Terra 30 juillet 2015 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

La fièvre ne retombe pas !

Le plan de soutien à l'élevage français dévoilé mercredi dernier n'aura pas suffi à faire redescendre la colère des agriculteurs. Au contraire. Les éleveurs demandent avant tout des prix et de la reconnaissance, et dénoncent un plan d'urgence qui apparaît comme un effet d'annonce.

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Mardi soir, 400 manifestants ont contrôlé l'origine des produits de Brake France à Lamballe. Une entreprise qui livre la restauration collective.
Mardi soir, 400 manifestants ont contrôlé l'origine des produits de Brake France à Lamballe. Une entreprise qui livre la restauration collective. - © TERRA

Alors que Stéphane Le Foll et Manuel Valls annonçaient officiellement mercredi 22 juillet, un plan de soutien à l'élevage français, à hauteur de 600 millions d'euros, le préfet de région Patrick Strzoda et le président du conseil régional, Pierrick Massiot organisaient dès le lendemain une conférence régionale agricole avec les présidents des chambres d'agriculture et les responsables régionaux et départementaux des organisations représentatives de la profession agricole. L'objectif ? Recueillir leurs réactions par rapport aux 24 mesures du plan gouvernemental, et engager à l'échelon régional la mise en œuvre concrète de ces mesures. Surprise, au point presse prévu à l'issue, seuls les responsables politiques étaient présents. Ce qui laissait déjà présager des réactions des responsables professionnels. Et effectivement, tous syndicats confondus, l'annonce de 600 millions d'euros a déçu tout le monde. "Sur ces 600 millions d'euros, 500 millions sont des garanties aux prêts déjà contractés et ça ne suffira pas à soulager à long terme les trésoreries", déplore Jean-Paul Riault, président de JA Bretagne. Dans un communiqué commun, la FRSEA et JA Bretagne affirment que "les agriculteurs ne se contenteront pas d’un recyclage de mesurettes déjà utilisées et qui ne règlent pas les problèmes de fond que nos exploitations affrontent depuis des mois, des années !" Patrick Strzoda, le préfet de Région estime avoir entendu la détresse des éleveurs "qui réclament de la reconnaissance et de la compétitivité".

Retrouver la confiance

Redonner de la confiance aux agriculteurs doit donc être une priorité. Une priorité qui passe notamment par un rééquilibrage du poids des agriculteurs dans les relations commerciales. Et des gains de compétitivité en mettant en place des outils fiscaux adaptés aux filières et en stoppant la surenchère réglementaire et administrative qui plombe les entreprises. A ce sujet, "le conseil régional n'a pas compétence pour agir dans l'urgence et accompagner le plan gouvernemental au bénéfice des trésoreries, en revanche, la Région est pleinement active au sein des filières, auprès des éleveurs et des industriels pour investir massivement et préparer l'avenir", souligne Pierrick Massiot. Le président du conseil régional faisant ici allusion aux dispositifs activés pour moderniser les bâtiments d’élevage, réduire les coûts par les économies d’énergie, soutenir les transformations à la ferme, accompagner les achats d’outils spécifiques et enfin investir dans des projets industriels. "Déjà 560 dossiers ont été déposés pour moderniser les bâtiments d’élevage, 280 pour les économies d’énergie, 20 pour la transformation à la ferme et 45 demandes nous sont arrivées des IAA", ajoute le président du conseil régional.

Après une série de réunion d'urgence et d'accords la semaine dernière pour relever le prix du bœuf, du porc et du lait, les éleveurs ont donc continué à mener des actions pour vérifier que les promesses seront tenues ou dénoncer des résultats jugés insuffisants. Barrages aux frontières allemande et espagnole pour contrôler les camions étrangers, blocages, péages gratuits, opérations escargots, actions et contrôles dans les supermarchés... Ni l'engagement du ministre de l'agriculture qui a annoncé un conseil des ministres européens de l'agriculture en septembre, ni la promesse du Président de la République de continuer à maintenir la pression n'auront suffi à faire descendre la fièvre qui a gagné les paysans. Si bien que lundi, ils étaient 800 tracteurs et 2 000 agriculteurs à avoir rejoint par l'autoroute, le siège de Lactalis à Laval. "La confiance des producteurs de Lactalis est largement écornée...", déclarait ainsi Philippe Jehan, président de la FDSEA 53, avant d'inviter les manifestants à reprendre les routes départementales pour regagner les campagnes.

A la conférence régionale organisée à Rennes, Patrick Strzoda et Pierrick Massiot ont rassemblé les présidents des chambres d'agriculture et responsables des organisations représentatives de la profession.
A la conférence régionale organisée à Rennes, Patrick Strzoda et Pierrick Massiot ont rassemblé les présidents des chambres d'agriculture et responsables des organisations représentatives de la profession. - © terra

Les 24 mesures du plan de soutien

Les mesures d'urgence

1. Poursuite de la mobilisation des abatteurs, transformateurs, industriels laitiers et acheteurs de la grande distribution pour respecter les hausses de prix auxquelles ils se sont engagés

2. L’Etat engagera avec les banques une restructuration de l’ensemble des dettes à moyen et long terme des éleveurs en difficulté, en particulier les jeunes et récents investisseurs, avec le soutien de la médiation du crédit

3. Cette restructuration s’appuiera notamment sur une prise en charge par l’Etat des charges financières des éleveurs les plus en difficulté dans le cadre du fonds d’allégement des charges (FAC) qui sera porté à 50 M€

4. La BPI pourra garantir jusqu’à 500 M€ de crédits bancaires de trésorerie aux entreprises du secteur de l’élevage pour faire face à l’ensemble de leurs besoins

de trésorerie, notamment les créances vis-à-vis des fournisseurs

5. Report sur demande de la prochaine échéance de paiement des cotisations personnelles et employeurs de sécurité sociale

6. Prise en charge facilitée des cotisations des éleveurs les plus en difficulté dans le cadre de l’action sociale de la MSA

7. Mobilisation du dispositif du Fonds national de gestion des risques agricoles, pour répondre aux besoins des régions touchées par la sécheresse et la canicule

8. Remise gracieuse sur demande des taxes foncières des éleveurs en difficulté

9. Assouplissement des conditions d’accès aux remboursements mensuels des crédits de TVA par la réouverture jusqu’au 15 septembre du droit d’opter pour une déclaration mensuelle. A titre exceptionnel, cette option pourra être exercée pour une période limitée à un an

10. Report sur demande des échéances de paiement des derniers acomptes d’impôt sur le revenu et d’impôt sur les sociétés pour les éleveurs en difficulté

Les mesures structurelles : 6 mesures visent à reconquérir le marché national et pour les expéditions sur le marché communautaire et international / 4 mesures ont pour objectif la diversification des revenus des éleveurs en les faisant participer à la transition énergétique / 4 mesures visent la restauration de la compétitivité des filières d'élevage.

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