Terra 18 décembre 2014 à 08h00 | Par Jean Dubé

L'étiquetage de la viande peut-il induire le consommateur en erreur ?

Les contrôles de la DGCCRF ont fait apparaître, en distribution comme en restauration, un grand nombre d’anomalies par rapport à la réglementation relative à la traçabilité et à l’étiquetage de la viande bovine. La DGCCRF publie ce mois-ci sur son site internet les résultats des enquêtes et contrôles terrain... Le consommateur qui demande de la traçabilité et des écrits, est aujourd'hui une fois sur 5 victime d'une mauvaise information voire induit en erreur par l'étiquetage des viandes... un comble !

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Sur ce prospectus, le logo viande
bovine française côtoie une mention d'origine Irlande
/ Royaume-Uni ! Absences, erreurs ou tromperies : 12,6 % des GMS n’affichaient par correctement la mention obligatoire d’origine des viandes selon les résultats de l’enquête publiés en décembre 2014.
Sur ce prospectus, le logo viande bovine française côtoie une mention d'origine Irlande / Royaume-Uni ! Absences, erreurs ou tromperies : 12,6 % des GMS n’affichaient par correctement la mention obligatoire d’origine des viandes selon les résultats de l’enquête publiés en décembre 2014. - © Terra

La réglementation de la traçabilité et de l’étiquetage de la viande bovine a été mise en place après la crise de l'ESB. "L’affaire" de la substitution de la viande de cheval à la viande de bœuf en février 2013 en a confirmé l’importance. La réglementation européenne adoptée fin 2013 rend obligatoire l’indication des pays d’élevage et d’abattage des viandes de porc, ovins et volaille à partir d’avril 2015.

En décembre 2014, les résultats des contrôles réalisés dans les départements par les services de la DGCCRF ont été publiés. Ils ciblaient selon le département les GMS, les ateliers de ventes directes, de découpe ou les grossistes. Ces contrôles réalisés par des agents des services vétérinaires consistaient à vérifier l'application des règles de traçabilité mais aussi plus ponctuellement les réglementations sur l'affichage des prix, le tarage de la balance utilisée pour les transactions commerciales, bardage, nature des pièces de viande. Les résultats publiés sont assez éloquents.

Une réticence à afficher une origine étrangère

Les mentions obligatoires d’origine des viandes n’étaient pas affichées correctement par 27,1 % des bouchers et 12,6 % des GMS. Il s’agit d’absences, d’erreurs ou de tromperies (y compris, en détournant l’usage d’un logiciel, par report des poids d’un lot sur un autre). La réticence à afficher une origine étrangère demeure.

Concernant la viande de veau, l’âge de l’animal pourtant obligatoire n’est que rarement indiqué.

Le taux d’anomalies relatives à la traçabilité s’élève à 10,8 % pour les boucheries, et 15,2 % pour les GMS qui effectuent encore souvent du pré-emballage pour leur rayon libre-service. Le manque de temps et le défaut de formation aux logiciels de traçabilité de personnels soumis à une forte rotation sont principalement en cause. La viande de réassort est généralement mal tracée.

Il faut noter que la traçabilité s’améliore quand le magasin crée un poste de responsable qualité. Certaines GMS enfreignent la réglementation relative à la dénomination des morceaux. De plus le remplacement des dénominations par leur destination culinaire (osso bucco, bourguignon, etc.) appelle à une vigilance particulière.

Dans l’ensemble du secteur, le taux de suites pénales s’élève à 3,9 % pour anomalie de traçabilité et 3,4 % pour anomalie d’étiquetage. Le taux moyen de rédaction d’un procès-verbal atteint 2,7 % pour les abattoirs, ateliers de découpe, commerces de gros, et établissements d’importation et de vente directe.

Un scepticisme des restaurateurs

Les contrôles de restaurant se sont conclus par un avertissement dans 28,9 % des cas, par un procès-verbal, dans 2,8 % des cas. Le taux d’infraction diminue, mais les restaurateurs - mal formés et mal informés dans ce domaine - méconnaissent largement la réglementation. La mention d’une origine qui varie souvent par recherche de prix bas est rarement mise à jour. Nombre de restaurants ne font mention que de l’ "UE".

 

Les agriculteurs dénoncent les "défauts" d’étiquetage

Alors que 90 % des consommateurs européens réclament de connaître précisément l’origine des aliments, la section bovine de la FRSEA Bretagne dans un récent communiqué regrette que les grandes surfaces ne soient pas plus transparentes sur les produits qu’elles proposent aux consommateurs. Elle se demande si ces dérives d’étiquetage sont accidentelles ou délibérées. La publication des chiffres de la DGCCRF au niveau national, conforte l'idée de la FRSEA de réaliser des contrôles in situ sur l'origine des viandes en magasin et dans la restauration commerciale.

Elle rencontrera le service régional des fraudes le 9 janvier prochain pour échanger sur ce sujet et avoir les données bretonnes de cette enquête.

 


Un nouvel étiquetage
est entré en vigueur

Le règlement européen sur l’information des consommateurs, adopté en 2011, est entré en application le 13 décembre. Parmi les nouveautés améliorant la lisi- bilité des informations, les nanomatériaux manufacturés, soupçonnés d’être nuisibles à la santé, devront être indiqués dans la liste des ingrédients, tout comme les viandes et poissons reconstitués, et les ingrédients de substitution. La présence d’allergènes (gluten, fruits à coques, lait, soja...) doit à présent être plus visible, y compris pour les restaurants, les cantines, les boulangeries, pour les denrées alimentaires non pré emballées et les plats qu’ils préparent. L’origine des huiles végétales (olive, palme, tournesol) devra être précisée, tout comme le fait qu’elles soient partiellement ou entièrement hydrogénées. Par ailleurs, l’étiquetage de l’origine des viandes, à savoir le lieu d’élevage et d’abattage, déjà en vigueur pour le bœuf, s’appliquera pour les porcs, les ovins, les caprins et les volailles à partir du 1er avril 2015. Enfin, l’étiquetage nutritionnel sera rendu obligatoire en décembre 2016.


Contrôles DGCCRF

 

Cible

5 461 contrôles (dont 1 750 de restaurants)

4 798 établissements

 

Résultats

1 978 avertissements 271 procès-verbaux

61 mesures de police administrative

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