Terra 07 mars 2019 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Installation en porc : la liste des défis

Chez Triskalia (bientôt baptisé Eureden une fois la fusion avec d'aucy finalisée), le challenge de la transmission des outils est la priorité. Gros investissements, conjoncture mauvaise, manque d'attractivité du métier... la production porcine est dans l'œil du cyclone. Face aux banques qui demandent un apport de fonds propres, il faut viser au plus juste et recourir à d'autres capitaux pour financer son installation. Quant à la filière, il est espéré un projet collectif, plus rémunérateur et "lisible pour les jeunes".

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La reprise moyenne d'un élevage porcin en Côtes d'Armor s'élève à 700 000 euros.
La reprise moyenne d'un élevage porcin en Côtes d'Armor s'élève à 700 000 euros. - © Terra

Faut-il encore le redire : l'installation et la transmission sont les enjeux de l'agriculture. Sur le périmètre du groupe coopératif Eureden, issu de la fusion des coopératives Triskalia et d'aucy, "ce sont 800 exploitations à vendre par an sur notre futur territoire", rapporte Philippe Le Vannier, conseiller Installation. Après avoir consacré une journée à l'installation en filière laitière à Ploufragan en janvier dernier, les assemblées générales départementales des sections porcines Triskalia auscultent à leur tour l'installation et la transmission. Au sein du groupement breton en l'occurrence, 126 naisseurs engraisseurs sont âgés de plus de 55 ans, l'équivalent de 40 % du potentiel des éleveurs, dont une majorité (72 NE) dans le Finistère. "Bientôt nous serons la première coopérative de Bretagne. Le challenge est colossal", reconnaît Michel Bloc'h, président du groupement, avant d'ajouter avec un relatif optimisme. "Un gros défi que le groupe est largement capable de faire. On a les méthodes pour le faire" (voir témoignages en encadré). 12 installations en porc sont annoncées en 2019, "50 jeunes identifiés avec des velléités d'installation".


Valeur ajoutée et main d'œuvre : viser juste

Les méthodes, c'est bien cela que les intervenants - qu'ils soient conseillers ou jeunes agriculteurs - ont évoqué. Le premier point positif pour un jeune entrepreneur est qu'il a le choix des élevages à reprendre. "Les jeunes ont le choix, il faut qu'ils en profitent", conseille Michel Bloc'h, quitte à changer de secteur, de département, certains renoncent même à reprendre l'élevage familial devant une opportunité à saisir.

Face à un outil à reprendre, mieux vaut tout scanner pour diagnostiquer la valeur ajoutée. L'état des bâtiments bien sûr, à recouper aux évolutions réglementaires ou sociétales."Sous-estimer les bâtiments est une erreur à ne pas commettre", rappelle Denis Thuau, juriste-fiscaliste à Cerfrance Côtes d'Armor. "La conception des bâtiments est une chose importante. On peut avoir une belle valeur dans une "immobilisation", cela ne veut rien dire. Une valeur patrimoniale est à coupler à une valeur économique pour dégager un revenu futur". Le second diagnostic de l'outil est le niveau de main d'œuvre requis. Même si je suis jeune, je ne dois pas minorer mon travail. "Il y a une carrière à tenir. Ce qui est marquant ces dernières années, c'est la chasse à la grandeur et le château de cartes qui s'écroule. 2018 est l'année où j'ai eu le plus de clients à divorcer. On ne peut pas faire plus de travail qu'on ne peut en faire", prévient Denis Thuau. Enfin l'achat de biens ou de parts sociales, est une des questions primordiales à se poser.

 

Comment financer les investissements des jeunes

La reprise moyenne d'un élevage porcin en Côtes d'Armor s'élève à 700 000 euros. Lorsqu'il faut aller voir la banque pour négocier un projet à un million d'euros, où trouver des apports de fonds ? La règle de fonctionnement au Crédit agricole, par exemple, édicte un autofinancement à hauteur de 15 %. "Cela peut venir de la DJA, du prêt Brit...", liste André Le Bihan, responsable du marché agricole des Côtes d'Armor au Crédit agricole, citant aussi des dispositifs d'accès au foncier : une convention de portage signée entre le Crédit agricole et la Safer pour une durée de 5, voire 10 ans, des offres de prêt "souplesse" étalées sur 20, 25 ou 30 ans. À côté des garanties chiffrées, s'ajoutent des garanties sur l'implication du futur partenaire. "On veut connaître le jeune, son projet, sa stratégie... le plus tôt possible. Homme ou femme, on veut un pilote dans l'avion, une cohérence du projet et de la technique, de la technique".

