Terra 12 juillet 2018 à 08h00 | Par Jean Dubé

La Bretagne agricole passe-t-elle à côté de la reprise économique ?

L'association bretonne des entreprises agroalimentaires (Abea) et les chambres d'agriculture de Bretagne se sont données rendez-vous fin juin à Pontivy pour tenter de répondre ensemble à la question : les secteurs économiques agricole et agroalimentaire ne sont-ils pas en train de passer à côté de la reprise économique ? Malgré leur proximité géographique et économique, c'était la première fois que ces deux secteurs abordaient ensemble ces questions de fond et de front ! L'occasion d'élargir la réflexion à d'autres sujets de travail.L'association bretonne des entreprises agroalimentaires (Abea) et les chambres d'agriculture de Bretagne se sont données rendez-vous fin juin à Pontivy pour tenter de répondre ensemble à la question : les secteurs économiques agricole et agroalimentaire ne sont-ils pas en train de passer à côté de la reprise économique ? Malgré leur proximité géographique et économique, c'était la première fois que ces deux secteurs abordaient ensemble ces questions de fond et de front ! L'occasion d'élargir la réflexion à d'autres sujets de travail.

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En 2017, les ventes agroalimentaires bretonnes à l'export ont atteint 4,6 milliards d'euros, soit + 10% par rapport à 2016 qui avait été l'année de l'inauguration de l'usine de poudre de lait infantile chinoise Synutra à Carhaix.
En 2017, les ventes agroalimentaires bretonnes à l'export ont atteint 4,6 milliards d'euros, soit + 10% par rapport à 2016 qui avait été l'année de l'inauguration de l'usine de poudre de lait infantile chinoise Synutra à Carhaix. - © Terra

Pour structurer cette journée et proposer des échanges, trois tables rondes permettaient d'aborder les thèmes de l'emploi, des stratégies des acteurs et du projet de loi sur les états généraux de l'alimentation. Cette journée était aussi l'occasion d'un bilan plutôt positif de la situation économique et sociale des filières, même si les évolutions des uns n'ont souvent aucune corrélation avec la vitalité des autres.

 

Le grand écart économique

29 % des dirigeants d'entreprises agroalimentaires estiment que la situation économique de leur entreprise s'est améliorée entre 2016 et 2017, ils étaient 23 % dans ce cas en 2016). 44 % estiment que la rentabilité s'est maintenue. Le chiffre d'affaires progresse et globalement les acteurs de l'agroalimentaire affichent un bilan de santé économique meilleur qu'en 2016. Chiffre d'affaires, vente à l'export, emplois et investissements sont à la hausse. Avec + 10 % par rapport à 2016, les ventes bretonnes à l'étranger atteignent 4,6 milliards d'euros. Les produits laitiers sont particulièrement à la pointe avec 22 % de progression. 61 % de l'export breton se fait vers l'Union européenne.

Coté productions agricoles, l'ambiance n'est pas à l'euphorie ! Les marchés restent globalement déprimés. Et, si la croissance mondiale reprend, les prix continuent d'être volatiles amenant beaucoup d'incertitudes.

Au moment des constats, les secteurs agricoles et agroalimentaires se rejoignent sur les soucis d'image et les critiques, fondées ou non, de la société. "On ne va pas s'excuser de faire de l'agroalimentaire" s'exclame Joël Tingaud PDG des ateliers de l'Argoat. Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille et Vilaine, pointe du doigt la nécessité de sortir du "syndrome du minerai". Selon lui, le discours sur la "montée en gamme" rabaisse la production actuelle au niveau 0 de la valeur et de l'image. L'attractivité des métiers et des filières, la capacité à pourvoir ou non les emplois proposés, le renouvellement des générations sont des questions communes. La première réaction est probablement de développer une communication et des images positives, à partir de produits qui ont de la capacité à développer une bonne image et des valeurs. Danièle Even, présidente de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor ajoute qu' "il faut probablement arriver à développer une pensée commune" sur ces questions ... une pensée et des actions.

 

La loi ou l'éthique ?

Au moment du bilan des états généraux de l'alimentation dont le projet de loi qui en est issu est en pleine navette parlementaire, les avis sont plutôt mesurés sur l'impact qu'auront ces nouveaux textes. Olivier Clanchin, président du groupe Triballat, leur trouve une vertu positive, celle d'avoir permis de "passer d'une position de moins disant à une position de mieux disant" au moment des négociations commerciales. Nicolas Gransard, avocat, souligne le fait que nous n'en sommes encore qu'aux grands principes, même si "les professionnels auront maintenant de nouveaux outils à disposition" qui doivent, selon lui, "permettre de retrouver des positions d'équilibre dans les contrats", notamment par la modification du seuil de revente à perte. Olivier Clanchin partage, "je crois au rôle des interprofessions pour donner un cadre".

Mais la loi peut-elle décréter une meilleure répartition de la valeur ajoutée ?

