Terra 22 juin 2018 à 15h00 | Par Arnaud Marlet

La filière laitière française, une exception au prix fort ?

Entre contexte mondial et marché libéral, la filière laitière française est-elle une exception au prix fort ? Pour répondre à cette question posée lors de son assemblée générale, Eilyps avait invité le 14 juin, différents experts et éleveurs réunis autour d'une table ronde.

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De gacuhe à droite : Catherine Lascurettes, Frédéric Courleux, John Rooijakkers et Marcel Denieul.
De gacuhe à droite : Catherine Lascurettes, Frédéric Courleux, John Rooijakkers et Marcel Denieul. - © Terra

Ingénieur agronome et directeur des études de la plateforme Agriculture stratégies, Frédéric Courleux a dans un premier temps posé son regard d'économiste sur les marchés laitiers et les enjeux d'organisation du secteur. "Le lait est davantage un marché captif qu'un marché traditionnel, avec une situation de dépendance économique, des marchés économiques très étroits, dominés par trois acteurs : la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et l'Europe", estime ainsi Frédéric Courleux. Et l'économiste de poursuivre : "Plus personne n'a confiance dans le système mondial des enchères en Nouvelle-Zélande. Pour autant, développer un marché à terme, ça ne se décrète pas et la question qui est cruciale, c'est celle de l'organisation des producteurs". La filière laitière sera-t-elle alors en mesure de se structurer à l'image de ce qui a été fait en légumes ? "Les coopératives vont être au pied du mur. Pour être au cœur de la valeur ajoutée, il faut être au cœur de la nouvelle organisation et ça va être aux organisations de producteurs de gérer les volumes", insiste Frédéric Courleux.

En Irlande, l'organisation et la vision même de la production est différente de celle développée en France. Catherine Lascurettes, chargée du secteur laitier à l'Irish farmers' association (IFA), le principal syndicat d'exploitants témoigne d'un nouvel élan. "En 2008, on a redécouvert l'agriculture comme un secteur "sexy" et l'ambition de l'Irlande a été de doubler sa production d'ici 2020. Chez nous, seulement 10 % de la production de lait va à la grande distribution et je pense que le problème de la filière française, c'est le manque de redistribution de la valeur ajoutée". Autre vision, très libérale, avec ce témoignage de John Rooijakkers, éleveur d'origine néerlandaise qui s'est installé en 1994 avec 50 vaches et 60 ha et qui possède aujourd'hui un troupeau de 170 vaches sur 230 hectares. Demain, il souhaiterait se développer à 350 animaux."On a tous les atouts ici, mais on est trop bridé", regrette John Rooijakkers.

En France, de nouvelles initiatives voient le jour. À l'image de la dynamique collective menée par l'association Lait de pâturage, présidée par Marcel Denieul, éleveur laitier et président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine. L'association ne transforme et ne commercialise pas de produits à sa marque. En revanche, elle met son "label" à la disposition des différents opérateurs que sont les organisations de producteurs, transformateurs ou distributeurs. Le pâturage est le mode d'alimentation le plus naturel des vaches, sa pratique est encore largement répandue en France et elle correspond aux attentes sociétales. "Il faut que l'on communique sur nos pratiques, qu'on les valorise et que l'on soit visible", conclut Marcel Denieul.

 

Pierrick Cotto, président d'Eilyps
Pierrick Cotto, président d'Eilyps - © Terra

Il a dit : Pierrick Cotto, président d'Eilyps

Si 2017 a laissé entrevoir des perspectives plus positives, l'embellie a été très modérée et insuffisante. Ainsi les trésoreries mises à mal depuis 2015 n'ont pu être reconstituées. Le travail réalisé au sein du comité agricole départemental nous montre que, contrairement à certaines productions, il faut, en élevage laitier, plusieurs exercices avec une conjoncture favorable pour rééquilibrer les bilans.

Depuis 2012, le projet stratégique d'Eilyps a acté toutes les ruptures qui traversent le monde de l'élevage bovin. Chaque organisation, chaque entreprise est dans l'obligation de se transformer pour rester présente sur un marché ouvert et concurrentiel. Nous sommes force de propositions et de changements qui doivent être synonymes de progrès. Quoiqu'il en soit, nous préparons l'avenir en multipliant les partenariats et les systèmes d'échanges. Loin des approches intégratrices, nous renforçons notre culture réseau et apprenons avec des entreprises différentes et parfois concurrentes.

Eilyps développe ses outils digitaux

Réseaux sociaux, nouveau site internet, nouvel espace personnalisé sur Breeder, application mobile, ID coach... En 2018, Eilyps a passé la vitesse supérieure pour ses outils digitaux. Avec l'arrivée des web services, qui sont des passerelles d'échanges de données entre différents systèmes d'infos, l'objectif aujourd'hui est plutôt de faire communiquer les différents outils entre eux. Par exemple sur Breeder, c'est la mise en place de la brique IPG avec l'EDE de Bretagne qui a facilité cet échange. Il en sera de même avec les acteurs de la génétique et de la santé animale.

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