Terra 17 mai 2018 à 09h00 | Par Propos recueillis par Jean Dubé et Jean-Yves Porhiel

L’agriculture sera multi-performante ou ne sera plus !

L’agriculture ne cesse d’évoluer pour produire autant, voire plus, tout en limitant les intrants de synthèse, et en préservant les ressources naturelles. C’est la définition d’une agriculture "performante" sur le plan économique, environnemental, social et sociétal… donc "multi-performante". Entretien avec Jean-Hervé Caugant, chargé de ce thème pour les chambres d’agriculture de Bretagne.

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Jean-Hervé Caugant, chambres d'agriculture de Bretagne.
Jean-Hervé Caugant, chambres d'agriculture de Bretagne. - © Terra

Pourquoi parle-t-on de ce nouveau concept de "multiperformance" ?

Jean-Hervé Caugant. Je pense que le constat est aujourd’hui partagé : nous sommes arrivés au bout d’un cycle. Depuis le Grenelle de l’environnement fin 2007, les questions relatives aux attendus de l’agriculture, ses impacts sur l’environnement et ses rôles dans les territoires ont été suivies de nombreuses réflexions et initiatives. Les mentalités évoluent. Globalement, j’ai le sentiment que les enjeux sont partagés à l’échelle de notre société et que les objectifs assignés à l’agriculture s’éclaircissent. La société toute entière s’est emparée de ces questions. De plus en plus, les politiques publiques incitent les agriculteurs à faire évoluer leurs pratiques, et pas seulement dans le sens d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement.


Quelle est l’ambition ? À quels enjeux devra répondre l’agriculture ?

J.H.C. Les besoins alimentaires vont être croissants. L’augmentation de la population mondiale de
7 à 10 milliards à l’horizon 2050, va obliger à se positionner sur des thèmes comme la diminution des terres agricoles disponibles, l’artificialisation des sols, l’érosion, la concurrence avec les utilisations non alimentaires, en plus de l’absolue nécessité de préserver les ressources naturelles (eau, air, sol, biodiversité). D’une façon générale, l’agriculture peut difficilement être en décalage avec les attentes sociétales. Qu’on le veuille ou non, le citoyen revendique un droit de regard sur les modes de production agricoles et d’élevage. Pour faire face à toutes ces attentes, notre agriculture doit être performante selon au moins les trois piliers de la durabilité : l’économie, l’environnement et le social.


Pouvez-vous détailler ?

J.H.C. La condition première est la rentabilité de nos outils de production, qui doit permettre de rémunérer dignement l’agriculteur, et de rentabiliser son capital investi. Pour l’heure, le compte n’y est pas. Du côté environnemental, beaucoup de choses ont été faites, avec d’ailleurs des résultats très intéressants. De plus, d’autres enjeux vont nous mobiliser dans les années à venir : le bien-être animal ou encore le réchauffement climatique. Sur le plan social, de nombreuses questions se posent : l’acceptabilité et l’attractivité du métier, les conditions de travail, les relations à l’intérieur des entreprises agricoles et les relations avec la société, et également la place de l’agriculture dans les territoires.


Avec quels moyens ?

J.H.C. Pour faire face à ces différents enjeux, l’agriculteur dispose des nombreux outils d’analyse, de conseil, élaborés depuis de nombreuses années. Récemment sont apparus de nouveaux outils, issus des nouvelles technologies : capteurs, cartographie, épandage de précision, robots, applications smartphones… Nous n’en sommes qu’au début du développement de ces nouvelles technologies que l’on peut rassembler sous le vocable de l’agro-technologie. L’agro-écologie qui consiste à observer et intensifier les processus naturels, les services éco-systémiques, tout en respectant les ressources naturelles, fait partie des outils que nous allons pouvoir mobiliser. Plusieurs termes sont utilisés pour nommer cette évolution : l’agriculture écologiquement intensive (AEI), l’agriculture écologiquement performante (AEP), produisons autrement. Mais peu importe le nom.


Concrètement pouvez-vous décrire ces processus ?

J.H.C. Des agriculteurs se sont rendus compte qu’en associant différentes variétés de blé, barbues et non barbues, il y avait moins de pucerons, moins de maladies, ce qui permet une réduction voire une non utilisation de produit phytosanitaire de synthèse. D’autres ont observé qu’il suffit de traiter uniquement les génisses la première année de pâturage contre les strongles digestifs, pour qu’ensuite les animaux s’immunisent. Si le temps de contact avec les parasites est suffisant, on peut même aller vers des traitements sélectifs, sur les animaux les plus infestés. Chaque système d’exploitation, chaque parcelle est différente, l’agriculteur doit actionner les bons leviers au bon moment pour améliorer les relations entre le sol, la plante et l’animal. Ces leviers ont toujours existé, mais aujourd’hui les agriculteurs peuvent utiliser les nouvelles technologies pour améliorer l’efficience des intrants. L’agro-technologie est au service de l’agro-écologie.


Quel intérêt à ces techniques pour les agriculteurs ?

J.H.C. Cette évolution vers une agriculture multi-performante s’accompagne de changement de postures des agriculteurs et de leurs partenaires, une évolution de leurs relations, une évolution des repères. Les difficultés économiques y sont certainement pour quelques choses, mais il y a également une véritable prise de conscience du monde agricole. D’une agriculture de prescription nous allons vers une agriculture d’observation, plus intéressante et aussi plus exigeante en connaissances. L’évolution des pratiques, c’est avant tout du bon sens. Produire plus de valeur ajoutée, permettre une meilleure rentabilité des outils de production, tout en réduisant l’impact sur l’environnement, ce sont les nouveaux défis que se lancent les agriculteurs, en étant davantage acteurs, mieux intégrés dans la société et dans leur territoire.

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