Terra 28 juin 2019 à 08h00 | Par Isabelle Pailler, chambres d'agriculture de Bretagne

L’effet groupe, l’effet gagnant

Le groupe herbager / bio du Finistère est né il y a dix ans autour de la volonté de construire des fermes laitières économes, autonomes et rentables. Deux voyages en Angleterre et en Nouvelle-Zélande ont jeté les bases de ce que pourrait être une ferme biologique valorisant au maximum le pâturage. En 2015, ce groupe a déposé un projet AEP1 auprès la Région et est reconnu GIEE2 par le ministère. Grâce à ce soutien financier important, des moyens d’animation permettent d’expérimenter et de capitaliser sur les expériences individuelles et collectives. Les éleveurs décident de mettre en œuvre une approche globale de leurs exploitations et de travailler au renforcement du lien "sol - plante - animal" dans un contexte de limitation forte des intrants.

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Lors du voyage d’étude à l’Inra de Lusignan, les membres du groupe s’interrogent notamment sur la place des arbres et de l’agroforesterie sur leurs exploitations.
Lors du voyage d’étude à l’Inra de Lusignan, les membres du groupe s’interrogent notamment sur la place des arbres et de l’agroforesterie sur leurs exploitations. - © Terra

La préservation de l’environnement est un enjeu important pour le groupe. Ils ont au fil du temps quasiment tous opté pour l’agriculture biologique avec des systèmes toujours plus herbagers (1).

Une préoccupation environnementale mobilisatrice

Des diagnostics CAP’2ER ont permis de comparer leurs émissions de gaz à effet de serre et donc l’impact de leurs pratiques sur le climat. Les émissions nettes sont faibles, en moyenne 0,55 kg eq. CO2 par litre de lait en lien avec les choix techniques qui allongent la durée de vie des prairies et qui permettent un très bon stockage du carbone dans les sols et les haies. Les éleveurs du groupe souhaitent améliorer la quantité et la qualité des fourrages pour atteindre une quasi-autonomie alimentaire avec 98 % de l’alimentation produite sur les exploitations. Ils ont testé des prairies multi espèces contenant de la chicorée et du plantain et partagé sur les moyens de refaire des prairies dans des assolements tout herbe.

Croisement laitier

Le pâturage est central dans l’organisation de leur système de production. Les éleveurs veulent organiser leur travail autour d’une conduite centrée sur des vêlages groupés (en général au printemps). Les éleveurs attendent de leur troupeau de très bonnes performances en termes d’efficacité alimentaire, matières utiles, fertilité, longévité… dans un système laissant peu de place aux achats. Ils ont décidé de croiser en utilisant des races complémentaires et adaptées à leurs objectifs. Mais comment être sûrs de faire les bons choix ? Une stagiaire a scruté les performances des vaches croisées dans les différents élevages sur une période de quatre ans. Lors de la mise en commun, cela a permis d’identifier des croisements productifs et bien adaptés à ces systèmes tout herbe, de conforter ou d’infléchir certains choix de rotation de races.

Partager les résultats

Pour les éleveurs du groupe, c’est d’ailleurs toujours cette méthode qui est utilisée, ce partage d’informations qui permet de progresser. Ils ont retenu des indicateurs techniques et économiques importants pour eux. Ils les suivent au fil des années. Quelques exemples d’évolution sont présentés dans les domaines de l’autonomie, la rentabilité ou encore la rémunération du travail (2).  Clairement, les voyants sont au vert. Avec une situation initiale déjà favorable, les résultats ont continué à progresser. En jouant carte sur table sans jugement, des objectifs qui individuellement semblaient inatteignables peu à peu se rapprochent, deviennent réels car d’autres le mettent en place. Loin de rester recroquevillé sur lui-même, le groupe est aussi une source de découverte et d’innovation. Au cours du projet AEP-GIEE, le groupe a fait partie de plusieurs études en lien avec des écoles d’agriculture ou des centres de recherche. Plusieurs visites et voyages dont le dernier du 24 au 26 juin en Normandie pour les rencontres transmanche des systèmes innovants ont permis de nourrir la réflexion. Les éleveurs ont aussi eu à cœur de témoigner sur leurs pratiques et leurs résultats à travers plus de 130 articles et plusieurs conférences dans des salons. Ils ont accueilli 70 groupes, plus de 750 personnes, sur leurs exploitations et ainsi participé à faire germer dans d’autres têtes que des changements sont possibles. Le groupe, clairement, c’est un effet gagnant !

 

(1) Agriculture écologiquement performante

(2) Groupement d'intérêt économique et environnemental

 

 

Contact : Isabelle Pailler, animatrice : 02 98 88 97 73 ou isabelle.pailler@bretagne.chambagri.fr

 

 

- © Terra

Un juste équilibre entre générations

17 jeunes installé-e-s depuis moins de trois ans ont rejoint le groupe au fil du temps. Que ce soit sur la ferme familiale ou hors cadre, leur projet de vie est clair : vivre de la production laitière biologique en misant sur un pâturage maximal et des niveaux d’intrants réduits. Les plus anciens sont admiratifs quand ils témoignent : "L’arrivée des jeunes dans le groupe apporte un vent de fraîcheur. Ils ont un culot et une envie monstre. En moins de trois ans, ils osent mettre en œuvre des projets que nous, les anciens, avons mis vingt ans à construire. Et les résultats techniques et économiques sont au rendez-vous !" Les exemples sont nombreux : achat de 50 génisses croisées irlandaises pour constituer un troupeau 100 % primipares en vêlages groupés, construction de salles de traite au milieu de la plateforme laitière à la mode néo-zélandaise, investissements dans les aménagements parcellaires pérennes pour une bonne organisation du travail, monotraite dès l’installation, délégation intégrale des travaux des champs… Les jeunes y trouvent également beaucoup d’intérêt. "Ce groupe rassemble des précurseurs dans la mise en place de systèmes néo-zélandais adaptés à notre contexte breton. Ils nous font partager leur expériences, nous livrent leurs astuces, proposent leurs chiffres pour comparer quand nous recevons nos premiers résultats". Grâce à une bonne discipline individuelle et des règles de fonctionnement connues de tous, les échanges sont riches et permettent à chacun d’en tirer les fruits. Les conduites d’élevage évoluent rapidement (1).

La ferme du groupe

En moyenne c'est :

2,2 UMO

82 ha

98 % en herbe

82 vaches

4 400 l vendus /vache

346 kg de matière utile

339 770 l de lait vendus

TP 34,6 g/l

TB 45,8 g/l

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