Terra 04 août 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Le légume d'industrie, en bio aussi

Cultiver du légume bio pour la transformation, c'est possible. Bruno Jehanno, éleveur de porcs conventionnel à Moustoir-Remungol dans le Morbihan, l'expérimente. Ce depuis cinq ans, sur 30 hectares passés en bio sur 120, avec du haricot de conserve mais pas que. Courgette, brocoli, épinard, s'invitent dans ses rotations avec conduite et matériel appropriés. Démonstration organisée en partenariat(1) le 19 juillet dernier.

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Avec des rendements en haricot vert variant en 2015 de 8 à 14 t, les prix de vente se sont étagés de 350 à 500 euros la tonne suivant la catégorie.
Avec des rendements en haricot vert variant en 2015 de 8 à 14 t, les prix de vente se sont étagés de 350 à 500 euros la tonne suivant la catégorie. - © Terra

Les 35°C qu’apaise l'ombre d'une haie de grands arbres n'entament pas la vigueur des jeunes pousses de haricot de plein champ. "Il faut un temps sec et chaud, la météo fait beaucoup et ne pas semer avant le 20 juin sinon..." prévient Bruno Jehanno qui avec Chantal et deux salariés, conduisent à l'EARL de Kernégant à Evellys, un élevage de porcs, céréales et légumes bio.

Renaissance d'une filière

"Il y a cinq ans, nous avons mis l'irrigation en place et on faisait déjà du légume d'industrie mais souhaitait se diversifier et le faire en bio", raconte l'éleveur devant la trentaine d'agriculteurs venus pour ce point technique organisé par le GAB 56. L'atout ? "Il existait des entreprises de surgélation et des conserveries en Morbihan contrairement au Finistère où tout est commercialisé en frais". La filière commence alors à se structurer. "Nous avons senti à la Cécab (d'aucy) une volonté de développement rapide alors, cela nous a attiré, avec des propositions et un accompagnement pour différents légumes". "Il est grand temps de se remettre à jour avec le développement de la bio, 60 000 ha de grandes cultures sont en conversion cette année en France. Il faut une prise de conscience face au besoin de diversification car c'est une rotation intéressante. Certaines filières étaient tombées à l'eau. Aujourd'hui, on voit la grande distribution faire pression sur les industriels pour remettre en place ces filières", pointe Étienne Richard, administrateur au groupement, éleveur et producteur de légumes à Noyal-Pontivy.

S'adosser à un élevage bovin

Après la courgette, "et c'est la base, nous avons 5 ha cette année", Bruno Jehanno a donc implanté du haricot vert (5 ha) et du brocoli (5 ha), "puis de la pomme de terre il y a deux ans et de l'épinard sur 1,5 ha cette année", détaille l'éleveur qui travaille avec sa sœur, installée en lait bio. "On fait ses cultures fourragères chez nous, de la luzerne dactyle, cela nous sécurise par rapport au désherbage et cela améliore les sols. C'est intéressant de s'adosser à un élevage bovin". La fertilisation se fait en fientes de volaille. Pour respecter les rotations nécessaires, "il faut avoir un bon bloc de surfaces. On fait trois ans de dactyle luzerne puis trois ans de légumes différents à suivre. En courgette, nous avons doublé nos rendements après une luzerne", constate-t-il estimant possible la conduite du haricot sur des parcelles non-irriguées. Ce,"à condition d'avoir bien préparé son sol".

Matériel simple et désherbage mécanique

Côté matériel, le parc est réduit au minimum, herse étrille et bineuses avant. "C'est simple, la bineuse avec caméra travaille en six rangs et une achetée d'occasion en quatre rangs. Il est important de rester sur un multiple de rangs semés", enchaîne-t-il signalant "plein de petits systèmes qui viennent faciliter les choses". Pour le reste ? "On loue tout à l'hectare auprès de la Cécab qui assure maintenance et déplacement du matériel". Et si la conduite reste "pointue, ce n'est jamais gagné mais les techniques existent". Dont le désherbage mécanique avec herse étrille qui a constitué la démonstration de cette fin de rendez-vous technique.

(1) GAB56 et les syndicats de bassin du Scorff et du Blavet.

Le légume industrie bio sur 30 ha offre à l’exploitation de Bruno et Chantal Jehanno  une diversification et des rotations intéressantes.
Le légume industrie bio sur 30 ha offre à l’exploitation de Bruno et Chantal Jehanno une diversification et des rotations intéressantes. - © Terra

En chiffres

Au 30 juin 2016, la Bretagne compte 2 308 fermes biologiques dont 310 en installation ou conversion et 31 nouvelles exploitations en grandes cultures.

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