Terra 25 juin 2015 à 08h00 | Par Paul Jegat

La colère contagieuse des éleveurs

Bientôt un mois que les actions de colère des éleveurs se multiplient et se propagent à l'Ouest. Porc, bovin, lait, dans les principales productions d'élevage, l'inquiétude fait place à un désarroi contagieux, alors que les prix ne bougent pas ou si peu, malgré les bonnes intentions affichées. En porc, c'est sûr, les cours ne décollent pas.

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Lundi soir, FDSEA et JA 56 ont organisé un barrage filtrant sur la RN 165 à Marzan. © Terra Les responsables de plusieurs grandes surfaces bretonnes reçus mardi par le préfet de région Bretagne. Entouré des responsables de la sécurité de la zone Ouest, gendarmerie, police, en renseignement,  Patrick Strz © Terra  © Terra

Rien n'y fait, pas plus les manifestations du mécontentement des agriculteurs que les bonnes intentions ministérielles répétées de réunion en réunion -lors de l'assemblée générale de la FNP le 12 juin à Ploërmel (56), ou lors d'une table ronde de la filière bovine le 17, puis le lendemain à l'occasion du congrès national JA dans la Sarthe. Même les intentions pacificatrices de certains distributeurs (Intermarché et Leclerc) prêts à accompagner les remontées de cours du porc ou du bovin ne parviennent pas à inverser la tendance. Les prix restent atones, désespérément bas depuis des semaines et des mois, contredisant les perspectives conjoncturelles favorables promises par les prévisionnistes. Tout a été dit sur ces crises de filières qui deviennent désormais une crise de l'élevage, une crise profonde et menaçante pour bon nombre d'agriculteurs.

Les Èleveurs
trËs mobilisÈs

Depuis un mois maintenant, les éleveurs de l'Ouest n'hésitent plus à exprimer leur désarroi, les producteurs de porc se sont mobilisés les premiers parce qu'ils sont aujourd'hui les plus directement touchés par la faiblesse prolongée des cours, ils ont été rejoints par les éleveurs bovins rassemblés la semaine passée aux portes d'une vingtaine d'abattoirs un peu partout en France (mais pas en Bretagne). Et désormais les laitiers s'y mettent, inquiétés par les mauvaises prévisions de marchés et donc de prix pour les prochains mois. Au point que les premières mobilisations professionnelles à l'appel des FDSEA et JA d'abord cantonnées aux abords de deux plateformes logistiques de grande distribution en Finistère et en Ille et Vilaine se sont vite métamorphosées en multiples actions dispersées et impromptues dans les campagnes, souvent mises en oeuvre par les FDSEA et JA. Ce fut le cas la semaine passée et à nouveau en fin de week end en Ille et Vilaine avec des opérations nocturnes de déversement de gravats aux accès aux grandes surfaces. Dans le Morbihan, FDSEA et JA ont concentré leur action en mettant en place lundi soir un barrage filtrant, nocturne lui aussi, de la RN 165 à Marzan (axe Nantes Quimper). A cette occasion, de nombreux camions ont été visités afin de vérifier la nature et l'origine des produits transportés et certains produitrs sans mention d'origine ont été détruits.

Pas d'impunitÈ

Mais, tout aussi souvent, la manifestation de la colère des agriculteurs s'est exprimée de manière beaucoup plus impromptue, lors d'actions isolées et anonymes, preuve d'une exaspération sourde jusque là et qui désormais n'hésite plus à s'exprimer, au risque du dérapage.

A tel point que mardi soir, fait très inhabituel, le préfet de région Bretagne convoquait une conférence de presse pour lancer un rappel à la loi, après avoir reçu les représentants de plusieurs enseignes de grande distribution. "Il ne peut y avoir d'impunité",
a-t-il dit sur un ton très solennel et annonçant des suites judiciaires aux dégradations perpétrées ou à venir, mais rappelant aussi l'action d'accompagnement de l'Etat dans la recherche de solutions acceptables à cette crise agricole. Une vingtaine de plaintes auraient été enregistrées à ce jour, cinq personnes auraient été interpellées puis remises en liberté et 10 personnes sont convoquées pour répondre de leurs actes.

Les industriels laitiers mis au banc des accusés par la FNPL et... Super U

 

Dans un communiqué du 23 juin, Super U s’interroge sur les 0,04 €/l de lait d’écart entre le prix payé au producteur et celui payé à la transformation : "Dans le cadre de ses négociations avec les fournisseurs de produits laitiers à marques nationales, Système U a pris comme base un prix de 34 centimes d'euro pour un litre de lait payé aux producteurs. A ce jour, le litre de lait est acheté à la production 30 centimes, Système U s'interroge sur ce différentiel qui devrait revenir aux producteurs dont on constate chaque jour les difficultés". La réponse de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) n’a pas tardé. Thierry Roquefeuil, son président, observe, dans un communiqué du jour-même : "Si Système U s'étonne et s'interroge sur ce différentiel, je condamne le hold-up de certains transformateurs laitiers qui préfèrent se dédouaner en accusant leurs clients (les GMS) de tous les maux". Super U pointe du doigt le jeu des industriels, mais il dénonce également celui des éleveurs. Thierry Desouches, porte-parole de Super U, explique "la surprise" de la distribution face aux destructions des magasins dans l’Ouest par des éleveurs, ce week-end. "Tout le monde a été surpris par ce retour de violence alors que l’on pensait que les réunions récentes calmeraient le jeu". Il insiste : "il va falloir que l’on sorte de cette impasse car les patrons des magasins commencent à en avoir assez et nous ne sommes pas à l’abri de débordements".

 

Le MPB dénonce les achats des salaisonniers en Allemagne et en Espagne

Après une séance en légère baisse (0,1 cent le kilo) le 22 juin, le marché du porc breton (MPB) de Plérin a dénoncé, dans une note de marché, l'attitude des salaisonniers pour qui "le prix allemand, annoncé en forte baisse depuis une semaine, devient très attractif", et qui "n'ont, semble-t-il, que faire des difficultés de la filière porcine et ont repris leurs achats en masse en Allemagne ou en Espagne". Le MPB enjoint les distributeurs à obliger "les grands salaisonniers à acheter leur matière première en viande française", si ceux-ci "voulaient faire jouer à plein le patriotisme économique".

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