Pour Frank Guéhennec, président de la FDSEA du Morbihan, "le prix ne viendra pas de la loi mais du marché". Olivier Clanchin rappelle que "lorsque deux industriels se rencontrent et discutent de leur prix, ils risquent une condamnation au pénal". Et parallèlement, quand "en France, 4 groupes de grande distribution se réorganisent et s'échangent des informations, les pouvoirs publics n'y peuvent rien !" . Pour Laurent Kerlir, président de la chambre d'agriculture du Morbihan, la question est fondamentale "comment rétablir un rapport de force plus équilibré dans la filière ?".

Le travail de segmentation du marché, l'établissement de marques, de cahiers des charges de production peut peser, mais l'organisation des producteurs reste bien sûr le premier sujet de fonds. Frank Guéhennec module d'ailleurs l'enthousiasme vis a vis de la création de différents cahiers des charges. "Il existe un fort risque de concurrence entre marques". Olivier Clanchin prend l'exemple de la démarche "lait de pâturage" : "ne faut-il pas faire de ce cahier des charges une sorte de socle commun ?" sur lequel chaque industriel ou transformateur pourrait -on imagine- venir ajouter des spécificités, des caractéristiques propres.

Cette rencontre n'aura pas permis de répondre définitivement sur ces sujets mais ces débats s'inscrivent dans la logique des Etats généraux, l'échange, le débat... C'est un premier pas.

 

L'attractivité des métiers en question

Le choix du consommateur, avec sa capacité à intégrer dans ses actes d'achat une dimension éthique et sociale, est aujourd'hui une réalité. Même si Frank Guéhennec souligne la difficulté pour le consommateur de transformer son intention et son discours en acte d'achat concret et plus valorisant pour le producteur. La marque "C'est qui le patron" représente aujourd'hui 23 millions de litres de lait, c'est beaucoup et très peu au regard des 25 milliards de litres du marché français. Pour autant la recherche de solutions nouvelles, de partenariats nouveaux peut être une voie.

L'une des ambitions de cette première journée entre industriels de l'agroalimentaire et agriculteurs était de casser les codes et d'établir des ponts pour travailler ensemble. Car les sujets communs sont légion. Celui des difficultés d'image et du manque d'attractivité des métiers, vis a vis des jeunes notamment, pourrait d'ailleurs être à court terme un premier thème de travail très concret.

Olivier Clanchin, Pdg Triballat, Laurent Kerlir, président de la chambre d'agriculture du Morbihan, Nicolas Gransard avocat spécialisé en droit de la concurrence, Frank Guéhennec, président de la FDSEA du Morbihan.
Olivier Clanchin, Pdg Triballat, Laurent Kerlir, président de la chambre d'agriculture du Morbihan, Nicolas Gransard avocat spécialisé en droit de la concurrence, Frank Guéhennec, président de la FDSEA du Morbihan. - © Terra
Loig Chesnais Girard, président de la région Bretagne.
Loig Chesnais Girard, président de la région Bretagne. - © Terra

 

Ne passons pas à côté de la révolution en cours

La participation à ce colloque du président du conseil régional de Bretagne pouvait à elle seule marquer l'importance accordée à l'économie agricole et agroalimentaire par la région. Alors qu'il vient de passer le cap d'une année de présidence de région, Loïg Chesnais Girard a marqué les esprits par la conviction de son discours et par sa détermination ! Il a fixé rendez vous aux responsables professionnels lors du Space pour une réunion de travail. Son ambition vis a vis des secteurs agri et agro est claire et affichée sans ambigüité : "il faut être dans les marchés de demain !". "Pour cela, nous avons des visages, des valeurs, des territoires, une qualité environnementale et une intensité de production". "la Bretagne est une terre de productions agricoles", "nous voulons des industries agricoles et agro alimentaires".

Mais il invite aussi les acteurs "à sortir des habitudes", et surtout à "ne pas passer à côté de la révolution en cours", celle du numérique et de l'évolution de la distribution. Et il questionne : "Qui en Bretagne a le numéro de téléphone du responsable d'Alibaba ((l'Amazon chinois) ?".

Il identifie aussi la part de responsabilité des responsables politiques pointant du doigt les "injonctions contradictoires", et le besoin d'un "volontarisme politique". "La Région Bretagne sera à vos côtés" martèle-t-il. "Le bien manger doit rester chez nous". "Notre région ne doit pas avoir de doutes sur ses atouts".

"Le marché aura besoin des filières française de qualité, il n'est pas acceptable que les filières agroalimentaires perdent des emplois". Les mots choisis et pesés n'ont pas seulement résonné dans la salle, ils ont frappé les esprits.

Il fixe un axe de travail fort celui de "reconquérir les jeunes", à la fois sur le plan alimentaire, mais aussi vis a vis des métiers de l'agriculture et de l'agroalimentaire. "Il faut qu'ils retrouvent le plaisir et la fierté du travail, de nos métiers pour lever les freins au recrutement et à l'emploi".

Un discours très apprécié par l'ensemble des responsables des filières, pour son volontarisme, et l'envie affichée de trouver des solutions locales, pragmatiques.

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