Terra 05 juin 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Le marché du porc breton appelle à l'action collective

Les chiffres présentés par le Marché du porc breton et Uniporc Ouest illustrent les très grandes difficultés des élevages, chiffres qui confirment une situation plus dégradée en France que chez ses voisins européens.

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Uniporc Ouest et le marché du porc breton  et leurs présidents respectifs, Daniel Picart (à gauche) et Paul Auffray, réunis pour la première fois en assemblée générale commune à Plérin le 28 mai.
Uniporc Ouest et le marché du porc breton et leurs présidents respectifs, Daniel Picart (à gauche) et Paul Auffray, réunis pour la première fois en assemblée générale commune à Plérin le 28 mai. - © Terra

Sixième année consécutive que la zone Uniporc Ouest enregistre une baisse de ses abattages. 2014 représente 1,42 % d'activité en moins (réduction de 300 000 porcs) avec 18,8 millions de porcs abattus. Soit 1,5 million de porcs en moins depuis 2008. La disparition de Gad, les difficultés d'AIM..., ces chiffres sont le reflet des tragédies qui se jouent dans les outils d'abattage comme en élevage. En France, Uniporc Ouest fait pourtant figure d'exception. "Alors que l'activité se maintient sur les autres zones, seul Uniporc Ouest baisse fortement", remarque son directeur Pascal Le Duot.

2014, année noire pour l'aval

Jeudi 28 mai à Plérin, le marché du porc breton et Uniporc Ouest, les deux outils techniques de la filière porcine, avaient décidé d'unir leur force à l'occasion d'une même assemblée générale, dans un souci d'efficacité et de réduction des coûts, ont justifié les deux présidents, respectivement Daniel Picart et Paul Auffray.

De son côté, le marché du porc breton a décrit l'activité du marché au cadran au lendemain des événements exceptionnels de 2014. "La fermeture de Gad n'a pas dégradé la situation financière. Il n'y a pas eu de souci majeur, seul un impayé sur l'outil AIM, réglé par les cautions bancaires", explique Daniel Picart, son président. En 2014, l'activité du MPB termine en légère baisse de 1,2 % avec 59 760 porcs présentés par semaine. Sur les 4 premiers de 2015, les achats sont en hausse (+ 4,3 %) avec compensation des cochons achetés par les autres abattoirs : +24 % Kermené, +23 % le groupe Bernard, +98 % la Cooperl, + 21 % Abera et l'arrivée de JPA (Josselin Porc Abattage, groupe Intermarché). "Seul Bigard/Socopa a réduit ses achats de 4 %", note Jean-Pierre Joly, directeur du MPB.

Daniel Picard le répète : la fermeture de Gad dans le nord Finistère a été une erreur stratégique importante dans une zone dense en porc qui se trouve éloignée du périmètre des outils d'abattage. "Les éleveurs paient et vont payer durablement les kilomètres supplémentaires et aussi la présence maintenant unique d'un seul abattoir finistérien, réduisant la concurrence sur le département", juge-t-il. S'agissant de l'abattoir AIM dans la Manche, repris par les salariés, Daniel Picart espère que "le redémarrage sera durable. C'est important pour nos collègues normands. Et important pour le MPB qui espère voir revenir un acheteur supplémentaire".

Moins d'égoisme

Début 2015, le MPB a vécu des heures de grandes tensions, le prix de base des 4 derniers ne décolle pas à 1,179 €/kg. La date du 26 février 2015 restera gravée dans les mémoires. Pour Daniel Picart, une partie des problèmes de la filière porcine française découle de l'absence de travail collectif et de l'égoïsme qui étreint tous les maillons de la filière jusqu'au consommateur. Le président du MPB a appelé notamment les éleveurs et les groupements à l'unité : "vendons notre production ensemble. Arrêtons tous les cahiers des charges qui nous divisent", a-t-il lancé, soulignant qu'il y a un CDC unique "Le Cochon de Bretagne" à proposer à la transformation et à la distribution. Quant au marché de contractualisation mis en place depuis 3 ans au MPB, "il ne fonctionne pas", souligne le président, rebondissant sur l'actualité. "Le système de contractualisation du porc vivant ne peut fonctionner que si le distributeur s'engage à terme sur un volume et un prix évidemment. La grande distribution peut-elle changer son mode d'achat ?". Toute la question est là.

