Terra 14 février 2019 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Installation : accompagner l’après, tout de suite

L’accompagnement post-installation, les JA en ont fait une priorité pour réussir l’installation. Un dispositif à proposer "au plus tôt". Venus de toute la France, 160 Jeunes agriculteurs se sont réunis à Erdeven (56) durant trois jours, les 5, 6, et 7 février derniers, pour leur séminaire renouvellement des générations en agriculture.

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À la table ronde : José Jaglin secrétaire général adjoint des JA, Raymond Le Brazidec conseiller régional, Didier Meyer, chambre d’agriculture des Pays de Loire, Maxime Costilhes, brasseurs de France, Olivier Tourand, réseau Trame, Thomas Chaullier, JA.
À la table ronde : José Jaglin secrétaire général adjoint des JA, Raymond Le Brazidec conseiller régional, Didier Meyer, chambre d’agriculture des Pays de Loire, Maxime Costilhes, brasseurs de France, Olivier Tourand, réseau Trame, Thomas Chaullier, JA. - © Terra

"Il faut revenir au contact des jeunes. À l’installation, il y a cette sorte de rupture qu’il faut travailler pour qu’on soit en continuité avant et après l’installation", constate Didier Meyer, directeur du service installation et transmission de la chambre d’agriculture des Pays de Loire. Le constat est là, partagé. "On est la tête dans le guidon, on a été porté et cocooné pendant tout le parcours à l’installation et après, on est seul", témoigne Thomas Chaullier (lire encadré). Seul, aussi face à des associés, seul face à la charge de travail qui peut être une surcharge, conduisant à délaisser des tâches, ne plus se former, s’isoler… La situation peut devenir à risque, même si, "90 % de jeunes chefs d’exploitations agricoles sont encore là cinq ans après leur installation". Des chiffres enviés par bien des professions. Reste qu’à bas bruit, il peut y avoir mal-être. Or, "l’aspect humain est essentiel dans la réussite, pour le jeune et l’entreprise", insiste Didier Meyer qui plaide pour un suivi post-installation préparé, intégré dès le parcours à l’installation.

 

Accompagnement et formation

Frein majeur, le financement de ce suivi post-installation. "Les chambres d’agriculture seules, ne peuvent pas le financer. Il faudra mobiliser d’autres moyens", prévient Didier Meyer, rappelant la déconvenue sur le bonus DJA, retoqué par l’Europe. "Pourquoi pas un crédit d’impôt montrant l’intérêt sur la formation post-installation, se retrouver ensemble, pallier les manques. Quitte à le flécher dès le parcours 3P", militent certains pour rendre le dispositif attractif. Ou via un co-financement, tel l’API mis en place dans les Bouches du Rhône. "L’argent public est bien utilisé pour l’agriculture si l’installation est réussie car on aide le territoire en aidant l’agriculture", estime Raymond Le Brazidec, conseiller régional. Reste un levier délaissé, celui des groupes de développement. "Les jeunes n’y viennent pas assez", regrette Olivier Tourand, vice président du réseau Trame qui plaide pour mettre en place des passerelles entre les deux réseaux, "et que les jeunes y cherchent de la formation, de l’échange, de l’innovation et de la compétence". Alors quand déclencher ce suivi post-installation ? "C’est avant l’installation qu’il faut y penser et sensibiliser", pour les uns, "c’est avant qu’il y ait un souci", pour les autres, donc "au plus tôt".

 

 

Thomas Chaullier s’est installé depuis 2014 en production ovine puis viticulture. Il a bénéficié du suivi API mis en place pour tout jeune installé dans les Bouches du Rhône.
Thomas Chaullier s’est installé depuis 2014 en production ovine puis viticulture. Il a bénéficié du suivi API mis en place pour tout jeune installé dans les Bouches du Rhône. - © Terra

"On a besoin de líaccompagnement au plus tôt"

Depuis 2007, le développement de l’accompagnement post-installation, API, a commencé à se développer dans les Bouches du Rhône, "qu’on soit bénéficiaire de la DJA, ou pas. On est suivi pendant cinq ans par un conseiller et cela coûte 125 euros par jeune et par an", détaille Thomas Chaulier, éleveur ovin installé en 2014, viticulteur sur le dispositif que son département a mis en place. "Au début, j’étais la tête dans le guidon, à 100 % sur la production. Je ne me préoccupais pas de la paperasse", reconnaît-il. L’animateur post-installation a commencé à se rappeler à lui, coup de fil, visite... "J’ai repris en main ce côté administratif. Cet accompagnement m’a permis de prendre du recul, de me remettre en question, de saisir une nouvelle opportunité vers la viticulture, via des formations en groupe". Un dispositif qui met à disposition trois jours par an un animateur pour ce suivi qui bénéficie à 23 jeunes installés cette année. Le tout sur une enveloppe globale de 50 000 euros que financent, le conseil départemental, la métropole d’Aix-Marseille, la Région, les banques et assurances. "En dehors du suivi par trimestre puis semestre, dès que j’avais une question, j’appelais le conseiller. J’ai continué à me former, apprendre de nouvelles méthodes, rencontrer des collègues. Dès qu’on a de nouveaux besoins, on se remet en groupe, on se forme sur un autre sujet. Le plus dur, c’est de faire la première formation, ensuite, ça coule de source", estime ce responsable installation des JA des Bouches du Rhône.

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