Terra 05 décembre 2018 à 14h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Laboratoire de Ploufragan : 60 ans de carrière à la pointe de la santé animale

Créé à la demande des producteurs, le laboratoire de Ploufragan, spécialisé dans la santé des animaux et la surveillance des contaminants microbiens des aliments, a parcouru bien du chemin depuis 1958. La semaine dernière, l'Anses a donc fêté les 60 ans du laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort en Côtes d'Armor, avec une nouvelle corde à son arc, un nouveau bâtiment dédié à la santé et au bien-être des volailles de chair.

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Un bâtiment bientôt en service, l'équivalent de "6 petits poulaillers", équipés des dernières technologies pour enregistrer les réponses des volailles de chair dans un but d'amélioration du bien-être.
Un bâtiment bientôt en service, l'équivalent de "6 petits poulaillers", équipés des dernières technologies pour enregistrer les réponses des volailles de chair dans un but d'amélioration du bien-être. - © Terra

Il y a 60 ans, les producteurs de volailles réclamaient auprès des élus locaux la création d'un laboratoire de lutte contre les maladies affectant les animaux d'élevage. À l'époque, l'Inra ne possédait pas de département avicole. En 1958 était donc créée la première station expérimentale avicole à Ploufragan près de Saint-Brieuc avec comme tous premiers travaux des tests sur des anticoccidiens. Son premier directeur fut Claude Meurier de 1954 à 1978. Puis de nouveau une demande cette fois des producteurs de porcs dans les années 70. C'est ainsi que sera créée la station de pathologie porcine dirigée par le vétérinaire Jean-Pierre Tillon, précurseur d'une nouvelle démarche ciblant les causes multifactorielles, l'écopathologie. En 1990, l'institut de Ploufragan devient le laboratoire de recherches avicoles et porcines au sein du Cneva (Centre national d'études vétérinaires et agroalimentaires). En 1994, il se rapproche de l'Itavi et en 1999, intègre l'Afssa, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, devenue l'Anses en 2010. Pour Philippe Vannier, directeur du laboratoire de 1993 à 2004, la force du laboratoire est "le trépied : laboratoire, expérimentation et terrain". "Comment identifier les points critiques si on ne connaît pas les techniques d'élevage du couvoir jusqu'à l'abattage ? Il faut une connaissance intime du terrain", insiste-t-il.

 

Des techniques nouvelles pour garder un temps d'avance

D'une dizaine de personnes au début des années 60, le laboratoire a évolué vers le regroupement de trois unités, Ploufragan-Plouzané-Niort, qui emploie quelque 200 personnes dans les secteurs de la volaille, du lapin, porc, ruminant et poisson d'élevage. Le laboratoire travaille sur les grandes infections virales, responsable des épidémies animales : l'influenza aviaire, les pestes porcines, le syndrome dysgénésique et respiratoire porcin (SDRP) ou la rhinotrachéité infectueuse bovine... Lors des épisodes récents d'influenza aviaire, le laboratoire a confirmé rapidement le caractère ultra pathogène pour les volailles mais aussi rassuré sur la non transmission à l'homme. De renommée mondiale, le laboratoire détient pas moins de 4 mandats internationaux de référence et 16 au niveau national, autrement dit, il valide et développe des méthodes d'analyse qu'il diffuse à des laboratoires de terrain agréés. S'il œuvre aux moyens de prévention et de contrôle des maladies (vaccins, prévention non antibiotique....), l'un de ses objectifs est de détecter le plus précocement des agents pathogènes en élevage pour agir au plus vite. L'Anses s'est donc doté d'un matériel précurseur : un séquenceur haut débit capable de lire les séquences d'ADN (ou ARN) des virus à une échelle moléculaire. "L'information sur la séquence sert de diagnostic et d'aide à la surveillance, elle est aussi utilisée pour développer des vaccins", décrit Yannick Blanchard, responsable de l'unité génétique virale et biosécurité. Par ailleurs, la modélisation épidémiologique a fait son entrée, capable de modéliser la diffusion de la maladie à partir d'un élevage source, selon sa virulence et sur tout le territoire français par la connaissance des mouvements réels d'animaux (transports entre élevages par exemple...). Une technique capable d'être appliquée à la fièvre porcine africaine, actuellement fortement étudiée.

 

Le bien-être animal, autre voie de recherche

Le bien-être des volailles et des porcs est entré dans les sujets d'études, notamment dans l'approche "One Health" et "One Welfare"*, un concept qui vise à reconnaître que le bien-être animal, la biodiversité et l’environnement sont connectés au bien-être de l’Homme. L'autre fait marquant de ce 60e anniversaire est la mise en service prochaine d'un nouveau bâtiment de 1 400 m² destiné à la volaille de chair, modulable en 48 petits lots, chauffé par le sol, équipé de la ventilation double flux, d'échangeurs d'air, de caméras, de capteurs et de la pesée automatique. Éclairé à la lumière naturelle, le bâtiment s'ouvre grâce à des trappes sur de petits jardins d'hiver. "Le bâtiment va se substituer à 5 bâtiments détruits", confirme le directeur général de l'Anses, Roger Genet.

*  Le concept "One Health, une seule santé" est une approche internationale qui renforce les collaborations entre santé humaine, santé animale et gestion de l'environnement (OMS/OIE/FAO).

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