Terra 24 mai 2018 à 16h00 | Par Thierry Merret

L’agriculture au pays des shadoks

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Le 25 avril dernier, pas moins de quatre ministres ont annoncé le plan du gouvernement sur les phytos. Bien loin des concertations menées avec la profession, qui a été force de proposition avec le contrat de solutions, ce plan se résume à un durcissement des contraintes pour les agriculteurs. Pour Nicolas Hulot, il faut en effet "passer d’une agriculture intensive en pesticides et à faible taux d'emploi, à une agriculture intensive en emplois et à faible taux de pesticides". Le Ministre de l’écologie n’est manifestement pas du tout au courant des problématiques de recrutement de main d’œuvre en agriculture. A moins que Nicolas Hulot ne veuille montrer l’exemple, et revenir 100 ans en arrière, à quatre pattes dans les champs ? A bon entendeur !

Au-delà d’être déconcertants, de tels propos sont révélateurs du dogmatisme qui préside de plus en plus aux orientations et décisions en matière agricole, bien loin de tout fondement scientifique. L’activisme des lobbies et d’extrémistes anti-agricoles en tout genre, dont certains se trouvaient parmi les black blocs du 1er mai après un détour par Notre-Dame des Landes, prend le pas sur toute rationalité scientifique. L’agriculture est accusée de tous les maux, en dépit du bon sens, mais avec pour conséquence de mettre sur nos exploitations toujours plus de charges, de contraintes et d’interdictions. Les abeilles meurent ? Ne cherchons pas, c’est l’agriculture intensive la fautive ! C’est aller bien vite en besogne et oublier que l’acte de production agricole est source de biodiversité nourricière, y compris pour les abeilles. Sauf preuve du contraire, le béton, le goudron et les pavés des villes qui ne cessent de grignoter la campagne ne constituent pas vraiment un écosystème accueillant pour les abeilles, les insectes et les oiseaux. Par contre, pour les rats, le gîte et le couvert sont assurés !

Comme si les manipulations de l’opinion publique sur l’usage des phytos en agriculture ne suffisaient pas, Greenpeace en a mis une couche sur "les fermes industrielles". Pour résumer "l’enquête" de l’ONG, "plus on est gros, plus on touche, plus on pollue". Pour le sens de la nuance, on repassera. Et pourtant, c’est bien ce genre de réflexion qui alimente la Commission européenne sur la future PAC. L’annonce de la Commission européenne sur le prochain cadre financier du budget de l’Europe est scandaleuse. Le budget de la PAC risque d’encaisser une baisse drastique de 5 à 10%, avec de surcroît toujours plus de contraintes pour les paysans. Ce n’est pas aux agriculteurs de payer pour la politique de défense et de migration, mais aux Etats membres d’augmenter leur contribution au budget européen pour permettre à l’Europe d’assumer l’ensemble des politiques européennes !

La France demande aux paysans de fournir à leurs concitoyens une alimentation saine, sûre, de qualité, et respectueuse du bien-être animal. Nous ne travaillons pas pour autre chose chaque jour.

Mais l’avenir de nos exploitations agricoles, et l’alimentation des Français, va-t-il être sacrifié sur l’autel d’une cohorte d’interdictions, d’une litanie de contraintes et d’un abandon du soutien de l’Europe ? Par leurs décisions, la France et l’Europe sont en passe de dérouler le tapis rouge aux produits agricoles et agroalimentaires d’import, bien loin des standards européens. On a l’impression de vivre au pays des Shadoks : ce qui marche d’un côté, on le détricote de l’autre.

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