Terra 12 octobre 2018 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

La Nouvelle-Zélande : un modèle en bout de course ?

Le modèle néo-zélandais serait-il au point mort ? L'Idele, l'institut de l'élevage, a laissé planer le doute lors d'une conférence au Space. Même si la production stagne depuis trois campagnes, la Nouvelle-Zélande garde de la ressource sous le pis.

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La perspective de croissance du lait low cost en Nouvelle-Zélande n'est plus ce qu'elle était,  pénalisée par la hausse des coûts de production, de l'endettement et les exigences de durabilité des citoyens.
La perspective de croissance du lait low cost en Nouvelle-Zélande n'est plus ce qu'elle était, pénalisée par la hausse des coûts de production, de l'endettement et les exigences de durabilité des citoyens. - © Isabelle Pailler

Au pays de la vache kiwi, 95 % de la production laitière est tournée vers l'export. Avec une production proche de la production française, la Nouvelle-Zélande arrive en tête des pays exportateurs, pesant 30 % des échanges mondiaux. Le pays s'est considérablement développé ses vingt dernières années, portant sur ses épaules la hausse de 50 % des échanges mondiaux de produits laitiers entre 2010 et 2016. Si cet impressionnant bond en avant s'est appuyé sur le pâturage, le recours aux aliments achetés est venu freiner la forte rentabilité que connaissaient les élevages avant 2007-2008. Moins performantes, pénalisées par la hausse du change, les exploitations laitières ont été ébranlées par la crise laitière de 2016. Sans compter que là-bas aussi les exigences environnementales et de durabilité rattrapent les élevages laitiers. Le modèle néo-zélandais serait-il sur le déclin ? Et bien non. Des observateurs partis en voyage d'études avec l'Idele estiment que le modèle est loin d'être à bout de souffle. Décrite comme entrepreneuse, aidée par un État "facilitateur", la filière laitière néo-zélandaise en a sous le pied. "Je pense qu'ils ont une marge de manœuvre importante même s'ils achètent plus d'aliments. Ils gèrent au troupeau mais ont de la marge de progrès par animal", estime l'économiste Jean-Marie Séronie.

 

Un système rattrapé par son impressionnant développement

À l'inverse du modèle français très diversifié, le système néo-zélandais est lui ultra spécialisé. Rien qu'un leader, la coopérative Fonterra et ses 10 000 coopérateurs pèsent quelque 18 milliards de litres de lait (85 % du lait produit) avec à la sortie des usines, des produits peu différenciés dont les poudres grasses en tête. Dans l'île du Sud principalement, les cheptels laitiers de 600 vaches ont massivement remplacé les troupeaux de brebis et de vaches allaitantes en quinze ans. Cette ruée vers l'or blanc a provoqué un renchérissement du foncier (24 000 €/ha de prairie en moyenne), une augmentation de l'endettement et un alourdissement des coûts de production. "Sans possibilité de croissance et de reprise de terre, il y a eu une forte baisse du système low input(1)", décrit Pascal Rougier de Littoral Normand (réseau France Conseil Élevage).

La crise laitière de 2016, pendant laquelle 77 % des exploitations ont connu une crise des liquidités, a ébranlé la structure mais il y a eu peu de casse grâce au soutien des banques. Dans le pays, "le recours à l'emprunt est de 50 % du bilan, un quart des exploitations étant endettées à plus de 70 %", indique Jean-Marie Séronie (Terra 628 du 9 mars 2018).

 

... et par ses impacts sur l'environnement

Par ailleurs, cette intensification de la production laitière s'est accompagnée d'une dégradation de l'environnement, des reportages à charge ont relayé l'information en France. "Info ou intox ?", demande Benoît Rubin de l'Idele. Les spécialistes temporisent rappelant les chiffres. "99 % des cours d'eau affichent une teneur en nitrates inférieure à 50 mg/l et 92 % inférieurs à 10 mg/l". Et de citer en exemple. "C'est vrai, il existe une dégradation de la qualité de l'eau, notamment dans les zones d'élevages laitiers. Or des mesures sont prises par l'État pour empêcher les animaux d'accéder aux cours d'eau". Retrouver la confiance des consommateurs et des citoyens par des démarches plus respectueuses de l'environnement, aura automatiquement des répercussions sur les coûts de production et la croissance de la filière laitière néo-zélandaise.

 

Les atouts de la filière laitière néo-zélandaise

Pour autant, le business des produits laitiers est stratégique au pays des kiwis. Alors que le Dairy Industry Restructuring Act 2001, ou loi de restructuration laitière, s'est faite dans une logique libérale (sans contrôle des structures, foncier au plus offrant...), là-bas, l'État est décrit comme "facilitateur", présent aux côtés de la filière laitière. "L'État facilite l'accès aux marchés mais n'aide pas les exploitations", décrit Christophe Miault , administrateur Terrena.

De plus, avec leurs vaches élevées en extérieur, les éleveurs ont l'une des productivités les plus fortes au monde à 1 UTH pour 600 000 litres de lait. À chacun son job ! Centrés sur la production laitière, ils délèguent souvent l'élevage des génisses, des taries et achètent le fourrage (maïs).

Côté débouchés, le yo-yo des prix des marchés mondiaux a poussé la coopérative Fonterra à revoir sa stratégie dans la recherche de débouchés à plus forte valeur ajoutée afin de fournir le marché asiatique. "Ils sont dans une logique de différenciation avec le lait a2 ou le lait de nuit. La Nouvelle-Zélande veut avoir cette nouvelle spécificité", décrit Mélanie Richard de l'Idele. Traire les vaches la nuit permet d’obtenir un lait riche en mélatonine favorisant l’endormissement, quant au "lait a2", ses protéines seraient plus digestes (vaches porteuses homozygotes du gène a2).

Enfin, la Nouvelle-Zélande, c'est aussi le pays au statut original de share-milking, une association entre le propriétaire qui endosse les dettes (foncier, irrigation) et un share-milker qui détient une partie de l'élevage et dirige l'exploitation*. 21 % des fermes sont organisées ainsi. "Il faut voir la motivation des share-milkers !", rapportent les voyageurs, convaincus que la Nouvelle-Zélande n'a pas dit son dernier mot.

 

*  System low input   : apport faible en aliments, réservés aux vaches taries.

 

 

- © Terra

Share-milking, pour ou contre ?

En France, à chaque génération, l'éleveur qui s'installe rachète le capital de l'exploitation. En Nouvelle-Zélande, pays libéral, la personne qui souhaite démarrer dans le métier de l'élevage peut devenir "share-milker" (juridiquement reconnu) en faisant quelques emprunts, dans l'espoir de devenir propriétaire terrien à son tour. Certains le voient comme une forme de métayage moderne ; d'autres comme une opportunité pour des personnes non issues du milieu agricole, et dont le principe pourrait être revu à la mode française.

 

Oui, mais...
Ludovic Blin, éleveur dans la Manche, Criel Normandie.

Bosseur, entrepreneur, le share-milker est un statut intéressant pour les gens qui ont envie de démarrer dans le métier. L'effet pervers du share-milking est l'aspect de rentier.

 

Oui
Martial Marguet, président d'Idele.

Le share-milking pourrait être un tremplin à l'installation. Pourquoi ne pas construire des parallèles en Europe vu les capitaux des exploitations laitières à reprendre, et pour contrer le recul des installations.

 

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