Terra 31 mai 2018 à 13h00 | Par Loïc Guines, président de la FDSEA35

L’agriculture et la société ont des choix stratégiques à faire

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Loïc Guines, président de la FDSEA35
Loïc Guines, président de la FDSEA35 - © Terra

L’élevage breton importe aujourd’hui 50 % des protéines qu’il utilise, pour nourrir porcs, volailles, bovins. Dans le même temps, la France exporte 5,8 millions de tonnes de céréales transformées, et 21,8 Mt de céréales brutes. Malgré tout, elle est parvenue à 62 % d’autonomie protéique. Approcher l’autonomie totale, pourquoi pas ! Mais il ne s’agit pas d’une simple équation mathématique, c’est surtout un choix de société.

Être autonome en terme de production protéique, cela signifie ne plus subir les fluctuations énormes des marchés, et c’est se mettre à l’abri d’aléas politiques internationaux. Mais c’est aussi garantir au consommateur final la qualité des produits qu’il consomme en maîtrisant la chaîne de fabrication de A à Z et surtout le respect des cahiers des charges qu’il demande. Aller vers cette autonomie, c’est conforter un modèle agricole cohérent, à l’échelle de l’exploitation, mais aussi du pays, entre zones céréalières productrices et zones d’élevage consommatrices. C’est tout sauf le repli sur soi, puisque c’est au contraire un véritable travail d’interconnexion.

C’est la possibilité d’introduire un vrai changement de modèle, abandonnant progressivement les importations d’OGM, pour favoriser les cultures locales et des productions agricoles à haut niveau d’exigence qualitative, et donc à un prix plus élevé.

L’agriculture seule ne peut faire ce choix, puisque celui-ci au final doit être validé économiquement par le consommateur. L’agriculture sait qu’elle peut, avec beaucoup d’investissements, de recherche, de formation, progresser dans le sens d’une plus grande autonomie protéique. Mais ce choix de long terme doit être accompagné par des politiques publiques cohérentes. Supprimer les aides aux mélanges protéagineux, supprimer les aides aux surfaces de colza carburant, autoriser l’incorporation d’huile de palme pour la fabrication de biodiesel ne s’inscrit pas dans une logique cohérente et ne va pas dans le sens de l’autonomie.

Ce choix sera compliqué et long, mais les voies de progrès sont réelles à l’échelle des exploitations, comme de la macroéconomie. Les agriculteurs sont prêts à agir dans ce sens. Durabilité des systèmes, équilibre territoriaux et économiques, développement de filières de haute qualité et d’emplois locaux : les enjeux sont clairs. Maintenir l’exportation de céréales à prix bas ou valoriser les proteines par les productions animales… L’autonomie protéique peut être aussi une façon de répondre à la question de la montée en gamme des Egalim.

Mais si l’agriculture est prête à répondre à ces enjeux posés par la société, ce choix ne peut être celui d’une alimentation toujours moins chère, à un prix toujours plus bas. Le prix de l’autonomie n’est pas le premier prix et ça c’est un vrai choix de société !

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui