Terra 20 juillet 2017 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

La production laitière a de l'avenir !

Quelles sont les évolutions du contexte laitier et les stratégies d'adptation pour les acteurs ? C'était tout l'enjeu des rencontres laitières organisées le 4 juillet dernier à Rennes, par le GIS Élevages Demain, les chambres d'agriculture de Bretagne, le Cniel (interprofession laitière), le CilOuest (interprofession de l'Ouest) et Agrocampus.

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Pour Christophe Lafougère, spécialiste des marchés agroalimentaires, "c’est l’Europe, qui a le plus gros potentiel de croissance de la production".
Pour Christophe Lafougère, spécialiste des marchés agroalimentaires, "c’est l’Europe, qui a le plus gros potentiel de croissance de la production". - © Jean Nanteuil

Dans un contexte de marchés volatils et d'une montée en puissance des attentes de la société concernant les modes de production, la filière laitière et les exploitations du grand Ouest sont amenées à s'adapter. Si la production de lait va continuer de croître partout, beaucoup de ce lait sera utilisé comme lait de consommation, pour nourrir une population croissante. Pour Christophe Lafougère, directeur de Gira, société de consulting spécialiste des marchés agroalimentaires, "la production laitière devrait augmenter de 34 millions de tonnes d'ici à 2021, pour atteindre près de 546 millions de tonnes". Une progression essentiellement dûe aux États-Unis (+7,4 Mt) et à l'Union européenne (+8,5 Mt). Et le directeur du Gira de poursuivre : "La Nouvelle-Zélande a atteint un plateau. Aux États-Unis, la croissance de la production est drivée par un puissant marché domestique, qui continue à se développer, et par le marché mexicain. Les Américains sont exportateurs par opportunisme. C’est donc l’Europe, qui a le plus gros potentiel de croissance de la production et qui va être le moteur de la croissance des exportations mondiales de produits laitiers". Toujours selon le Gira, l'augmentation de la production dans l'UE donnera lieu à une augmentation des exportations des commodités laitières, dont les prix sont de nouveau en croissance. Pour autant un changement essentiel se produit sur les marchés des commodités. "Le prix de la protéine est tiré vers le bas par des stocks d’intervention qui continuent à augmenter et, de l’autre côté, la demande en matière grasse n’arrête pas de progresser. La valorisation de la matière grasse va continuer à être supérieure à celle de la protéine au cours des prochaines années", ajoute Christophe Lafougère.

Le rôle de la Chine

Autre sujet de fond pour bien comprendre les évolutions du contexte laitier : le rôle de la Chine, qui est en train de se consolider verticalement. Au sein de la chaîne de valeur chinoise... mais aussi à l'étranger. "Le grand changement est que la Chine, avec ses poches très profondes et bien pleines, est en train de rapidement prendre le contrôle direct de ses sources d'approvisionnements et de leurs valeurs ajoutées", prévient Christophe Lafougère. Les entreprises françaises ont de très bons atouts à faire valoir en Chine. À condition de prendre en compte les traditions gastronomiques de ce pays et de ne pas vouloir vendre ce que l'on sait faire, mais plutôt fabriquer ce que l'on va pouvoir vendre.

Le paysage laitier mondial montre aujourd'hui que certains transformateurs laitiers sont en pleine expansion. Les grands privés et les coopératives multinationales sont en train de devenir de plus en plus grands et plus performants. Les grands deviennent plus grands et les petits deviennent plus fragiles. Une restructuration mondiale qui interroge car quelles seront les implications d'un monde laitier à deux vitesses ?

Si le marché de l'ultra frais dans l'UE est en train de devenir un marché mature et a un besoin urgent d'une relance, le directeur du Gira reste confiant pour l'avenir de la production laitière, notamment "grâce au besoin croissant de fromage partout, particulièrement à destination de l'industrie et du food service, deux secteurs qui vont continuer à être principalement contrôlés par les coop". L'image de la France est très positive, notamment sur des produits comme le beurre et la crème. Le lait reste un secteur porteur... L'enjeu est donc de trouver les leviers qui permettront d'augmenter sa valeur.

- © Terra

Connaître les attentes sociétales

Véronique Pardo, du Cniel (centre national interprofessionnel de l'économie laitière), est intervenue sur les attentes sociétales et les controverses autour du lait et l'élevage laitier. Voici quelques extraits de son intervention : "80 % des Français ont une bonne image des élevages laitiers, mais c'est un chiffre qui s'érode sur le long terme. Les demandes sociétales impactent l'image de la filière et les grandes inquiétudes des consommateurs concernent la présence de produits chimiques, la fraîcheur et l'hygène, les caractéristiques des produits eux-mêmes, et la question animale. Il faut comprendre le mouvement anti-élevage et différencier les critiques. Après une forte hausse l'an dernier, la notoriété du discours anti-lait continue de progresser puisque près de quatre Français sur dix en ont connaissance. Cependant si la connaissance du discours est plus répandue, elle devient plus diffuse et moins spécifique. En conclusion, il y a des attentes de la société à entendre de façon urgente, y compris lorsqu'elles déplaisent. Le bien-être animal doit être associé au bien-être de l'éleveur. Enfin, il faut revenir à l'image de l'éleveur nourricier et participer à la conduite et non au seul suivi du débat, tant intellectuel que médiatique".

Food service et innovation

Au cours de cette journée, des représentants de Sodiaal, Agrial et Bel ont été invités à venir témoigner de leurs stratégies et présences sur les différents marchés mondiaux, européens et français. Tous ont mis en avant la nécessité d'adapter les produits au marché international, et d'innover, de se différencier. Pour le futur, ils revendiquent un besoin de personnalisation encore plus accru des marques dans leur relation avec le consommateur. Il a aussi beaucoup été question de food service qui génére une augmentation des besoins en beurre, crème et fromage. Avec là encore l'idée de toujours innover, car si la France a des atouts, elle n'a pas la seule à lorgner sur ces marchés.

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