Terra 24 janvier 2019 à 08h00 | Par Jean Dubé

L'agriculture cherche sa place dans le grand débat

Pendant deux mois, les rendez-vous vont se multiplier dans le cadre du "grand débat" organisé par le gouvernement suite au mouvement des "gilets jaunes". Entre cahiers de doléances, débats publics, réunions locales, puis régionales, site internet, les lieux et les formes du débat vont être diverses. L'agriculture et le monde rural semblent un peu y chercher leur place et leur voie pour faire remonter des revendications spécifiques, celles des retraités et des habitants des zones rurales par exemple, mais aussi leur place pour relayer des questions et sollicitations formulées sur l'agriculture, comme le budget et les aides de la PAC. L'APCA et le ministre de l'agriculture considèrent pour l'heure que les États généraux de l'alimentation de 2018 ont été le "grand débat" de l'agriculture. Pour autant, faut-il que les agriculteurs soient absents du débat actuel ?

Abonnez-vous Réagir Imprimer
En réponse au mouvement des gilets jaunes, le gouvernement organise jusqu'à fin mars un "grand débat" ouvert à tous.
En réponse au mouvement des gilets jaunes, le gouvernement organise jusqu'à fin mars un "grand débat" ouvert à tous. - © Adobe Stock

Dans sa lettre aux Français de la mi-janvier, le Président Macron donne les grandes indications de ce que sera le "grand débat". Un débat extrêmement large dans la mesure où "il n'y a pas de questions interdites". Un débat d'où "peut sortir une clarification de notre projet national et européen, de nouvelles manières d’envisager l’avenir, de nouvelles idées". Tous les Français sont invités à participer, sur plusieurs phases et quelques thématiques principales.

 

Un débat multiforme

Le calendrier va permettre d'articuler plusieurs phases différentes, qui sont ouvertes à tous. D'ores et déjà, une phase d'expression libre dans les "cahiers de doléances" ouverts dans chaque mairie va permettre de recueillir une première série de revendications, de remarques,de suggestions. Cet exercice d'expression libre est également possible depuis le 21 janvier sur le site internet http://granddebat.fr puisque chacun peut y inscrire ses souhaits et y soumettre ses attentes, ses espoirs.

Et, depuis le 15 janvier, des débats citoyens sont organisés partout en France, à l'initiative des maires et autres élus locaux, mais aussi des citoyens. Chacun peut ainsi se saisir d'une question et la traiter localement, à condition toutefois de déclarer sa réunion sur le site "officiel".  Tous ces échanges permettront à tout un chacun de porter ses idées, de les confronter à d'autres avis et positions d'autres personnes, et d'échanger. Cette phase devrait se dérouler jusqu'au 15 mars. Mais à partir du 1er mars, des conférences régionales citoyennes seront organisées à l'occasion desquelles des Français tirés au sort seront partie prenante. Des stands de proximité seront également ouverts, installés dans des lieux de passage "du quotidien" qui auront cette même fonction de recueil de l'avis de citoyens.

 

Un débat pour quoi faire ?

Le Président de la République l'a largement développé dans sa lettre, il souhaite que le débat soit centré sur 4 thèmes : la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté, l'organisation de l'État et des services publics. Des fiches par thématique décrivent différentes questions avec le plus souvent des réponses à choix multiples.

Celle de la transition écologique comprend ainsi 17 questions, qui vont de "quelles seraient pour vous les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier pour vous inciter à changer vos comportements ?" , ou "par rapport à votre mode de chauffage actuel, pensez-vous qu’il existe des solutions alternatives plus écologiques ?" , à "que faudrait-il faire pour protéger la biodiversité et le climat tout en maintenant des activités agricoles et industrielles compétitives par rapport à leurs concurrents étrangers, notamment européens ?".

La fiche sur la fiscalité et les dépenses publiques interroge le citoyen : "Afin de financer les dépenses sociales, faut-il, selon vous, reculer l'âge de la retraite, augmenter le temps de travail, augmenter les impôts, ou autres ... ?". La fiche organisation de l'État questionne : "Pouvez-vous identifier des règles que l’administration vous a déjà demandé d’appliquer et que vous avez jugées inutiles ou trop complexes ?".

L'ensemble de ces contributions et des réponses devraient être rassemblées dans une synthèse en avril 2019. Compte tenu de la diversité des questions et très probablement des réponses, on peut imaginer que cette synthèse sera plutôt bouclée fin avril !

