Terra 22 septembre 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

La Chine encore loin de produire les protéines qu’elle consomme

Boom économique aidant, les Chinois font entrer une part croissante de protéines animales dans leur assiette. En dépit de la modernisation rapide de ses filières agricoles, loin de l’autosuffisance et bousculé par des crises sanitaires, nourrir sa population reste un défi majeur pour l’empire du milieu, contraint de beaucoup importer. Son impact grossit sur les marchés mondiaux, en porc ou en lait.

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- © P. Bourgault

"La Chine, c’est un marché hors norme", prévient Stéphane Gouault de l’Ifip lors de la conférence initiée par ABCIS* sur le thème "Protéines animales en Chine : conquête ou partenariat ?". L’appétit des Chinois pour le porc est grand. Un porc sur deux dans le monde est consommé en Chine et "le prix du porc est une référence pour le maintien de la paix sociale". Alors, en 2016, face à la baisse de son offre nationale, le pays a importé des volumes conséquents de viande en plus des traditionnels abats et co-produits. Une véritable aubaine pour l’Europe qui lui a fourni plus de 3 millions de tonnes, "pas grand-chose pour eux, 15 jours de consommation, mais très important pour nous. C’est l’effet papillon", relève Jean-Marc Chaumet de l’Institut de l’élevage. Ainsi, 50 % en valeur des importations agricoles chinoises "sont en lien avec les produits animaux". Un effet qui devrait encore continuer à se faire sentir au vu des crises sanitaires et environnementales subies par 1,5 milliard d’individus qui nourrissent "une énorme défiance" à l’égard de leurs produits agricoles alors que "les scandales se succèdent".

Le boom du yaourt

Ainsi la Chine importe-t-elle de plus en plus de lait, y compris liquide. "Elle est devenue le premier importateur mondial de produits laitiers et de viande bovine", situe Jean-Marc Chaumet. "Le lait intérieur n’a plus de marché. Les Chinois préfèrent investir à l’étranger", ce malgré une restructuration en marche de toute la filière laitière pour satisfaire les 35 litres de lait consommés par habitant et par an (300 l/Français/an). "Le lait liquide fait l’objet d’une intense concurrence, son taux de croissance ralentit et les marges diminuent", observe le spécialiste. Pour Christophe Lafougère du Gira, "les importations vont continuer à augmenter"… Poudre grasse, crème, beurre pâtissier, "c’est le 3e marché mondial", le fromage aussi. Ainsi la consommation de fromage à pizza connait des progressions énormes depuis quelques années. "Pizza Hut va ouvrir 600 magasins, McDo 200, la demande à travers la RHD est énorme", situe-t-il énumérant les cartes françaises à jouer. Même constat pour "les produits fermentés qui prennent une place prépondérante sur le marché chinois, 27 % de la valeur de la totalité des produits laitiers", précise Jean-Marc Chaumet, pour une consommation de près de 5 kg/Chinois/an qui devrait passer à 8 kg, "soit 45 % du marché des produits laitiers". Aliments santé par excellence, ces "nouveaux" produits laitiers ont donc de beaux jours devant eux en Chine et "vont connaître des taux de croissance élevés", estiment ces spécialistes. Une nouvelle donne à laquelle il est urgent de s’adapter. "S’organiser et s’équiper afin de proposer une offre adaptée, flexible et durable pour les importateurs et utilisateurs chinois".

*ABCIS   : société de conseil des trois instituts techniques de l’élevage, Idele, Itavi et Ifip créée il y a 3 ans pour fournir références et études et appuyer par leur expertise un développement à l’international

 

 

Loin de l'autosuffisance en porc

L'industrie porcine chinoise a connu une forte et rapide consolidation, à partir de 2015, entraînant des prix élevés et une excellente rentabilité en 2016. Le nombre d'élevages a diminué de 30 % mais leur taille a augmenté. La production a progressé de 14 % en 10 ans, tout comme la consommation. Pour Yann Morel, de la Cooperl Chine,  et qui intervenait vendredi au Space lors des matinées de l'Ifip, "il faut s'attendre encore à une volatilité des prix tant que ce marché ne sera pas contrôlé par la grande industrie". En 2017, les prix de vente ont été à la baisse. S'ils remontent depuis peu, le représentant de la Cooperl en Chine estime qu'ils baisseront à nouveau après février, une fois le nouvel an passé. Toutefois, l'optimisme est de mise sur le rôle à jouer par la France car les experts estiment que la Chine est encore très loin de l'autosuffisance.  / Arnaud Marlet - Terra


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