Terra 14 février 2014 à 08h00 | Par Audrey Dibet

L’export, une priorité des producteurs de bovins viande ?

Ce n’est pas en tout cas celle de l’OP bovins Triskalia qui tenait son AG le 7 février à Quessoy (22). Tout juste rentré du congrès de la FNB, la Fédération nationale bovine, où l’export fut inscrit comme axe stratégique, Didier Yon, président du groupement breton, a pour sa part affirmé la nécessité de conforter les marchés français et européens. Et le tableau dressé par l’économiste Philippe Chotteau appuie dans son sens.

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Philippe Chotteau. © Terra Didier Yon. © Terra  © Terra

"Il faut bien sûr travailler l’export (hors UE) mais en faire une priorité comme le veut la FNB, je ne suis pas d’accord, a affirmé Didier Yon, président de l’OP bovins Triskalia à l’occasion de l’AG vendredi dernier. On a déjà pu mesurer les limites de ces marchés quand on est allé vers la Turquie. Bâtir une stratégie à long terme avec ces pays est à mon avis une erreur. La demande est certes très forte mais le prix doit être notre préoccupation première".

Pour Philippe Chotteau, chef du service économie à l’Institut de l’élevage, "vouloir exporter sur un marché mondial avec un euro fort ne tient pas debout. Les dévaluations du real et du peso boostent les exportations brésiliennes et argentines, elles-mêmes confrontées à un bœuf indien qui provoque des tensions sur les marchés. L’Inde est le joueur qui compte aujourd’hui". Sur le marché péri-méditerranéen où les importations sont en forte hausse, le bœuf indien, bien que bas de gamme, est en effet très bien placé (2/3 par exemple des importations de l’Arabie Saoudite). "On ne pourra pas lutter avec cette marchandise là, appuie Sébastien Péron, administrateur du groupement dans le Finistère. Il faut se concentrer sur notre marché où il y a du pouvoir d’achat".

 

OpportunitÈs en France
et en Europe

Philippe Chotteau ne tient pas pour autant un discours pessimiste : "si la hausse de la demande des pays émergents est complètement captée par l’Inde, il y a aussi des opportunités au sein de l’UE où la France n’est pas si mal placée". Dans l’Union européenne, le cheptel allaitant est extrêmement concentré dans une poignée de pays (France, Royaume-Uni, Espagne et Irlande font les trois quarts de la production) et partout le cheptel recule. Au total ce sont -4 % d’abattages au sein de l’Europe à 28 en 2013. La France, premier pays allaitant en Europe, n’a pas été épargnée (-6 % des abattages). "L’Italie est le gros pays déficitaire et la France est son premier exportateur", remarque l’économiste. Compte tenu de la forte crise qui touche ce pays, les Italiens se sont tournés vers des animaux polonais et nous ont fermé leur marché. C’est ce qui a évité à la France une offre trop déficitaire sur son marché intérieur en 2013. "Mais le marché italien semble aujourd’hui repartir. C’est important car il représente 80 % des broutards exportés par la France, note Philippe Chotteau. Nos prévisions pour 2014 indiquent des exportations françaises en hausse de 10%".

Quant à la consommation qui ne cesse de baisser depuis cinq ans en France, elle devrait se stabiliser cette année (-0,4% en 2014 contre -2,6% en 2013). Le commerce d’animaux haut de gamme se tient bien également. "C’est le retour des boucheries à la coupe en supermarché", constate Didier Yon.

Les abattages en France devraient repartir cette année (prévisions Institut de l’élevage et FranceAgriMer) avec une hausse de +3 % par rapport à 2013, dont +6 % pour les femelles et +1 % pour les JB.

 

Encourager la production

"On a connu pire en termes de cours, la demande mondiale est en hausse, et pourtant la production de bovins allaitants dégringole en Bretagne", souligne Didier Yon. Alors qu’il est stable en France, le cheptel allaitant a diminué de 2,8 % en Bretagne. La faute à… ? "La végétalisation qui gagne du terrain, la fin des quotas laitiers, la directive nitrates 5 qui pénalise les systèmes herbagers, les incertitudes face au montant de la PMTVA, la pyramide des âges", a énuméré le président de l’OP. Et l’amélioration des cours ne permet pas aujourd’hui de faire face à l’augmentation des coûts de production. "Devant ces perspectives inquiétantes, le groupement et la coopérative ont cherché dans leur boite à outils pour proposer de nouveaux contrats, baptisés "Etap". Ils se matérialisent par des aides trésorerie renforcées et/ou des contrats sécurisants", indique à son tour Sébastien Péron. Car si les perspectives de marché sont encourageantes, il y a en effet des enjeux structurels à relever au sein des élevages français et bretons pour favoriser les installations notamment. "Il y a un travail à faire sur les coûts de production, estime aussi Philippe Chotteau. Les revenus des élevages s’améliorent mais les écarts entre exploitations sont de plus en plus importants".

Les éleveurs misent sur la signature Viandes de France

Le lancement officiel de la signature "Viandes de France" s’est tenu à Paris le 11 février en la présence des interprofessions des filières animales (porcs, bovins, volailles, lapins, équins, ovins, veaux). L’étiquetage volontaire porte sur l’origine "né, élevé, abattu, découpé et transformé en France". Les produits concernés sont la viande, les découpes, les hachés, les produits élaborés, les produits de charcuterie et les ingrédients des plats préparés. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a rappelé que cette signature relevait d’un cahier des charges en quatre points : l’origine, le respect des normes européennes de bien-être animal, le respect des normes européennes environnementales et le respect des conditions sociales tout au long de la filière. Le déploiement de la signature Viande de France dans les rayons débutera en mars 2014.

 


LíOP bovins Triskalia

1 676 apporteurs en 2013

811 adhérents

30 540 animaux commercialisés

96 % des débouchés chez Socopa

45 % des animaux abattus sont de races à viande (avec 50 % vaches de réforme et 37 % JB).

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