Le Président de la République entend en développant cette méthode, "transformer les colères en solutions". Il entend surtout "bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international". Il s'est enfin engagé à en rendre directement compte aux Français dans le mois qui suivra la fin du débat.

Ce débat ne reprend dans son organisation aucun modèle préexistant. Aucun critère de représentativité n'est évoqué. On peut imaginer que les corps intermédiaires (associations, syndicats) seront sollicités dans les débats régionaux, mais quelle sera leur marge réelle d'intervention et d'action ? Chaque citoyen peut s'exprimer en son nom propre comme au nom d'une collectivité, quel sera le poids relatif accordé à chaque contribution ? Aujourd'hui des milliers de pages de "cahiers de doléances" ont d'ores et déjà été rédigées. Des centaines de débats sont programmés où l'on parlera revenu, retraites, prix des carburants, difficultés de la ruralité, emploi, zones blanches, etc, etc. C'est une évidence, le monde agricole et rural ne peut être absent de ces échanges.

 

"Nous avons aussi des choses à dire"

Beaucoup de responsables agricoles souhaitent éviter de relancer un débat sur l’agriculture qui a, selon eux, déjà eu lieu durant les États généraux de l’alimentation. C’est aussi l’avis du président de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) Claude Cochonneau qui a cependant "invité son réseau à participer" au grand débat, mais pas à l’organiser. La FNSEA quant à elle participera aux débats "à tous les niveaux", mais "de manière citoyenne" indique la présidente du syndicat, Christiane Lambert, notamment pour porter "la voix des actifs et des retraités agricoles, parmi les plus pauvres de France". "Nous avons aussi des choses à dire sur le dialogue social, une réalité vécue chez nous", précise Christiane Lambert, très insistante sur le rôle des corps intermédiaires "sous-considérés depuis le début du quinquennat".

Didier Guillaume, s’est déclaré "favorable à une place spécifique de l’agriculture, consubstantielle de la ruralité ". Le ministre souhaite surtout que les agriculteurs puissent modérer d’autres prises de position qui pourraient porter sur l’agriculture et l’alimentation. "Mais aucune frange ne pourra imposer quelque chose au reste de la société", a-t-il prévenu. Le ministre a par ailleurs annoncé un "thème" pour sa présence sur le salon de l'agriculture : "Ensemble contre l’agri-bashing, et je mettrai en avant tout ce qui se fait de positif en agriculture."


 

Des cahiers entiers de doléances

Les journalistes de Terra ont consulté les cahiers de doléance ouverts dans quelques communes bretonnes*, pour évaluer la participation de la population - très variable selon les cas - mais aussi pour constater la diversité des sujets abordés. Quelques exemples choisis parmi les plus fréquents :


une TVA à 0 % sur les produits de première nécessité chauffage nourriture.

Une taxation à 0,2 % des transactions financières électroniques.

1000 € de moins sur le "salaire" du Président de la République, des ministres, députés et fonctionnaires.

Revenir sur la retraite pour les Présidents au bout de 5 ans alors qu'il faut 40 ans pour les employés.

Mettre en place le Ric (référendum d'initiative locale).

Une participation effective des entreprises du CAC 40 et des Gafa à l'impôt.

Le retour de l'ISF.

Suppression de la taxe d'habitation immédiate.

Équilibrer le budget national.

Diminuer le nombre des ambassades et consulats.

Taxer les banques.

Revenir sur le 80 km/h, "sur certaines routes".

Des abribus de Rennes vers les communes extérieures.

Indexer les retraites sur l'inflation.

Rétablir la demi-part pour les veufs et veuves, et faire passer le plafond de 2 000 à 3 000 € pour le remboursement de CSG.

Respecter le bien-être animal.

Imposer les caméras dans les abattoirs.

Arrêter le paradigme de la rentabilité pour celui de la qualité en redonnant le pouvoir décisionnel aux producteurs.

Des conditions de travail décentes.

Moins de technocratie.

Plus d'autonomie aux gens de terrain et d'expérience.

Rendre la noblesse au travail.

Egalité salariale entre hommes - femmes.

Moins de précarité, pas de temps partiel imposé. Des crèches 24h/24 gratuites pour les plus modestes, pour une réelle parité.

Plus de moyens humains dans les services publics, hôpital, éducation nationale.

Un vrai service public du handicap.

Aider financièrement pour l'accès aux Ephad.

 

*  La Roche-Maurice, La Martyre, Plouaret, Saint-Gilles, Noyal-Pontivy.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui