Terra 16 juin 2016 à 08h00 | Par Loïc Guines, président de la FDSEA d'Ille-et-Vilaine

La main tendue

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Les images sont saisissantes et la détresse immense face à cette montée des eaux inexorable qui a anéanti des habitations, des commerces, des fermes, des vies de labeur. Je ne peux pas m’empêcher de voir cette crue comme la conséquence de la dérive de notre système dans sa globalité. Les constructions acharnées et leurs hectares de bitume et de béton, les cours d’eau interdits d’entretien, les fossés sans curage, les gaz à effet de serre et leur cortège de dérèglements climatiques, l’arasement des talus et la disparition des freins naturels à l’écoulement. Tout a concouru à ce désastre humain, économique et écologique. Il ne reste à toutes ces victimes que leurs yeux pour pleurer et je regrette ce désastre annoncé, issue fatale d’une incapacité à penser autrement qu’à ses propres intérêts, qu’à ses prérogatives et à son pré carré. Sachons tirer les leçons de nos erreurs car un autre désastre pourrait arriver : celui de l’agriculture française. Cette fois la vague est réglementaire. Elle nous empêche de construire nos digues contre les produits concurrents, elle noie notre compétitivité, engloutit nos bénéfices, submerge nos bureaux de papier, fait couler nos dernières économies. Le législateur, tel un poisson dans l’eau, réinvente chaque jour l’eau tiède, apporte de l’eau au moulin de la complexité et nous laisse tous le bec dans l’eau. Croyez-moi, tout part à vau-l’eau. Nous naviguons en permanence en eaux troubles et à contre-courant. L’agriculture française doit rester un paquebot capable d’affronter les pires tempêtes. Pourtant, chaque jour, sans cap clair, le bateau dérive et beaucoup trop d’entre nous tombent à l’eau. Le rivage s’éloigne dangereusement mais nous pouvons encore nous en sortir. Nous pouvons nager et nous débattre plus vigoureusement encore, le gouvernement peut réaffirmer le cap, le législateur peut nous tendre la main, nos partenaires et nos créanciers peuvent nous maintenir la tête hors de l’eau. Mais le veulent-ils vraiment ? Veulent-ils une agriculture diversifiée et vivante capable d’inonder la France et l’Europe de produits alimentaires reconnus comme les meilleurs ? Ou pensent-ils que l’amour du consommateur et l’eau fraîche nous suffiront pour survivre ? A tous les acteurs économiques et politiques qui lisez cet édito, bien au sec depuis la rive, prenez votre courage à deux mains, renoncez à la défiance, aux guerres de chapelles, à la crispation, à la posture, à la caricature et tendez la main aux paysans qui se noient. Croyez en eux, faites leur confiance, reconnaissez leurs compétences et leurs talents et acceptez de partager votre air avec eux, avant qu’il ne soit trop tard. Tendez cette main avant qu’une goutte d’eau ne fasse déborder le vase ou que nous coulions tous à pic et vous avec.

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