Terra 30 mars 2017 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Le Plan Ecophyto II, pour diffuser les bonnes pratiques

Réduire les phytosanitaires est un enjeu majeur, qui avec l'entrée en vigueur de la loi Labbé au 1er janvier 2017 dans les espaces publics, puis dans les jardins des amateurs... rejoint une demande sociétale. L'enjeu du plan Ecophyto II est maintenant de "percoler" les pratiques économes en produits phyto auprès des agriculteurs. "Un entraînement collectif", décrit Jean-René Menier, président du Crodip (1), élu de la chambre régionale d'agriculture.

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 (© Louis Leroux) Emilie Labussière  de la chambre régionale d'agriculture. © Terra Richard Guillouet, directeur du Crodip. © Terra

Après la bataille des nitrates, celle des phytosanitaires est la suivante. Les professionnels agricoles l'attestent, l'air et les phytosanitaires sont les deux futurs dossiers. "Nous sommes au même stade qu'il y a 20-25 ans avec les tonnes à lisier. Autant pour les nitrates, nous avons fait ce qu'il fallait, là avec les phytosanitaires, il faut prendre le problème par le bon bout", prévenait l'élu Jean-Jacques René à l'occasion des réunions d'hiver de la chambre d'agriculture. En effet, avec la loi Labbé, dans les espaces publics, s'applique depuis le 1er janvier 2017, l'interdiction de l'usage de certains pesticides (2) par l'Etat, les collectivités locales et les établissements publics pour l'entretien des espaces verts, des promenades, des forêts et des voiries. De même depuis janvier 2017, la vente en libre service des produits à usage non professionnel est interdite. Autrement dit, les particuliers n'auront plus le droit d'utiliser, ni de détenir des produits phytosanitaires au 1er janvier 2019 dans le cadre de l'application de la loi sur la transition énergétique pour les jardiniers amateurs (3).

Restera donc les agriculteurs vers qui, on peut facilement imaginer, l'opinion publique se focalisera encore un peu plus. D'où l'importance de poursuivre les actions de mutation et de les communiquer. Deux rendez-vous la semaine dernière sous forme de "colloques phyto" organisés par le Crodip et la chambre d'agriculture de Bretagne ont fait le bilan d'étape du plan Ecophyto II, des dispositifs en place et de l'évolution de la réglementation. Comme par exemple, l'obligation controversée des distributeurs à mettre en ½uvre des actions concourant aux économies de produits phytopharmaceutiques.

Ecophyto II : quelles nouvelles actions ?

Depuis 2008, le plan Ecophyto, plan de réduction et d'amélioration des phytosanitaires, est en place, il est destiné à tous les utilisateurs. Révisé à mi-parcours en 2015-2016, le plan a repoussé les objectifs de départ (annoncés pour 2018) à - 25 % de phytosanitaires en 2020 et - 50 % à l'horizon 2025. Les objectifs restant toujours ambitieux, une prochaine révision est prévue en 2020.

Le travail aujourd'hui engagé auprès des professionnels agricoles se base sur trois grands axes : la diffusion des techniques connues ; la formation des acteurs et la dynamisation de la recherche. Le dispositif Dephy, adossé à des collectifs d'agriculteurs et à un volet expérimental, teste des systèmes de cultures économes et produit des références. Le nombre d'agriculteurs engagés volontairement s'élève à 2 630 fermes réparties sur l'ensemble du territoire français. En Bretagne, les fermes investies sont au nombre de 150 dont 10 groupes "polyculture-élevage" et 2 groupes "légumes". "Le dispositif fait ses preuves avec 30 % de réduction de l'IFT en Bretagne (indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires) sur le système de cultures engagées", rapporte Emilie Labussière de la chambre régionale d'agriculture. "100 systèmes de cultures économes et performantes ont été identifiés. Nous sommes en cours de recrutement dans les semaines qui viennent pour atteindre les 3 000 fermes". Témoignages, vidéos, fiches trajectoires, les références produites sont disponibles mais il manque pour le moment les données technico-économiques, en cours de traitement. Un volet épidémiosurveillance est venu compléter la démarche avec 145 bulletins du végétal produits par an en Bretagne par des observateurs sur le terrain (maladies, ravageurs, seuil de nuisibilité...). Enfin aujourd'hui, le nombre de professionnels titulaires du Certiphyto en Bretagne (certificat obligatoire pour toute vente, utilisation ou conseils de produits phyto) s'élève à 40 000 certificats délivrés valables pour une durée de 5 ans.

