Terra 13 décembre 2018 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

L'Europe au cœur des débats de la Coordination rurale

L'Europe a tenu la part belle lors du congrès national de la Coordination rurale qui se tenait à Vannes la semaine dernière. Devant 500 congressistes avec lesquels ils ont débattu d' une nouvelle PAC plus "équitable", le journaliste Jean Quatremer et le consultant Jacques Carles ont chacun donné leur vision de la place de l'agriculture en Europe.

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Jacques Carles, président du think tank Agriculture Stratégies, estime que pour une PAC 2020 réformée, il faut un projet convaincant et démocratique pour convertir les parlementaires de tous bords.
Jacques Carles, président du think tank Agriculture Stratégies, estime que pour une PAC 2020 réformée, il faut un projet convaincant et démocratique pour convertir les parlementaires de tous bords. - © Terra

Jean Quatremer, journaliste spécialisé dans les questions européennes, expose les faits : "80 % des aides de la PAC reviennent à 20 % des agriculteurs. Or, aujourd'hui les citoyens ont l'impression que tous les agriculteurs sont payés par la PAC". Un non-sens pour le journaliste qui explique que "la PAC représente l'ensemble des budgets nationaux pour l'agriculture. Si l'Europe additionnait les budget de la défense de chaque Etat, l'agriculture ne serait plus le premier budget européen"... Et les subventions attribuées aux agriculteurs seraient donc perçues différemment par les électeurs. Si la question posée par le débat interrogeait la capacité de l'Europe à ne pas tomber dans le populisme... la salle s'interroge, elle, sur sa capacité à "rester hors du populisme lorsque nos propositions ne sont pas écoutées". Pour Jean Quatremer, la réponse semble évidente : "Il faut supprimer le conseil européen et le remplacer par un gouvernement européen avec des compétences identifiées et définitives. Aujourd'hui, nous confondons politique et diplomatie. Qui est le chef de l'Europe ?", interroge-t-il. Et d'aller plus loin en enjoignant l'État "d'arrêter d'envoyer nos retraités nationaux à Bruxelles". Si ses propos trouvent un écho dans la salle, certains s'interrogent sur le réalisme de telles propositions et mettent en avant l'exception agri-cultuelle. Très vite, le journaliste rebondit : "Votre message n'est pas majoritaire à Bruxelles. Dans les instances, j'entends la FNSEA, relayée par la diplomatie française. Vous, vous n'avez pas de porte-voix".


Un modèle à réinventer

Invité pour la seconde table-ronde, Jacques Carles, ancien administrateur à la Commission des communautés européennes, concepteur de la première réforme de la PAC (1977-1981) et aujourd'hui à la tête du think tank Agriculture Stratégies, milite pour une réforme en profondeur de la PAC. "Notre objectif est de créer une stratégie agricole comme il en existe pour la défense. Nous devons profiter de la volonté du Président de la République de refonder l'Europe et de conforter son leadership pour nous associer à ce mouvement". L'intellectuel estime "qu'après avoir porté un fort intérêt à l'agriculture, Emmanuel Macron s'en préoccupe moins. Charge à nous de l'y faire revenir". Jacques Carles propose une PAC nouvelle comprenant "une coopération entre les États en changeant le logiciel actuel basé sur la concurrence, redéfinir la hiérarchie entre les États et les entreprises, sortir de la logique de l'OMC (organisation mondiale du commerce), abandonner le libre-échange non-régulé, réhabiliter une PAC qui associe l'entreprise aux outils de régulation...". Une série de mesures certes ambitieuses mais qui, à ce jour, tiennent plus de  la croyance plus que du réalisme. La clé de voûte de ce projet repose sur la création d'un "conseil de sécurité alimentaire mondial pour organiser la concertation étatique et coordonner l'action des différentes agences en matière agricole et alimentaire". Le président du syndicat le répète : "La PAC 2020 ne semble pas aller dans ce sens !". Pour mettre en place ce dispositif et convaincre, Jacques Carles demande du temps : "La réforme de la PAC doit être reportée à la nouvelle mandature. Pour réussir, il faut convaincre, voire convertir les parlementaires de tous bords. Nous notons que de nombreux esprits s'interrogent aujourd'hui, nous pouvons reprendre l'Europe par l'agriculture, par la garantie de la sécurité alimentaire". Olivier Allain, agriculteur et vice-président de la région Bretagne, qui a assisté à une partie des débats assure aux congressistes que leurs "combats sur les prix et sur la régulation est fondamental à l'heure où il est impossible de prévoir les volumes et que les écarts de compétitivité sont de 1 pour 1000". Et de conclure : "Notre ambition, c'est une Europe qui protège et qui régule. Je note cependant que ces objectifs peuvent être contrariés par les élections allemandes et italiennes".

 

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