Terra 26 juin 2014 à 08h00 | Par Jean Dubé

La région gestionnaire ou stratège ?

Un nouveau dessin des échelons administratifs géographiques est en cours, avec en parallèle la redéfinition de leurs compétences. Pour plus de simplification ? moins de coûts ? Probablement… mais au final avec quelles orientations pour l'économie et les territoires ? Cette question et bien d'autres étaient au cœur des débats de la table ronde de l'AG de la FRSEA.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
"Il faut faire cesser la logorrhée de textes. Halte à tous les obsédés textuels !!"  Thierry Coué © Terra De gauche à droite, Jean-Marie Gabillaud, président de coop de France ouest, Hervé Lejeune, du ministère de l'agriculture, Jean Dubé, Michel Morin, vice président du conseil régional et Thierry Benoit, © Terra Michel Morin Thierry Benoit © Terra

Dans quelques mois les régions vont devenir autorité de gestion des aides européennes du second pilier. Elles pourraient aussi voir leurs limites géographiques redéfinies, pendant que les conseils généraux seront(aient) appelés à disparaître. La réforme territoriale ne s'arrêtera pas là puisque progressivement des prérogatives des communes seront transférées vers les intercommunalités.

Quatre grands témoins avaient été invités à participer à la table ronde de l'AG de la FRSEA. Michel Morin, vice président du conseil régional, Thierry Benoit, député UDI de Fougères, Jean-Marie Gabillaud  président de coop de France ouest et Hervé Lejeune du ministère de l'agriculture.


Véritable serpent de mer, la redéfinition du mille-feuille administratif territorial semble être entré dans une phase active et concrète.

Y aller... avec quel budget ?

Personne aujourd'hui ne remet véritablement en cause l'intérêt de la réorganisation en cours. Pour Michel Morin, ce sera même "un grand pas en avant", il rappelle que "la France est un des derniers pays à faire ce choix et que les autres ne s'en plaignent pas". Thierry Benoit s'inscrit dans la même logique, "la trajectoire est tracée, il y a urgence, mais on agit dans un temps de moyen et long terme".  Selon Jean-Marie Gabillaud, "avec cette réforme, on travaille pour les
40 prochaines années, l'économie se moque des frontières elle doit être le plus dynamique possible. En France, on a l'habitude de se poser les bonnes questions mais de n'y répondre qu'à moitié ! Cette réforme, c'est une véritable opportunité pour lister des projets d'avenir et les travailler à l'échelle des régions, il faut voir grand", à condition bien-sûr que les budgets suivent et de ne pas se disperser sur des centaines de projets.

Quelles compétences ?

Si l'échelon départemental disparaît, si les régions deviennent autorité de gestion de certaines aides européennes, c'est toute la redéfinition des compétences qui est à faire. Pour tous les intervenants, beaucoup d'éléments se jouent sur cette question. Thierry Benoit estime que les compétences "doivent être clarifiées" et qu'il faut, par contre, conserver le lien de proximité démocratique et l'ancrage territorial des conseils généraux. "Le système actuel n'est pas génial", insiste Michel Morin, "il faut aller vers un système avec moins d'acteurs, mais des gens qui soient vraiment acteurs".

Quelles économies et quel projet ?

forcément, il y aura matière à économies, plaident Thierry Benoit et Michel Morin. Ce dernier insiste sur le fait que les conseils régionaux ont des effectifs limités et que de ce fait, "on se doit de faire des choses simples". mais pour Jean-Marie Gabillaud, "on ne crée pas des régions pour gérer des aides, mais pour aider et faciliter les projets. Il s'agit de construire ces structures autour des hommes de l'économie et des territoires pas autour des budgets". Hervé Lejeune enfonce le clou : "leur stratégie ne peut pas être celle du plus petit dénominateur commun".  A l'image de l'Allemagne et de ses Länder, "un système décentralisé peut tout à fait être un modèle performant". La preuve, "l'Allemagne a dépassé la France notamment au niveau agricole !"

Quelle ambition agricole

Les régions doivent devenir des régions stratèges du développement, ce qu'elles n'étaient pas jusqu'à présent. Il ne s'agit pas seulement d'accompagner le mouvement mais de l'anticiper. Pendant ce temps, l'état ne doit pas se désengager mais, lui aussi, se réformer parce que l'état doit rester garant de l'unité et de l'équilibre sur le territoire. L'état et les régions doivent trouver dans cette réforme les moyens de libérer les énergies et de devenir des facilitateurs, pas des empêcheurs…

Alors la région, simple gestionnaire ou véritable stratège ? l'assemblée générale aurait facilement penché pour le second. Pour construire ce projet d'avenir, la concertation, l'échange, la prise en compte des acteurs de terrain, la réponse aux enjeux de production, de coûts, et les réponses aux besoins de la planète en matière d'alimentation seront, malgré tout, des éléments d'un cadre difficile à concilier.

Une réforme très au delà des limites régionales

Plusieurs éléments extrêmement importants vont changer dans les mois et les années à venir.


Tout d'abord avec la réforme territoriale : la redéfinition des limites des régions, si elle est au cœur du débat médiatique, n'est qu'une des facettes de cette réforme constitutionnelle. Derrière ce changement se dessine une seconde évolution qui devrait aboutir en 2020  à la suppression des conseils généraux. Dans le même temps, le rôle des communes pourrait s'amenuiser avec la montée en puissance des intercommunalités. C'est en parallèle la redéfinition des différentes compétences qui sera réalisée, avec deux ambitions : simplifier le mille-feuille administratif et diminuer les coûts. Mais à horizon très court, janvier 2015, les régions vont aussi devenir autorité de gestion des aides européennes en particulier du second pilier. Qui dit autorité de gestion dit orientation des crédits, cofinancement et contrôles pour s'assurer de la réalisation des actions… tout un programme !

 

Régionalisation et simplification

En concluant cette assemblée générale, Thierry Coué, président de la FRSEA Bretagne, a apporté sa pierre à la construction de l'édifice, du projet régional :

" La Bretagne a toujours été gagnante lorsqu'elle était ouverte sur le monde. Lorsqu'elle se referme, elle devient l'ombre d'elle-même. La réforme doit créer une dynamique territoriale. Le devoir des pouvoirs publics et de la région est de préserver le poids économique et social de l'activité agricole et agroalimentaire. Le rôle de la région est d'offrir les bons leviers : aide à la modernisation des exploitations et des entreprises, organisation des filières, recherche développement et innovation. La régionalisation doit mettre un coup d'accélérateur au choc de simplification. Il faut faire cesser la logorrhée de textes. Halte à tous les obsédés textuels !!"

 

Ils ont dit :

Thierry Benoit

- Il faut construire des régions stratèges aux côtés d'un état stratège.

- L'agriculture est polyphonique, il faudra des projets stratégiques divers.

- Il faudra conforter la Bretagne comme région agricole avec des professionnels de l'agriculture.

Jean-Marie Gabillaud

- Il faut changer les mentalités, être des facilitateurs, pas des empêcheurs et surtout chasser

en meute.

Hervé Lejeune

- Les organisations agricoles devront elles aussi être réorganisées.

- Plus d'agriculture bio, c'est nécessairement plus d'agriculture intensive dans notre contexte global.

Michel Morin

- Ce débat n'est pas qu'un débat d'élus, c'est un débat de citoyens et d'acteurs socio-économiques.

La réforme doit permettre d'adapter les lois au contexte régional.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui