Terra 20 septembre 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Le bien-être, toute une culture !

Le bien-être, ils le cultivent à leur manière. Et c’est au cours des casse-croûte débats, organisés au Space par la FRGeda qu’ils ont témoigné de leurs subtils jeux d’équilibristes entre trois piliers que sont l’exploitation, la vie intérieure et l’environnement extérieur. À chacun sa voie, pour être bien dans sa tête et dans ses bottes.

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Petite voie de l'intérieur

Pascal Boitin / L’ex agri hyper-actif

La pression physique et psychologique du métier, cet agriculteur "hyper actif" installé seul en lait sur 80 ha, l’a subie jusqu’au jour où cet hyper sportif a changé de braquet : "le problème c’est nous… J’ai appris à faire chaque action en souplesse et me respectant. Le bien-être s’instaure au quotidien, avoir le sourire, bien dormir, être serein, toutes ces petites choses. Être en harmonie".

Isabelle Boulanger / Le bien-être dans le collectif

Membre du groupe "agri-nana", cette agricultrice "a cultivé le bien-être dans le collectif", à coup de "yoga du rire, le rire permet de se libérer en groupe pour que chacune au quotidien évacue son stress… On s’essaie au dessin, on va tester la sophrologie…Ça me procure un bien-être personnel d’accomplir quelque chose pour les autres, de faire des expériences nouvelles et toujours dans le collectif".

Hervé Villebadin / Fait son clown

Il a fait naître son clown au "Beaux nez rouges agacés", et ce faisant "l’humour, il n’y a que ça pour avancer". Fini de se faire mener par "l’anticipation, toujours. C’est une charge mentale conséquente", reconnaît cet éleveur de l’Orne qui dit maintenant savoir "profiter du moment présent, je m’y installe. Oui la crise est là, la volatilité aussi mais il faut vivre, revenir sur la famille. Le métier est un mange-temps".

 

 

Au travail

Isabelle Tevernier / "Échangez, faites confiance"

"Il m’a fallu sept ans", sept ans pour partir et "pour ne plus être polluée par de mauvaises relations au travail", avoue cette salariée en élevage porcin qui a changé d’employeur. "Je suis acteur de mon bien-être", dit elle enjoignant les employeurs à "échanger. Faites confiance à votre salarié et vous serez gagnant. J’ai beaucoup de collègues qui quittent le milieu car ils ne se sentent pas écoutés".

Laurent Le Pape / Tout bio

2009 : "c’est un sacré coup sur la tête", avoue Laurent Le Pape, jovial et "toujours avec la banane" mais là… Le projet de vie d’exploitation est né et a grandi jusqu’en 2016 . "On est passé en bio, il y a un an. On a amélioré notre marge et le bien-être au boulot est revenu. On se libère du temps, on a moins de charges financières. On vit pleinement notre métier".

Marie Dubois / Ses clients sont ses vacances

Ne pas oublier le sens d’un retour sur l’exploitation. Marie Dubois l’a toujours gardé au centre de sa vie : "aider Marcel, m’occuper de mes enfants, les voir grandir". Pour être reconnue, Marie a créé son atelier de transformation de fromages affinés qu’elle offre à la visite. "On vend à la ferme, les gens viennent, me parlent de nos fromages. C’est une telle reconnaissance. Ça me procure beaucoup de bonheur. Quand ils viennent, ce sont eux mes vacances".

 


 

 

 

 


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La voie environnement

Cyrille Guilloteau / Avoir du temps

"On voulait petit et travailler seuls pour avoir du temps, s’occuper de nos enfants", raconte Cyrille Guilloteau en lait bio. Huit ans plus tard, c’est toujours la même aspiration et "le bien-être c’est prendre du temps avec nos trois enfants, être là avec eux. C’est aussi avoir le temps de prendre des responsabilités à l’Adage, de se former pour encore diminuer les charges de la ferme".

Émilien Le Callonec / Tout est lié

Là à Mauron, avec Emilien Le Callonec , c’est la 3e génération qui s’installe en bio et le bien-être, "on le cultive, on a toujours travaillé le lien avec la nature, respecter tout ce qui nous entoure". Une force de conviction , "le bien-être de l’éleveur, le bien-être de l’animal sont liés… Et ça se cultive, il y a beaucoup d’opportunités".

Antoine Touchais / Le groupe force de bien-être

"Je ne crois pas que les hommes soient faits pour être seuls". Alors depuis trente ans, Antoine Touchais, éleveur en Ille-et-Vilaine travaille son sens du collectif dans les Ceta, y puisant "éveil et réassurance", mais aussi la possibilité de "se conforter, d’être plus optimiste par temps de crise et une source pour s’épanouir personnellement. Le collectif m’apporte parce que je le fais avec un groupe autour de moi".

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Pour plus de valeur ajoutée sur mon exploitation

Le jour précédent avait lieu un autre casse-croûte débat organisé par la fédération régionale des Geda au Space. Ce sont toujours des éleveurs qui s'expriment et débattent mais cette fois sur le thème de la valeur ajoutée. Pour l'améliorer, à chacun sa stragégie mais avec un credo commun pour tous ces éleveurs : redevenir maître sur son exploitation.

Joël Tromeur, éleveur laitier à Plourac'h (22), a par exemple fait le choix d'abaisser un maximum son coût de production dans un système herbager. "Les vaches n'ont plus de concentré. Si l'année tout est bien récolté, elles font 6 000 à 6 500 litres. Si l'année est moins bonne, elles font 5 500 et ce n'est pas grave pour le quota. Je suis content de mon choix".

Pour mieux valoriser sa production, Jean-Luc Gicquel, lui, a choisi de monter sa propre filière "locale" avec d'autres producteurs du bassin rennais. "On s'est groupés pour monter notre propre collecte et on a mis trois ans pour boucler notre projet. La production a été lancée en décembre 2016 sous la marque Laïtik. On vend douze millions de litres à cinq centrales d'achat, uniquement en Bretagne".

Henry de Kerdanet et Nelly Aubry font quant à eux partie des soixante-dix éleveurs laitiers structurés dans Modala. Au sein de cette association située en périphérie rennaise, "on devient acteur, on veut montrer ce qu'on fait aux consommateurs" pour retrouver une valorisation équitable du lait en circuits courts. Jean-Michel Yvard est lui aussi persuadé que l'agriculteur doit se positionner en vendeur. Et c'est en jouant collectif au sein de l'OP Lactalis grand Ouest dont il est le président que l'éleveur mayennais entend peser auprès des industriels.

Sébastien Bellier a pour sa part cherché à valoriser l'agriculture de conservation des sols qu'il développe sur son exploitation mayennaise en paiements pour services environnementaux.

D'autres agriculteurs choisissent enfin de diversifier leur revenu. Mickaël Tregouet à Loscouët-sur-Meu (22) valorise le lait dans la production label de veau bretanin. Une filière qui rémunère bien le travail de l'éleveur et à laquelle Mickaël est fier de collaborer activement aux côtés des autres producteurs et des artisans bouchers.

Clément Boivent, éleveur laitier à Bazouges du Désert (35) a quant à lui monté un atelier de transformation et vente directe. "Les 250 000 litres de lait transformés rapportent autant que le million supplémentaire vendu à la laiterie. Ma plus grande satisfaction est d'avoir installé quatre jeunes agriculteurs". Son exploitation fait vivre aujourd'hui sept associés et trois salariés.

Autant d'initiatives dont chacun peut s'inspirer...

Audrey Dibet

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