Terra 20 novembre 2014 à 08h00 | Par Jean Dubé

Le collectif a de l'avenir

"Ensemble, construisons l'avenir de nos entreprises". Telle est la volonté des groupes de développement du Morbihan, jouer collectif, aussi pour anticiper. Ils ont ouvert le débat, mardi dernier à Pontivy lors de leur assemblée générale, après rénovation complète de leur organisation sous la bannière de Res'Agri.

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De gauche à droite, Patrice
Moyon, journaliste
à Ouest France,
Eric Hamoignon, agriculteur, membre d'Idéa, Olivier Mevel, enseignant chercheur à l'université de Brest, Antoine Touchais, agriculteur et président du Ceta 35 avec Philippe Desnos, animateur de Trame.
De gauche à droite, Patrice Moyon, journaliste à Ouest France, Eric Hamoignon, agriculteur, membre d'Idéa, Olivier Mevel, enseignant chercheur à l'université de Brest, Antoine Touchais, agriculteur et président du Ceta 35 avec Philippe Desnos, animateur de Trame. - © Terra

"Aujourd'hui, la dispersion du monde agricole affaiblit le pouvoir de négociation sur les prix, il faut le collectif pour peser". Pour Olivier Mevel, enseignant chercheur à l'université de Brest, le sens du collectif se joue aussi là et bien là. Et c'est à une charge lourde sur les mécaniques de constitution des prix, qui vont jusqu'à l'ingestion des outils industriels par les grandes enseignes de la distribution, que se sera livré ce spécialiste en gestion et valeur ajoutée dans la filière agro-alimentaire. Il faut donc se ressaisir face aux prix volages et à un monde où la crise est devenue une seconde nature, entraînant son cortège de fermetures et de casse sociale. Car un temps protégée, la Bretagne ne l'est plus. "Depuis 2011, ça craque de partout, c'est la Bretagne des MDD (marques de distributeurs) qui craque, des cahiers des charges tendus faits par des multinationales de la distribution. Elles sont infidèles et ne cherchent que le prix", poursuit-il.

Être en veille et anticiper

Que faire ? D'abord réviser ses fondamentaux que Patrice Moyon, journaliste, directeur du service agricole de Ouest France rappellera. "L'agriculture est au cœur des enjeux contemporains, nourrir l'humanité, répondre à des marchés, retrouver une bonne articulation entre circuit court et circuit long". Certes, il y a les aléas, "après l’euphorie en lait, on nous annonce un début 2015 difficile... Il nous faut apprendre à gérer sur du moyen terme, à encaisser les variations, anticiper les changements plutôt que subir", estime pour sa part Antoine Touchais, agriculteur et président du Ceta 35. Écrêter les effets du yoyo et rester en veille sur les signaux faibles que sont"la volatilité et les prix mondiaux, une Europe et une France productrices de normes, le pouvoir d'achat offert par le salaire", inventorie Olivier Mével. Et derrière, un consommateur qui arbitre en fonction des possibilités de son porte-monnaie. "50 % d'entre eux n'ont pas d'autres choix que le prix". Les 50 autres % l'ont alors... au monde agricole de descendre vers l'aval "retrouver le sens de la vente du produit".

Restaurer un rapport d'égal à égal avec l'aval

Pour Eric Hamoignon, agriculteur, membre d'Idéa, pas simple que cette relation "d'égal à égal" avec l'aval. "On a l'impression d'être la variable d'ajustement. On doit sortir de ce schéma, montrer les services rendus à la société et à l'économie". "On assiste à une contractualisation rampante, notamment sur la formation. Nous devons rester maîtres de cela, la matière grise, on doit la travailler", relève Antoine Touchais. Investir dans la formation et "dans les conseils d'administration de nos coop", lance la salle. "Quand on parle de valeur et de revenus agricoles, c'est là que le bât blesse. Comment on a pu en arriver là ?", relance Olivier Mevel décryptant l'intérêt en terme d'image que les GMS ont à maintenir les prix les plus bas... "Il n'y a rien à attendre d'eux". Que faire ? "Se regrouper, c'est la solution pour s'adapter au marché, à la société, vérifier que nos débouchés s'adaptent bien à la demande. Nous avons à travailler notre image, cultiver notre identité, celle de nos groupes de développement et que les agriculteurs investissent dedans", insiste Eric Hamoignon.

Qualité et identité y compris de vie

Se remettre debout, c'est aussi réinvestir dans la qualité et ses signes, "que la Bretagne a laissé passer. Soit on fait du low cost et on accepte d'être confronté à du poulet de 2,3 kg élevé en 22 jours, soit on va vers la qualité et ont trouve des niches", tisonne Olivier Mevel pour qui les circuits courts ont de beaux jours devant eux. "Se ré-intéresser aux marchés plutôt que de baisser encore les coûts", esquisse pour sa part Patrice Moyon qui voit le bien-être des agriculteurs porteur d'avenir. Capital," l’alimentation, est un domaine stratégique d'une nation. Où trouver les hommes pour y répondre, avec 40 % des exploitations à reprendre dans les 10 ans à venir", s'inquiète Gaëtan Le Seyec, président du CRDA de Pontivy. Il y a donc urgence à ré-enchanter le monde agricole pour attirer des hommes et des femmes qui feront l'agriculture demain. En la matière, les groupes de développement ont un indéniable savoir faire sur lequel il est urgent de capitaliser.

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