- © Terra

Paul Auffray, Président de la Fédération nationale porcine

Alors que les actions des producteurs de porcs se multiplient et ‡ quelques jours du congrËs de la FÈdÈration nationale porcine en Bretagne, Terra a interrogÈ le prÈsident de la FNP sur les issues possibles ‡ la crise actuelle, et ses attentes vis-‡-vis du ministre de l'agriculture.

Il manque aujourd'hui 20 centimes par kg de carcasse. Comment en est-on arrivé là ?

Paul Auffray. Nous sommes en crise structurelle depuis plusieurs années, mais pas forcément en crise de production. Un certain nombre de pays européens continuent à faire de la croissance porcine en Europe alors que chez nous c'est l'inverse. On ne peut que constater en France le manque de compétitivité globale de la filière, même si les producteurs n'ont pas à rougir de leur efficacité. Le déficit de compétitivité tient au manque d'investissement, au manque de performance de la filière. Celle-ci n'est probablement pas suffisamment présente à l'export comme c'est la cas au Danemark ou en Espagne. La France se caractérise aussi par une distribution tellement concentrée qu'elle fait la loi et qui est aujourd'hui en train de tuer les activités agricole et agroalimentaire françaises.

Quelles propositions formulez-vous ?

P.A. Il faut forcément que chaque maillon de la filière s'interroge sur la question de la restructuration. Chaque maillon de la filière, production comprise, doit se moderniser, investir, se restructurer. Si je prends le secteur de l'abattage-découpe, après Gad, après AIM, rien n'est réglé aujourd'hui. Il faut travailler pour ramener de la compétitivité dans la filière. Nous sommes bien sûr handicapés sur les distorsions de concurence, le coût de la main d'oeuvre. Mais le manque de compétitivité en France est structurel et va se prolonger encore. Il faut donc rénover les relations commerciales avec la grande distribution pour pouvoir renvoyer de la valeur ajoutée au maillon de la production. Sinon la production porcine connaitra les mêmes difficultés que la volaille.

Qu'attendez-vous du ministre le Foll le 12 juin à l'AG de la FNP ?

P.A. Le 31 mars dernier nous avions mis le doigt sur des points précis comme l'encadrement des promos. Nous attendons qu'il réforme la politique des promotions pas seulement sur la durée. Nous attendons des réponses sur la périodicité, les amplitudes de prix entre le fond de rayon et la période de promo. S'il ne fait pas cela, c'est comme s'il n'avait rien fait. Le ministre est aujourd'hui débordé et piloté par la DGCCRF, c'est un véritable scandale. J'attends du ministre qu'il vienne avec un volet prix, et qu'il s'implique dans les relations commmerciales, sinon je saurai le dénoncer.

Propos recueillis par Jean Dubé


Jan Peter van Ferneij de l'Ifip.
Jan Peter van Ferneij de l'Ifip. - © Terra

2014, l'embargo russe

Année de crise sanitaire et de décision politique, 2014 sera l'année de l'embargo russe qui empoisonne la filière porcine. Les 700 000 tonnes exportées vers la Russie par l'Europe ont été compensées par un dynamisme vers les pays asiatiques, notamment la Corée du Sud, le Japon, la Chine ..., excepté le lard et la graisse qui n'ont pas trouvé de débouchés export et pèsent sur le marché européen, décrit Jan Peter van Ferneij, de l'Ifip. D'autres marchés sont bien-sûr à investir : l'Afrique, la Colombie, l'Australie mais surtout l'Asie. Le spécialiste croit moins à la Russie qu'à l'Asie et les énormes potentialités de la Chine si le pays s'ouvrait. "La Russie est un marché imprévisible. Et si le pays ouvre ses frontières, quel sera le pays, l'abattoir, le prix, avec un rouble qui a perdu 40 % de sa valeur". Parmi les pays européens exportateurs, on retrouve l'Allemagne (+17 % sur le 1er trimestre 2015), l'Espagne (+ 45 %) tandis que la France recule de 8,8 %. Pour Guillaume Roué, président d'Inaporc, l'Etat français, qui n'a plus de moyens financiers, doit anticiper et raccourcir les longs délais d'agréments. "Il faut 3 ans minimum pour obtenir un agrément. Anticipons l'ouverture des frontières".

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