Terra 30 août 2018 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

La Cooperl cristallise les tensions au MPB

À l'appel des Bonnets roses, et après une journée sous tension la semaine dernière, la cotation du marché du porc breton affichait lundi une hausse cumulée sur deux séances de cotations de + 0,043 euros/kg. Décrochage des prix face à l'Allemagne, choix stratégiques des groupements... la quarantaine d'éleveurs a demandé une hausse maximum et une stratégie collective pour la filière porcine.

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Les éleveurs en colère réclament des hausses successives pendant trois semaines pour coller le prix français sur le prix allemand. Des nouvelles manifestations étaient encore prévues ce jeudi au MPB.
Les éleveurs en colère réclament des hausses successives pendant trois semaines pour coller le prix français sur le prix allemand. Des nouvelles manifestations étaient encore prévues ce jeudi au MPB. - © Terra

Si le marché du porc breton se veut un outil technique de fixation du prix, la contestation des éleveurs porcins bretons à l'appel des Bonnets roses a pris une forme très politique la semaine dernière à Plérin. Une quarantaine de producteurs a bloqué la cotation de jeudi jusqu'à 15h30 avec l'espoir d'infléchir la tendance baissière des cotations et obtenir des prix plus rémunérateurs. En tête de file, Olivier Etienne, producteur à Loudéac et porte-parole du mouvement, a dénoncé "des prix bas, en décalage de plus de 15 centimes avec ceux pratiqués en Allemagne, alors que dans le même temps, les importations de cochons ont augmenté de 25 %, tout comme le prix de l'aliment qui s'envole alors qu'il représente 60 % du coût de production". Les éleveurs réclament une hausse de 5 centimes du kilo sur les trois prochaines semaines pour recoller aux marchés européens. À l'heure des choix et des explications, le ton est monté entre les élus du MPB et les producteurs, les uns comme les autres regrettant l'absence des principaux concernés, les acheteurs, qui désormais "poussent le bouton depuis leurs bureaux".


La Cooperl en ligne de mire

Mais une autre réalité pèse bien plus sur les cotations : la Cooperl -qui n'achète plus de porcs au MPB - paie ses éleveurs 4 centimes de moins que le cadran. Pour le porte-parole des Bonnets roses Olivier Etienne, le contournement du MPB par le principal acteur français du porc "pèse sur le marché. Nous ne pouvons pas entrer dans une dynamique de progression si les concurrents directs paient le produit brut plus bas !". Les éleveurs présents dénoncent une "politique individualiste" du groupe coopératif. "Si la Cooperl ne veut pas jouer le jeu, laissons-les de côté et organisons-nous" invite Olivier Etienne en interpellant le président de l'UGPVB (union des groupements) Michel Bloc'h auquel il demande "le retrait de la Cooperl de l'union. Pourquoi aurait-elle un pouvoir d'orientation stratégique sur la filière, alors que leur seule volonté est individuelle !". Et tous d'évoquer le choix du mâle entier, les choix d'investissements (méthanisation, export...) de la coopérative, les importations de cochons sur le marché français... "La Cooperl représente 5 millions de cochons et nous 15 millions, nous devons nous organiser à partir de là", revendique l'éleveur.

 

Le prix : un jeu collectif

Le collectif d'éleveurs souhaite massifier l'offre autour du MPB pour jouer collectif et imposer aux acheteurs une présence au marché. Un souhait partagé par François Pot, président du MPB et du groupement porcin Porélia : "je comprends que les éleveurs aient besoin de retrouver un brin de pouvoir et le marché breton doit nous permettre de garantir notre propre indépendance. Sans cet outil, nous serons soumis aux choix politiques, sanitaires et environnementaux d'autres pays européens comme l'Allemagne. Je m'emploie à le faire au sein de mon groupement, mais je n'ai aucune prise sur les choix de chacun, ni sur les prix pratiqués par les acheteurs".

Le mouvement de colère de la semaine passée aura eu un effet au moins, celui de provoquer une réunion de crise. Celle-ci s'est déroulée lundi dernier entre présidents et directeurs de groupements. Alors que la demande de transparence était réclamée par les Bonnets roses, rien n'a filtré de cette rencontre sinon l'intention des représentants des groupements de se réunir à nouveau. Pour Didier Lucas, président de la FDSEA 22, également présent jeudi dernier, "il n'y a pas de volonté politique de passer suffisamment de cochons au MPB, chacun individuellement contractualise en direct avec les abattoirs pour assurer ses propres débouchés au meilleur prix". Et d'ajouter : "je reconnais comme vous tous que l'outil aujourd'hui ne fonctionne pas, mais si on va au bout du blocage et que nous cassons notre seul outil collectif, c'est au risque de voir réapparaître les "prix boutique !". Michel Bloc'h assure que le "MPB est reparti en 2015, dans le contexte actuel, il n'y aura pas de second redémarrage".


2015-2018, mêmes causes, mêmes effets

Les déboires d'aujourd'hui ressemblent beaucoup à ceux d'hier : manque de cochons au marché, prix déconnecté des salles européennes, stratégie individuelle des groupements... Les propos tenus ces dernières semaines par les éleveurs, les élus ou responsables syndicaux résonnent et font écho à ceux d'août 2015 devant les mêmes portes du MBP. Quelques différences notoires tout de même : le prix politique 2015 était fixé à 1,40 €, quand le cadran affiche aujourd'hui péniblement 1,27 € et la Cooperl ne fait plus partie des acheteurs du marché.

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