Terra 17 juillet 2014 à 08h00 | Par Propos recueillis par Paul Jégat

"Le Groupe Cecab a de nombreux atouts, notre objectif est de les conforter et de les développer"

Si le groupe breton Cecab (Theix, 56) est le numéro Un du légume en conserve en France avec sa marque d'aucy et le n°2 du légume surgelé (avec Greenyard Foods), sa branche porcine alimente toutes les spéculations sur la santé de la coopérative. Quelques jours après la présentation des comptes 2013 du groupe, Serge Le Bartz, son tout nouveau président, remet les pendules à l'heure en insistant sur l'effort engagé par la Cecab pour ne pas fléchir sous le poids des résultats négatifs générés par son activité d'abattage de porc. Il a fallu fermer l'abattoir de Lampaul Guimiliau, une décision "douloureuse" qui prive la coopérative bretonne d'un résultat net qui aurait dépassé les 15,5 millions d'euros. Autant dire que cette fermeture était inéluctable. Et des pourparlers sont en cours entre Intermarché et Gad SAS pour aboutir à une "solution structurante" pour l'avenir de cette société, prise cette fois dans la tourmente de l'embargo russe. D'ailleurs, Serge Le Bartz ne réclame pas moins qu'une "démarche collective" pour structurer la filière porcine française. On en comprendra que le dossier Gad n'est pas tant un problème Cecab que le révélateur des difficultés rencontrées par toute la filière soumise à une baisse de compétitivité. "C'est l'avenir de la filière porcine et donc bretonne qui est en cause" affirme Serge Le Bartz.

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Serge Le Bartz, Président du groupe Cecab
Serge Le Bartz, Président du groupe Cecab - © Terra

Vous venez d'être élu à la présidence du groupe Cecab, succédant ainsi à Alain Morice, dont le mandat arrivait échéance. Comment abordez-vous cette succession ?

Serge Le Bartz. J’arrive à un moment où le Groupe Cecab met en œuvre son plan stratégique appelé Horizon 2020. Ce plan a comporté un certain nombre de repositionnements capitalistiques ainsi que des réorganisations industrielles visant à renforcer notre compétitivité, mais aussi le développement de nos métiers. Les années 2012 et 2013 ont été marquées par certaines décisions douloureuses mais nécessaires. Elles sont pour la plupart derrière nous même si l’activité abattage découpe reste préoccupante. Sur la base de ces modèles économiques revisités, je vais poursuivre la mise en œuvre de ce plan avec des étapes concentrées maintenant sur le développement. Le plan Horizon 2020 conforte la mission du Groupe Cecab qui est de transformer et valoriser la production de nos adhérents, seul ou en partenariat.

A la fermeture de l'abattoir de Lampaul Guimilliau il y a quelques mois, s'ajoutent désormais les difficultés sur le site de Josselin, du fait du blocage des exportations porcines vers la Russie. Et voilà qu'Intermarché fait une offre de rachat de cet outil industriel tandis qu'à Lampaul, "on" réclame que vous ne bloquiez pas le projet de réouverture de l'abattoir, porté par d'anciens salariés. Qu'en est-il exactement?

Concernant la réouverture de l’abattoir de Lampaul, nous avons déjà expliqué il y a quelques mois à la CCI de Morlaix et aux Pouvoirs Publics que nous ne pouvions pas soutenir un tel projet.

D’un point de vue purement juridique, tout d’abord. En effet, le jugement du Tribunal de commerce de Rennes a entériné, le 11 octobre dernier, la fermeture de l’activité d’abattage découpe sur le site de Lampaul. La société Gad SAS et ses actionnaires, ne font que respecter scrupuleusement ce jugement. La non-réouverture de l‘abattoir de Lampaul est donc liée à une décision de justice, pas au bon vouloir de Gad ou de son actionnaire Cecab.

D’un point de vue économique ensuite, et c’est le vrai sujet ; C’est l’avenir de la filière porcine française et donc bretonne qui est en cause. Tous les acteurs savent que cette filière est structurellement en grand danger, en particulier son maillon abattage découpe.

Est-il utile de rappeler que la filière porcine française subit depuis plusieurs années une crise sans précédent dont les facteurs sont bien connus de tous : une baisse de la production entrainant des surcapacités industrielles, un différentiel de compétitivité entre bassins de production et de transformation européens lié au dumping social... ?

Cela a des conséquences dramatiques sur les résultats de l’activité abattage/découpe française avec des pertes estimées à plus de 100 M€ par an depuis trois ans.

Depuis plusieurs années, GAD SAS et la Coopérative Cecab appellent  de leurs vœux une démarche collective pour structurer la filière porcine française, qu’il faudrait refonder totalement pour lui donner un avenir.

Et le pire dans tout cela, c’est que cette crise s’est aggravée depuis le début de l’année. L’embargo russe sur la viande de porc exacerbe la concurrence entre opérateurs souhaitant compenser la perte de débouché du marché russe (16 000 t / semaine). Cela a provoqué une baisse des prix de vente alors que, dans le même temps, le prix d’achat du porc français était plus élevé que le prix de concurrents européens très actifs sur le marché français (en moyenne de 0,07 €/kg sur le début de l’année). L’écart de compétitivité entre la France et l’Allemagne n’a donc fait que se creuser depuis le début de l’année.

Dans ce contexte, la société Gad SAS a maintenu ses efforts afin de trouver des solutions structurantes. Le Groupe Intermarché, via sa filiale SVA représente une réelle opportunité. Gad et SVA ont un vrai intérêt stratégique commun et complémentaire. Les dirigeants de Gad SAS travaillent aux conditions permettant de faire aboutir cette solution.

Où en est aujourd'hui le groupe Cecab et comment envisage-t-il son avenir ?

Comme nous l’avions indiqué lors de l’annonce de nos résultats, notre résultat net hors Gad est positif à hauteur de 15,5 M€. Cela démontre la solidité de nos métiers et la pertinence de nos modèles économiques. Nous allons investir 60 M€ en 2014 sur l’ensemble de nos activités après avoir investi 40 M€ en 2013. Nous avons aussi réduit considérablement notre endettement.

Nous avons poursuivi le développement de nos coopératives (Cecab, UFM et Coop de Broons), ce qui leur permet de redistribuer 3 M€ de résultat aux adhérents cette année. Nous développons notre marque d’aucy qui s’impose comme la n°1 du légume de conserve en France. Nous avons construit avec Greenyard le n°2 du légume surgelé européen, renforçant ainsi le site de Moréac qui voit sa production augmenter. L’évolution du partenariat au sein de Matines avec le pôle animal de Sofiproteol va nous permettre de nous concentrer sur notre activité œufs élaborés qui rencontre de vrais succès. Dans le porc, notre activité de charcuterie salaison obtient de bons résultats, Aubret s’affirmant ainsi comme le n°1 européen du lardon. Ces quelques exemples démontrent que le Groupe Cecab a de nombreux atouts. Notre objectif est de les conforter et de les développer.

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