Terra 02 février 2018 à 01h00 | Par Emmanuelle Le Corre

La Bretagne prête à saisir l'opportunité du bio ?

La société veut consommer plus de produits biologiques. La Bretagne, qui possède peu de signes de qualité, va-t-elle se saisir de cette opportunité ? Dans la construction de la filière, certains pondèrent son développement quand d'autres veulent un coup d'accélérateur.

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Débat avec Pascale Hébel, directrice du département "consommation" du Credoc, Carine Maret, directrice de l'Ufab, Jean-Jacques Le Bris, producteur de légumes bio et élu de la chambre d'agriculture des Côte d'Armor, Paul Auffray, élu de la chambre d'agriculture des Côte d'Armor.
Débat avec Pascale Hébel, directrice du département "consommation" du Credoc, Carine Maret, directrice de l'Ufab, Jean-Jacques Le Bris, producteur de légumes bio et élu de la chambre d'agriculture des Côte d'Armor, Paul Auffray, élu de la chambre d'agriculture des Côte d'Armor. - © Terra

Le bio serait-il la solution miracle pour sortir les agriculteurs de l'ornière des prix et relancer l'économie ? Le plan Ambition bio des États généraux de l'alimentation (15 % de la SAU en 2022) et le grand plan de relance du patron de Carrefour, s'appuient sur la consommation de produits bio. Mais vu de Paris et vu de Bretagne, le prisme n'est pas le même.

La région pourra-t-elle relever le défi ?

C'est la question qui a été débattue jeudi 25 janvier lors de la soirée "Regards croisés" à Saint-Brieuc organisée par la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor. Passé les aspects techniques et de contractualisation, la Bretagne a une opportunité à saisir pour capter cette valeur. Jean-Jacques Le Bris, producteur de légumes bio pour Prince de Bretagne et élu de la chambre d'agriculture en est intimement convaincu : "La bio est un moteur pour l'agriculture bretonne et les Bretons ont toujours su répondre aux attentes de la société. Il faut des signes forts de celle-ci tout simplement".

La production porcine au cœur du débat

Le débat s'est attardé sur la filière porcine qui ne produit que 0,5 % de porcs bio à l'heure actuelle. Dans le cadre des États généraux de l'alimentation, "le plan de filière de la production porcine entend passer de 0,5 % à 5 % en 2022. C'est très optimiste... raisonnablement, on serait plutôt à 5 % dans dix ans", estime Paul Auffray, vice-président de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor en charge de la commission "économie-emploi" et président de la fédération nationale porcine, qui allie le développement du porc bio avec un processus long et engageant comprenant une garantie contractuelle de 10 à 15 ans pour l'éleveur et la construction d'une stratégie d'approvisionnement en matières premières. "Pour un éleveur de porc, le ticket d'entrée est lourd, le changement radical et compliqué. Il faut compter 500 000 à 1 million d'euros pour un projet ficelé".

Cette approche d'un marché économique "sécurisé" n'est pas de l'avis de tous. Parmi les participants présents dans la salle, certains estiment que la profession doit être "plus offensive" sur la question du bio. "Il n'est pas bon de dire qu'il est plus difficile de s'installer en porc bio", partage Philippe Prigent, producteur de lait bio. "Le débat est très porté sur les marchés. Or le passage au bio est en premier lieu une philosophie. Si l'aspect économique est important, ce n'est pas le premier aspect du passage à la bio. Pour moi, l'autre aspect concerne la santé, celle de l'exploitant et de ses voisins", partage Ludovic Billard de Biolait. Les producteurs bio présents sont finalement tombés d'accord sur le fait que la crédibilité de la bio passe d'abord par une conviction personnelle. "Si on n'y va que pour les affaires, cela ne va pas durer longtemps", partage Jean-Jacques Le Bris, engagé dans une filière longue. Même chose pour le foncier et l'autonomie alimentaire. "La production porcine en bio n'a d'intérêt que s'il y a une autonomie alimentaire car le coût alimentaire - dont la protéine - est très élevé. Il faut de la surface", reconnaît Paul Auffray. Dans ce cas, l'accès au foncier sera la limite.

Le changement des valeurs favorise la consommation bio

La bio représente 4,5 % du marché alimentaire. Avec 107 € dépensés/habitant/an (contre 115 € en Allemagne), la bio explose en France. Pascale Hébel du Crédoc analyse la montée des aliments bio par un changement des valeurs amorcé depuis mai 68. "Le social, la répartition de la juste valeur et cette idée de réduire les impacts environnementaux de l'humain prend de l'ampleur". Ces préoccupations environnementales proviennent des pays du nord de l'Europe et des États-Unis où dans la culture protestante, on préfère prévenir (donc on mange mieux) pour être en bonne santé. "Avant dans les années 90, on ne parlait pas d'alimentation. Avec la première crise de l'ESB, les français se sont interrogés, puis il y a eu le scandale de la viande de cheval..." La montée des peurs accentue le phénomène. "Les Français ont peur des accidents de la route puis de ce qu'ils mangent. Cela vient avant les accidents nucléaires". Et plus le consommateur a peur, plus il a besoin d'être rassuré, remarque Pascale Hébel.

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