Les actions à venir

Ambitieux, les pouvoirs publics constatent que le plan Ecophyto n'a pas dépassé le stade de la "démonstration" des systèmes économes repérés et entendent parvenir au stade de "diffusion" des bonnes pratiques auprès des agriculteurs. D'où "les certificats d'économie de produits phytosanitaires" (CEPP) - objectif phare du plan Ecophyto II - prévus par la loi d'Avenir et votés après quelques rebondissements en début d'année. En phase de consultation publique, ce dispositif incite fortement les distributeurs à mettre en place de bonnes pratiques auprès de leurs clients agriculteurs afin de récupérer des certificats, sans quoi ils s'exposent à des pénalités à l'issue de 5 années. "L'objectif est de réduire de 20 % la référence des ventes d'ici au 31 décembre 2021", rapporte Emilie Labussière. 20 actions standardisées sont listées à ce jour, allant de l'utilisation d'un stimulateur de défense des plantes contre des maladies fongiques à l'association d'une variété de colza à semis très précoce à la culture principale pour lutter contre les méligèthes. Mais rien n'est définitivement acté, à l'issue des élections présidentielles le futur gouvernement peut encore balayer la mesure. Une autre action du plan Ecophyto II lancée bientôt consistera à accompagner un collectif de groupes de 10 à 20 agriculteurs sur 3 ans dans la transition vers l'agroécologie à bas niveau de produits phytopharmaceutiques, sur la base "d'un plan individuel et collectif de réduction". Le souhait : multiplier par dix le nombre de fermes Dephy pour atteindre 30 000 exploitations françaises. Est-ce le début d'un entraînement collectif ?

 

(1) Comité inteRprOfessionnel Diagnostics, Inspections et formations Phytosanitaires

(2) Reste les produits de biocontrôle, les produits utilisables en AB, les produits à faible risque. Les produits phytosanitaires sont autorisés sur les terrains sportifs clos sans accès libre au public, sur les voiries en zone difficile d'accès ou encore dans les cimetières sans usage de promenade.

(3) A l'exception des produits de biocontrôle, les produits utilisables en AB, les produits à faible risque.

 

 

 

Le contrôle des pulvérisateurs étendu

"Tout ce qui pulvérise est concerné par la réglementation. Beaucoup le découvrent, il faut faire passer l'info !", résume Richard Guillouet, directeur du Crodip. L'obligation de contrôler les pulvérisateurs, quels qu'ils soient, touche maintenant toutes les catégories (arrêté du 6 juin 2016). Serriste, paysagiste, arboriculteur, traitement des semences... même les communes, les golfs, les usines ou les aéroports y sont contraints. La réglementation pourrait s'étendre au matériel d'occasion. "Il devrait y avoir un contrôle de moins d'un an pour les matériels d'occasion", liste le directeur qui annonce à partir de 2020, la réduction du délai de contrôle passant de 5 à 3 ans. Depuis 2009, près de "200 000 contrôles ont été réalisés en France à ce jour. En Bretagne, on annonce plus de 80 % du parc contrôlé".

 

Leviers collectifs et individuels

Formation collective

AMPA, glyphosate, métolachlore, diflufénicanil..., une forte diversité des molécules aux usages multiples (agricoles, collectivités, amateurs...) est présente dans l'eau, dont ces quatre molécules en tête d'une liste de 26. "On ne peut pas jouer sur la seule restriction des matières actives, il faut combiner les leviers pour ne plus avoir de transfert vers les cours d'eau", explique Sylvie Guiet de la chambre régionale d'agriculture. Le premier DPR a formé 800 techniciens (prescripteur, distributeur, agent) à un même message auprès des agriculteurs en matière de pratiques et d'aménagement des parcelles pour limiter le risque de transfert des polluants vers les eaux (herbicides). Le DPR 2 multi-polluants est sur les rails, élargi aux phytos, bactéries fécales, phosphore. Son déploiement concerne les zones sensibles (zone de captage, bassin versant).

Diagnostic individuel

Le Crodip, avec son outil Aquasite, propose un diagnostic phytosanitaire pointu du siège d'exploitation préalable aux aménagements et conseille aménagements, équipements et modifications des pratiques. "Le diagnostic est finançable par le PCAEA (plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles, mesure 411 a), l'aménagement aussi", précise Richard Guillouet, directeur du Crodip.

 

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