Terra 24 janvier 2019 à 08h00 | Par Chantal Pape

La génétique pour vaincre maladies et ravageurs de la pomme de terre

Anton J. Haverkort l'a assuré aux producteurs de Bretagne plants lors de l'assemblée générale du 9 janvier dernier à Landivisiau (29) : d'ici vingt-cinq ans, les progrès de la génétique auront permis de vaincre maladies et ravageurs de la pomme de terre. En attendant, la suppression de nombreuses matières actives les laisse sans solution contre le taupin ou certains virus.

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Jean-Yves Abgrall, directeur de Bretagne plants.
Jean-Yves Abgrall, directeur de Bretagne plants. - © Terra

+ 226 hectares entre 2016 et 2017, + 181 hectares l'an passé : en Bretagne, les surfaces consacrées au plant de pomme de terre sont à la hausse et avoisinent désormais les 6 000 hectares. Si un printemps sec a permis des plantations dans de bonnes conditions, les parcelles non irriguées ont souffert de la chaleur et du manque d'eau, entraînant des rendements très variables. "Le rendement brut s'établit à 37,5 t/ha, en recul de plus de 5 t par rapport à l'an passé, indique Jean-Yves Abgrall, le directeur de Bretagne plants. Et c'est aussi le climat qui explique une progression de 22 % des petits calibres et une diminution du dessus de plant dans les mêmes proportions".

 

Des prix en hausse

Ces conditions climatiques difficiles ont eu les mêmes conséquences ailleurs en France et dans le Nord de l'Europe, où le rendement en pomme de terre de consommation est en recul de 18 %. "Et la variété Bintje se négociait fin novembre à 300 €/t, contre 105 €/t en 2017". Ces tensions se font aussi sentir sur le marché français du plant, où le calibre 1 de Bintje a atteint 910 €/t mi-décembre, deux fois plus qu'un an auparavant.

À l'export, l'offre limitée de plants a incité les acheteurs à s'approvisionner plus tôt et au 18 décembre dernier, les livraisons bretonnes y étaient en avance de 9 %. "Les expéditions ont progressé de 3 000 t en Égypte", cite à titre d'exemple Jean-Yves Abgrall. "Certes, nos clients sont réceptifs à une augmentation du prix, constate Florimond Desprez, pour Germicopa. Mais en Algérie, par exemple, leurs ventes sont au point mort". Le marché français lui pose aussi question. "Nous avons beaucoup de petits calibres cette année. Est-ce qu'on parviendra à tous les vendre ?".


Développer le biocontrôle

Si, pour la campagne en cours, les voyants sont plutôt au vert, les producteurs s'inquiètent de la disparition progressive de matières actives qui leur sont aujourd'hui indispensables pour produire un plant de qualité. "Les dégâts dus aux larves de taupins restent préoccupants, relate Dominique Morvan, le président de Bretagne plants. Pour le moment, nous arrivons à les maîtriser en partie grâce à l'utilisation par dérogation du Mocap. Mais qu'en sera-t-il demain, avec sa disparition annoncée ? Ce ravageur risque de mettre en péril certaines zones de production".

La lutte contre les virus devient également problématique. "L'abandon des néonicotinoïdes cette année et d'une spécialité supplémentaire l'an prochain rendra la protection des plantes bien plus complexe".

C'est dans ce contexte que, début 2018, les trois bassins de production de plants et la FN3PT, la fédération nationale de producteurs de plants de pomme de terre, ont mis en commun leurs moyens de recherche au sein de RD3PT. "Il leur revient, entre autres, de travailler sur la prévention vis-à-vis des parasites de quarantaine, sur la sélection assistée par marqueurs pour la résistance au mildiou, au virus Y et aux nématodes à kystes et sur le biocontrôle pour lutter contre certains pathogènes", énumère Jean-Yves Abgrall.

 

Une production d'avenir

"Il vous faut prendre patience, explique en substance Anton J. Haverkort, professeur à l'université de Wageningen, aux Pays Bas. D'ici vingt-cinq ans, la recherche en génétique aura permis de vaincre ravageurs et maladies". Et ce n'est pas là la seule bonne nouvelle qu'il a distillée aux producteurs de Bretagne plants. Dans le même temps, la pomme de terre sera consommée mondialement. Grâce à son climat, et malgré le réchauffement climatique, le Nord Ouest de l'Europe sera toujours la zone de production la plus compétitive. "L'augmentation de la teneur en CO2 va même favoriser les rendements". Et le changement de mentalité du consommateur, qui s'amorce déjà, fera qu'il sera prêt à payer un juste prix au producteur. Vingt-cinq ans... un temps qui paraît infini aux producteurs ! "Oui, reconnaît le professeur. Mais regardez en arrière : vingt-cinq ans, c'était hier...".

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