Et l'ouverture du capital à des tiers ? "Cela ne pose pas de problème particulier, nous sommes pour, quitte à les retirer le plus vite possible".

 

 

 

Michel Bloc'h, président du groupement porc Triskalia et président de l'UGPVB.
Michel Bloc'h, président du groupement porc Triskalia et président de l'UGPVB. - © Terra

Pour un projet collectif, lisible pour les jeunes

"L'AOP est sur les rails", assure Michel Bloc'h, en tant que président de l'Union des groupements (UGPVB). Annoncée cet été, l'AOP (association d'organisation de producteurs) est un projet qui permettrait de peser sur les marchés et de bénéficier de fonds européens, mais qui tarde à se mettre en place. Afin de dépasser les clivages entre les groupements, le dossier a été remis "entre les mains des jeunes administrateurs", rapporte le président de l'UGPVB. Une décision pleine de bon sens qui s'est concrétisée par la remise de propositions par les jeunes administrateurs réunis en inter-OP : établir un plan stratégique avec une démarche de progrès, définir un cahier des charges "Contrat d'avenir sociétal", simplifier les signes officiels de qualité et mettre en commun des moyens pour régler les problèmes de fluidité.

"Dans les faits", analyse Michel Bloc'h, "les OP restent avant tout centrées sur le conseil portant sur la technique et le sanitaire. Les éleveurs ne s'approprient pas assez la culture du commerce. Il faut redonner du pouvoir de marché aux producteurs. C'est simple, il faut réfléchir avant aux éleveurs qu'aux structures. Il faut un projet lisible pour les jeunes qui vont s'installer".

Le retour d'un prix rémunérateur est indispensable pour les producteurs de porcs après une mauvaise année 2018, des retards d'enlèvements et des écarts de prix avec les allemands et les espagnols qui perdurent. "On ne peut pas revivre cela, ce n'est pas possible : il faut trouver des solutions collectives", défend Michel Bloc'h.

 

 

 

Les éleveurs François Guégan et Sylvain Héry.
Les éleveurs François Guégan et Sylvain Héry. - © Terra

Partenaires de leur coopérative, ils témoignent

Deux jeunes agriculteurs ont témoigné des dispositifs d'accompagnement mis en place par le groupement Triskalia en soutien à leur installation. Le premier François Guégan, installé avec son père, s'est tourné vers la SAS Porc Avenir, une société d'investissement créée il y a trois à quatre ans, constituée de fonds apportés par la coopérative et les adhérents. L'apport s'élève à 250 €/truie, le jeune éleveur a pu bénéficier d'un apport de 100 000 €, complété par un prêt d'honneur de 50 000 €. "Les négociations ont été plus faciles avec la banque ensuite", reconnaît le jeune homme. "La société portée par Triskalia prend 5 % des parts. Cela ne m'a pas choqué, on est parti sur du partenariat", témoigne le jeune homme. "100 % du résultat va au jeune", précise Philippe Le Vannier, conseiller Installation. Au bout de 7 ans ou avant, dès que les chiffres de l'EBE le permettent, le rachat est possible. Enfin, Sylvain Héry a lui bénéficié du "contrat nouvel investisseur" sur 5 ans, ce qui lui a permis de garder la tête hors de l'eau malgré une mauvaise conjoncture il y a 12 ans. "Avec ce système, la coopérative accepte de perdre de l'argent. C'est inédit", souligne Philippe Le Vannier. Chez les éleveurs, bien sûr, tous n'adhèrent pas à ce type de partenariat pour diverses raisons. "Certains aspirent à rester maître chez eux". Il faut alors trouver d'autres solutions.

 

 

Vers une conjoncture meilleure ?

La crise sanitaire en Chine devrait relancer le commerce à l'export des bassins producteurs européens. Après la Chine où l'épidémie continue de s'étendre, le Vietnam (2e plus important cheptel d'Asie) déclare 3 foyers de la maladie pour la première fois. Les opérateurs amont et aval s'attendent à une remontée des cours du porc. À condition que la fièvre porcine africaine ne passe pas du mauvais côté à la frontière belge. Guillaume Roué, président d'Inaporc, de retour de Chine, serait relativement optimiste quant à la mise en place d'une régionalisation de la production, rapporte-t-on.

La formation obligatoire à la biosécurité des éleveurs est en cours. "Elle doit être considérée comme une opportunité pour progresser sur toutes les autres maladies", avisent les responsables du groupement.

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