Terra 09 octobre 2014 à 08h00 | Par Chantal Pape

Le brocoli bio en sursis en Bretagne ?

Les producteurs de brocoli bio livrant pour la surgélation s'attendent à devoir détruire la moitié de leur récolte. Ils dénoncent des conditions d'agréage incompatibles avec la bio. Au point que si rien n'est fait, la production risque de disparaître du paysage légumier breton dès l'an prochain.

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De gauche à droite : Christophe Guézennec, producteur bio à Morlaix (29) et Jean-Jacques Le Bris, président de la commission bio du Cerafel, examinent attentivement les têtes de brocoli, à la recherche de noctuelles.
De gauche à droite : Christophe Guézennec, producteur bio à Morlaix (29) et Jean-Jacques Le Bris, président de la commission bio du Cerafel, examinent attentivement les têtes de brocoli, à la recherche de noctuelles. - © Terra

La saison vient à peine de démarrer, et déjà plus de 200 t de brocolis bio à destination de la transformation ont été détruits en station. "Au moins autant ont été refusés après un agréage au champ et nous n'en sommes qu'au début de la récolte", explique Pauline Cabaret, responsable produits au Cerafel. En cause : la présence sporadique d'une chenille. "Cela fait 15 ans qu'on travaille avec l'industrie de la transformation, rappelle Jean-Jacques Le Bris, le président de la commission bio du Cerafel. De la noctuelle, il y en a toujours eu un peu. C'est normal : nous sommes en bio. Mais, sous la pression de la grande distribution et de la restauration hors foyer, les industriels ont changé les conditions d'agréage. Et ils réclament maintenant zéro corps étranger. Et donc zéro insecte". Un challenge que les producteurs sont incapables de relever sauf à bâcher la culture, pour un coût de revient prohibitif.

Le Cerafel a estimé que 600 à 800 tonnes ne seront pas récoltées, pour un préjudice de l'ordre de 400 à 500 000 €. "Et l'an prochain, aucun des 33 producteurs de brocoli bio ne s'engagera sur le marché de la transformation". De quoi déstabiliser les autres productions bio, par un jeu de dominos. "Et on verra du brocoli venir d'ailleurs ? Estampillé bio mais avec un cahier des charges plus souple ?"

Installé en Gaec avec ses parents à Morlaix, Christophe Guézennec est inquiet. Sa parcelle de 76 ares arrive à maturité et devrait être récoltée la semaine prochaine. "Il y a urgence à trouver une solution. Sinon, elle devra être détruite". Et les producteurs de dénoncer quelques incohérences. "Les politiques présentent la bio comme la solution à la crise légumière, la contractualisation comme une garantie de revenu pour le producteur... La preuve que non". Avant d'interpeller le consommateur. "Le légume de plein champ est cultivé en extérieur, dans la terre. Il est donc en contact avec la faune et la flore...".

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