Terra 28 mars 2019 à 08h00 | Par Chantal Pape

Le Gaec de l'Avel à Milizac fournit ses voisins en gaz naturel

Si à l'horizon 2025 on estime que 10 % du gaz naturel consommé en Bretagne sera produit localement, la filière d'injection via la méthanisation n'en est encore qu'à ses débuts. Sur une dizaine de sites actuellement en service dans la région, le Gaec de l'Avel, à Milizac, est la première exploitation agricole finistérienne à s'y lancer.

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Le Gaec de l'Avel est la première exploitation finistérienne à injecter du biogaz dans le réseau à partir d'une unité de méthanisation.
Le Gaec de l'Avel est la première exploitation finistérienne à injecter du biogaz dans le réseau à partir d'une unité de méthanisation. - © Terra

"La méthanisation ? Nous avons commencé à y réfléchir en 2006", se souvient Yannick Laurent, producteur de lait et de porc à Milizac. En 2013, les choses se précisent. Mais le Gaec de l'Avel, cinq associés et six salariés, bute sur la valorisation de la chaleur, une fois le gaz transformé en électricité. "Un temps, nous avons pensé à installer une serre. Mais c'est un autre métier". Finalement, plutôt que la cogénération, c'est l'injection de biométhane dans le réseau qui sera choisie. Démarrés durant l'été 2017, les travaux s'achèvent un an plus tard et voilà neuf mois que l'exploitation produit de l'énergie.

Diversifier

"Nous souhaitions diversifier nos activités, explique Yannick Laurent. La méthanisation nous permet de valoriser nos effluents d'élevage et de diminuer les nuisances olfactives, en fermant les fosses et en réduisant les odeurs à l'épandage". Un aspect non négligeable pour une exploitation située aux portes de Brest ! "En valorisant le digestat, immédiatement assimilable par les plantes, nous allons aussi réduire nos achats d'engrais minéraux".

Lisier et fumier

Alimentée deux à trois fois par semaine, la méthanisation nécessite 30 tonnes d'intrants par jour. "40 % de fumier, 40 % de lisier et 20 % de matières végétales, détaille l'éleveur. Des feuilles de tomates d'un serriste voisin, des feuilles de poireaux d'un maraîcher ou des cannes de maïs que nous avons ramassées après récolte de maïs grain".

Avec une production de 50 m³/heure, le gaz est ensuite désulfuré, déshydraté et décarboné avant de rejoindre le réseau de GRDF, où il couvre les besoins de mille personnes, "l'équivalent de la commune de Milizac, particuliers et bâtiments tertiaires raccordés au réseau". Une réflexion est en cours pour récupérer le CO2, aujourd'hui rejeté dans l'atmosphère. "Il pourrait servir aux serristes, qui en ont besoin pour améliorer la photosynthèse. Mais, pour le moment, notre unité est trop petite pour que ce soit rentable".

Un nouveau dispositif d'aide

Avec un investissement de l'ordre de 2,3 millions d'euros, le projet du Gaec de l'Avel est subventionné par les conseils régional et départemental et l'Ademe, à hauteur de 18 %. "C'est un projet exemplaire, estime Olivier Allain, vice-président de la Région Bretagne, en mettant en avant le modèle à la française, qui valorise les effluents d'élevage en économie circulaire. "Quelle cohérence agroécologique pour l'Allemagne, qui alimente ses méthaniseurs avec du maïs ?" Pour aider à l'émergence de projets, la Région Bretagne propose un nouveau dispositif, visant à garantir 25 % de l'investissement, via la BPI, avec un différé de deux ans et un plafonnement à 3 millions d'euros, "ce qui permet de cibler des projets agricoles".

Du gaz vert

"On assiste à une véritable révolution gazière, estime Christelle Rougebief, directeur clients-territoires GRDF Ouest. Il n'y a pas si longtemps, le gaz était une énergie fossile, 100 % importée. Il devient une énergie renouvelable, produite au local, stockable et non intermittente". Et il voit ses usages s'élargir : particuliers, industrie et mobilité, en alimentant bus, bennes à ordures, camions... "Une filière est en train de se construire. S'il n'y a, pour le moment, que 70 installations de biométhane injecté en France, 1 500 projets sont en cours, dont 140 en Bretagne, portés à 80 % par des agriculteurs". Et à l'horizon 2025, 10 % des besoins devraient être couverts par du gaz "vert".

"Deux ou trois ans pour faire aboutir un projet, c'est trop long ! Il faut que les choses aillent plus vite, plaide André Sergent, qui s'inquiète aussi des difficultés que rencontrent les porteurs de projets. Tout ce qui bouge dérange ! Il nous faut expliquer pour faire adhérer la population". Car le nouveau président de la chambre régionale d'agriculture en est convaincu, "ces projets vont dynamiser le territoire". Et d'inciter tous les agriculteurs à se poser la question de la production d'énergie. "Il y a maintenant une multitude de solutions".

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