Terra 05 juillet 2018 à 08h00 | Par Propos recueillis par Jean Dubé

"Il est encore temps de rééquilibrer le volet sociétal et économique de la loi"

L'assemblée générale de la FRSEA Bretagne traitait vendredi dernier des États Généraux de l'Alimentation (pages 6-7) et de la suite législative donnée au projet de loi. Mais l'actualité des productions et des filières est dense. Terra a sollicité un entretien avec le président de la FRSEA Bretagne, pour un tour d'horizon des questions d'actualité.

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Thierry Coué, président de le FRSEA Bretagne
Thierry Coué, président de le FRSEA Bretagne - © Terra

Les EGA ont été au cœur des échanges de votre assemblée générale. Voit-on aujourd'hui un effet EGA à l'échelle des filières ?

Thierry Coué. Il y a des comportements qui changent dans les entreprises et un peu au niveau de la distribution, mais ça ne suffit pas ! Le jeu des acteurs reste globalement le même. On a bien vu au mois de décembre qu'une simple charte n’était pas suffisante. C’est pour cela que nous avons fait des manifestations en magasins et que la loi et les ordonnances sont nécessaires. La puissance de certains acteurs impose l’adoption d’outils qui permettent de rééquilibrer les forces et de protéger les agriculteurs.

Le calendrier d'adoption de la loi alimentation risque d’être retardé. Quelles peuvent être les conséquences ?

T. C. Le texte doit être présenté le 10 juillet en Commission mixte paritaire pour tenter de trouver un accord entre Sénat et Assemblée Nationale. Si ce n'est pas le cas, l’applicabilité de la loi et des ordonnances pour les prochaines négociations commerciales sera mise en péril. Nous attendons que cette commission soit conclusive. Le volet économique doit absolument être opérationnel dès les prochaines négociations commerciales.

Le Sénat est resté dans le champ économique que l'on souhaitait. Le gouvernement et les députés sont rentrés dans un débat sociétal sans évaluation économique. Ce que l'on attend du gouvernement et d'une chambre parlementaire, c'est de dépasser les clichés, de prendre en compte les progrès déjà réalisés par l'agriculture et faire une évaluation factuelle des conséquences économiques, sociales, sociétales, des décisions. Nous estimons que le volet sociétal a pris le pas sur le volet économique. La notion même de compétitivité était absente des débats. Pendant ce temps, l’Union européenne, et donc la France, négocie des accords bilatéraux avec des pays tiers ne respectant déjà pas nos standards de base. Voilà pourquoi nous avons manifesté il y a 15 jours, à la raffinerie de Donges, pour dire stop aux distorsions de concurrence.

Vous venez de signer une charte sur les phytos. Pour quoi faire ? Qu'est-ce que cela change ?

T. C. Nous en avons assez des réglementations ne tenant pas compte des contraintes et de l’économie de notre métier, adoptées sur pression médiatique. Nous voulons expliquer notre métier, ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. En concertation avec les maires et le conseil de l'agriculture régional, nous avons conclu une charte qui instaure le dialogue au niveau communal. Parce que l'échelon le plus proche, ce sont nos voisins ! L'ambition n'est pas d'interdire mais, en fonction de chaque situation locale, de trouver le consensus le plus adapté aux besoins des différents lieux susceptibles d'héberger des personnes sensibles, comme les écoles ou les maisons de retraite. Cette charte concrétise notre volonté de renforcer les échanges, et de partager la compréhension de notre métier.

Le nouveau programme d’action régional nitrates est soumis à consultation. Vous avez claqué la porte des négociations. Quelle est aujourd'hui votre position sur le texte proposé ?

T. C. Nous pensions que le 6e programme serait enfin celui dans lequel on n'ajouterait aucune nouvelle contrainte ou mesure. Rien de plus normal, la qualité de l’eau ne cesse de s’améliorer et la promesse était bien de lâcher la bride quand les résultats seraient là. Les résultats sont là ... Pourtant l’administration refuse de lâcher la bride et joue à nouveau la surenchère. Nous avons joué le jeu de la concertation. Mais une fois encore, la crainte de contentieux européens et d’attaques de certaines associations pèse plus lourd que notre économie agricole.

La phase de consultation se termine le 18 juillet. Par rapport au texte de départ, nous avons déjà obtenu des choses importantes, mais cela ne peut être la contrepartie de nouvelles contraintes. Nous verrons au final comment le texte sera écrit et comment seront ressortis les avis de chacun. J'espère qu'on tiendra plus compte des "faisous" que des "disous" comme on dit chez moi, et j’attends de pieds ferme qu'il n'y ait pas de durcissement de la réglementation.

L'Europe traverse une phase difficile sur un plan politique. Cela peut-il impacter sa capacité à définir un budget et une stratégie agricole qui vous conviennent ?

T. C. Nous sommes très inquiets. On parle d'abord de budget, puis de politique agricole. Ce n'est pas le sens dans lequel on devrait aller. Le budget devrait découler des décisions politiques prises pour protéger l'agriculture européenne. Nous voulons que la politique européenne soit au service du consommateur européen et des agriculteurs, du maintien du revenu des exploitants. Il faut par ailleurs leur donner la capacité de s'adapter, de se protéger des différents risques, changements climatiques, sanitaires, spéculatifs, économiques ...

Je reste dubitatif sur les propositions actuelles. Il faut que le Président de la République s'exprime fort, et trouve des alliances pour avoir une politique agricole digne de l'Europe. Sur tous les autres continents, on renforce les moyens sur l'alimentation et l'autonomie alimentaire.

En janvier 2019, auront lieu les élections aux chambres d'agriculture.Comment abordez-vous cette échéance importante ?

T. C. Cette question vient un peu tôt. Notre priorité aujourd'hui est de continuer à travailler sur tous ces dossiers complexes à un rythme effréné. Ce travail continue et les agriculteurs reconnaissent notre investissement permanent.

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