Terra 10 août 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

Il faut sortir de la notion de lait blanc apte à toutes les transformations

Alors que dans l'Ouest la tension est à nouveau très forte avec l'entreprise Lactalis sur la question du prix du lait, Terra a profité du passage du secrétaire général de la FNPL dans le Morbihan le 10 août pour l'interroger sur l'évolution du prix du lait et sa vision de ce nouveau conflit sur le prix.

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André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait
André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait - © Terra

La question du prix du lait semble revenue au centre de l'échiquier aujourd'hui.

André Bonnard. La question du prix du lait est fondamentale et nous estimons qu'une partie des aides devrait servir à cet objectif de prix du lait. C'est ce qui a été obtenu dans le dernier paquet europen, les "fameux" 150 millions d'euros que l'Europe a mis sur la table pour baisser les volumes offerts par l'Europe, c'est de l'argent qui est investi pour faire remonter le prix du lait. Dans ce dispositif d'aide, il y a enfin un dispositif suite à nos demandes répétées qui s'attaque au mal et pas seulement à ses conséquences.


Les producteurs laitiers livrant à Lactalis sont une fois encore en conflit avec cette entreprise. Quelle est votre analyse de cette situation, dans le contexte d'effondrement du prix du lait ?

A.B. Bien sûr, le comportement de Lactalis, que nous dénonçons, n'est pas le seul responsable de la baisse du prix du lait. Cette crise, que les producteurs de lait subissent depuis 18 mois, est la résultante du comportement d'opérateurs qui ont décidé de produire que le marché existe ou pas. On se retrouve aujourd'hui dans une situation de surabondance d'offre. Mais Lactalis, comme n'importe quelle entreprise, ne vend pas que sur le marché mondial. Elle vend une partie sur le marché mondial, une partie sur le marché européen et une partie sur son marché local. Elle ne vend pas que des produits soumis à une concurrence féroce interchangeable par n'importe quel produit industriel du monde, elle vend des produits à marque.

Nous estimons que les prix "proposés" par Lactalis ne sont pas en correspondance avec la valorisation qu'ils retirent du lait que nous livrons. C'est pour cela qu'il y a une crispation sur Lactalis. Il est évident que l'entreprise ne vend pas ses produits au prix du marché mondial et qu'elle souhaite rémunérer les producteurs au prix du marché mondial.

Comment faire pour sortir de la situation actuelle ?

A.B. Nous pensons qu'il faut travailler dans trois directions. Sur le court terme, nous avons proposé une charte laitière des valeurs. Elle a été signée par des distributeurs. Mais des coopératives, des grands groupes laitiers mondiaux n'ont pas voulu signer cette charte. Ils ne voulaient ne pas prendre d'engagements sur la rémunération des producteurs vis-à-vis de leurs propres clients. Lactalis ne voulait pas s'engager. Pourtant ce groupe a bénéficié de l'effet possitif de la charte laitière de valeurs, au niveau de ses négociations tarifaires avec la grande distribution.

En ne signant pas la charte des valeurs, Lactalis est donc libre de payer n'importe quel prix au producteur sans que cela remette en cause le tarif qu'ils ont négocié, auprès de leurs clients distributeurs.

Au niveau du moyen terme. Nous avons fait appel au législateur et nous avons obtenu, dans le cadre de la loi Sapin II, que les dispositifs de la charte laitière de valeurs soient reprises dans les conditions générales de vente, ce qui énerve particulièrement Lactalis, qui a aujourd'hui le sentiment que nous lui avons forcé la main. Cette entreprise a un comportement très particulier. Elle a une valorisation très élevée, qu'elle obtient parce qu'elle a fait un travail de marketing sur des produits en mettant en avant l'origine France. Et elle ne veut pas renvoyer la part qui devfrait revenir légitimement aux producteurs de lait français.

Sur le long terme, nous avons travaillé sur la segmentation des produits non pas après l'usine mais avant l'usine. Sortons de cette logique de lait blanc apte à toutes les transformations. Il existe une attente forte des consommateurs sur ce qui se passe dans nos fermes. C'est une chance pour nous aujourd'hui car nos élevages n'ont rien à cacher. Nous ne voulons plus que les industriels s'approprient ce qui se passe dans nos fermes, sans retourner la valeur correspondante.

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