Terra 27 avril 2017 à 08h00 | Par Jean Dubé

L’avenir de l’Europe est-il encore entre ses mains ?

Vendredi 21 avril dernier, à la veille du premier tour de l'élection présidentielle, Coop de France Ouest avait invité Pierre Verluise à traiter de l’avenir de l’Union européenne. Ce chercheur, spécialiste en stratégie, a dressé un tableau très pessimiste. L’Europe perd de son influence sur un plan économique et politique, elle vieillit. Mais les Européens ont-ils vraiment envie de mieux d’Europe et veulent-ils vraiment la relancer ?

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Pierre Verluise, auteur et chercheur en stratégie intervenait vendredi dernier à Rennes à l'occasion de l'assemblée générale de Coop de France Ouest. A sa droite, Jean-Marie Gabilleau, président de Coop de France Ouest.
Pierre Verluise, auteur et chercheur en stratégie intervenait vendredi dernier à Rennes à l'occasion de l'assemblée générale de Coop de France Ouest. A sa droite, Jean-Marie Gabilleau, président de Coop de France Ouest. - © Terra

Pierre Verluise commence par un constat assez sombre de la construction européenne. Avec un taux de participation aux dernières élections européennes de l’ordre de 43 %, la légitimité de l’Union européenne et son discours est largement entamée. Les citoyens européens croient-ils encore réellement en la construction européenne ? la question mérite d’être posée.

Appauvrissement moyen

Lors des derniers élargissements, l’Europe s’est ouverte à des pays qui étaient tous plus pauvres, voire beaucoup plus pauvres que la moyenne des pays européens. Le résultat est patent. D’un point de vue économique, le poids relatif de l’Europe dans le monde a considérablement baissé. Alors qu’elle représentait encore 31 % de la production mondiale, l’Europe n'en représente que 18 % aujourd'hui. Au niveau démographique, le poids relatif de l’Europe ne fait que régresser du fait de son vieillissement et d’une fécondité plus faible que le reste du monde. L’espace de l’UE à 28 représentait 13,3 % de la population mondiale il y a vingt ans, seulement 6,9 % aujourd’hui et 5,9 % demain avec le Brexit.

La vieille Europe est-elle condamnée à disparaître ?

Pour Pierre Verluise, il y a déjà longtemps que le centre de gravité du monde ne se situe plus en Europe. Il s’est progressivement déplacé vers l’Orient et en particulier vers la Chine. Mais quelle sera la durabilité de l'actuel régime chinois ? Ce dernier rencontre de plus en plus de difficultés à maintenir un niveau de croissance suffisant pour se maintenir.

Alors l’Afrique ? L’Europe à 28 compte 510 millions d’habitants, l’Afrique atteint 1,2 milliard d'habitants et, dans vingt ans, elle aura probablement dépassé les 2 milliards d’habitants d'une population jeune, formée, alors que notre population vieillit progressivement et inexorablement.

Côté Etats-Unis, Pierre Verluise sort son joker. Difficile selon lui dans le contexte politique récent de savoir si les USA retrouveront une dynamique ou si, au contraire, ils suivront le chemin de l’Europe vieillissante.

Mais l'observateur souligne des données internes à l’Europe qui seront déterminantes pour son orientation de court et de long terme. On dit souvent dans les milieux pro-européens qu’il faudrait plus d’Europe. Mais tous les pays européens souhaitent-ils plus d’Europe et, surtout, tous les pays sont-ils prêts à abandonner une partie de leurs prérogatives au profit de l’Europe ? Dans l'esprit de beaucoup de nos concitoyens, l’Europe a une image quasi diabolique.

Une Europe plus puissante... en rêve ?

Difficile dans ces conditions d'imaginer lui confier plus de missions. D’ailleurs, sauf les Français qui semblent plutôt enclins à lui donner plus de pouvoir, plus d’ambition, et plus de puissance, la plupart des autres pays semblent avoir abandonné cette idée. Pour autant, malgré tous ces constats négatifs, Pierre Verluise croit assez peu à une explosion en vol de l’Europe, même si tout est bien-sûr possible.

Il faut, selon lui, retrouver un projet politique porté par la population, sans quoi le projet européen s’essoufflera. La base sur laquelle le nouveau projet pourrait d’ailleurs se construire serait le besoin de protection que ressentent les Européens face à la mondialisation. Il est essentiel d’entendre ce besoin. Donner des garanties sur la sécurité, ce serait une manière de relancer la construction européenne, de lui redonner une légitimité.

Pierre Verluise ouvre malgré tout une perspective. Le Brexit peut être une opportunité pour relancer ces questions pour proposer aux Européens de faire un autre choix. Mais il faudra pour cela trouver des politiques qui acceptent de "mouiller la chemise". Vendredi dernier à l'occasion de son assemblée générale, Coop de France Ouest n’avait pas choisi un sujet facile. L'intervention de Pierre Verluise a permis de mesurer qu’avant de voir le rêve européen relancé, il reste un travail considérable de réflexion, de mobilisation, à effectuer avant de pouvoir revenir à la construction.

 

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