreprise d'utiliser les outils mis à sa disposition. Si nous voulons du changement il faut modifier les régles en passant par le législatif". Des propos repris par Olivier Allain qui regrette malgré tout certains comportements abusifs et espère un changement prochain avec le vote du texte de loi faisant suite aux EGA.

 

La contractualisation au coeur des enjeux

Très concerné par un juste prix, rémunérateur pour tous, les deux hommes prônent d'une seule voix la contractualisation sur des marchés segmentés qui vont dans le sens de la montée en gamme. "Si les États généraux permettent de valoriser seulement 5 à 10 % des volumes se sera raté, estime l'agriculteur. Pour que cette démarche fasse date, il faudra qu'au moins 30 à 40 % des volumes soient concernés ; si c'est plus, se sera complément gagné". Une victoire que l'élu appelle de ses vœux au vu de l'implication de tous dans le processus. Le vice-président de région explique que la réussite de cette loi se fera sur la base de trois piliers : "l'État qui assumera sa partie, via la mise en œuvre de la loi et l'obligation pour les collectivités d'incorporer 50 % de produits bio et/ou locaux dans ses achats ; les agriculteurs et leurs représentants qui devront s'organiser en organisation professionnelle (OP) suffisamment puissante pour gagner en force de négociations ; et les distributeurs qui devront s'engager sur des volumes représentatifs".

 

Vers la fin du marché au cadran ?

Sur l'exemple de la filière porcine, Serge Papin s'est montré très critique sur le fonctionnement du marché de Plérin. Il assume : "il faut s'en affranchir, il faut faire péter le cadran de Plérin". Et d'expliquer sa position : "nous les distributeurs, savons parfaitement combien de kilos de porc nous allons vendre cette année. Nous devrions donc pouvoir contractualiser plutôt que de subir l'alternance prix de crise / prix spéculatifs. Ainsi les éleveurs seront assurés d'un prix minimum. Cependant ils devront aussi accepter de ne pas bénéficier des embellies. Nous ne devons pas rejeter ce débat là !". Fort de son message le distributeur pousse plus loin la logique et affirme que "ces crises successives influencent la marche en avant et pénalisent les améliorations vers plus de qualité, plus de bien-être animal". Si Olivier Allain reste prudent sur la méthode, il rejoint le P-DG sur l'aspect contractuel en soulignant le paradoxe de "ces agriculteurs engagés en production d'énergies vertes qui peuvent prévoir leurs revenus sur 15 à 20 ans, et ces mêmes agriculteurs, producteurs de lait qui ne connaissent pas le prix de leurs produits un mois à l'avance. Nous devons sortir de cette stratégie et aller vers des contrats qui portent sur quatre à cinq ans". Un constat largement partagé par Serge Papin, "favorable à cette stratégie qui doit pouvoir réconcilier la filière".

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