Terra 02 mars 2018 à 15h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Le porc bio et le défi des matières premières

Le frein à la production de porc bio pourrait venir des cultures végétales. L'approvisionnement en matières premières, notamment en protéines, est un point qui inquiète les opérateurs de la filière. S'orienter vers la fabrication d’aliment à la ferme (FAF) et maîtriser le suivi technique des cultures est un des messages délivrés lors du colloque sur le porc bio organisé par le réseau Gab-Frab.

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En élevage bio, la cohérence entre le sol, la plante et l'animal est recherchée.
En élevage bio, la cohérence entre le sol, la plante et l'animal est recherchée. - © D.Poilvet

La filière du porc bio a sous le sabot de bonnes perspectives de développement. Si la production augmente régulièrement pour satisfaire la demande du marché en viande de porc bio (+20 % en 2016), elle est encore loin de combler les besoins. En 2005, le cheptel était de 4 000 truies ; en 2016, de 9 000 truies dans près de 400 élevages mais ne représente pas plus de 1 % des abattages de porcs français totaux. Les progressions annuelles marquent le pas avec en 2018, une hausse de 60 % des mises en place de truies et de 30 % des sorties de porcs charcutiers. En 2019, les projections respectivement sont de + 20 % et + 27 %. "De 108 000 porcs abattus en 2016, on passerait grosso modo à 170-175 000 en 2019", avance Jean-François Deglorie, animateur technique de la commission bio d'Interbev. Dans le même temps, la filière s'étoffe : au côté des groupements historiques de la viande bio - Unébio, Bretagne viande bio (BVB), Bio direct - , les coopératives Le Gouessant et Cooperl Arc Atlantique entrent elles-aussi dans la démarche pour satisfaire la demande. Au-delà des orientations de chacun, les uns comme les autres se posent la question de l'approvisionnement en matières premières.

 

Viser l'autonomie

Avec une charge charge alimentaire à plus de 70 % du coût de production, il est important de veiller à la cohérence entre le sol, la plante et l'animal. "Mieux vaut partir des productions végétales de la ferme pour arriver à l'animal", conseille Philippe Moureaux, producteur à Caro (56). Jérôme Jacob, producteur près de Quimper (29), autonome à plus de 60 %, confirme : "mes volumes de production se sont adaptés aux volumes de mes cultures".

Chez les groupements d'éleveurs Bio direct et BVB, il est demandé un minimum de 50 % d'autonomie alimentaire. "On s'attend à un déficit de matières premières au vu du développement", indique le responsable de Bio direct, Antoine Foret. "Fabriquer son aliment sur la ferme, avec plus de FAF, est une sécurité", assure Boris Jeanne d'Unébio. Carine Maret, directrice de l'Ufab estime que le développement des grandes cultures bio n'est pas en adéquation avec les ambitions affichées par les États généraux de l'alimentation envers le porc bio. "Il n'y aura pas de développement de l'élevage, sans développement des grandes cultures. La production de céréales est pour nous stratégique". L'autre grand enjeu est celui du développement de la filière "protéine", d'autant qu'en 2021 est annoncée la fin de la dérogation qui donne la possibilité d'introduire 5 % d'aliment conventionnel riche en protéines, comme la protéine de pomme de terre. Au problème d'approvisionnement s'ajoute un problème économique (aliment plus cher).

 

Une casquette de céréalier

Le producteur Philippe Moureaux (100 truies, 87 ha) produit 250 à 300 tonnes d'aliments sur les 650 tonnes d'aliments nécessaires par an, avec un lien au sol de 46 %. Sa recherche des protéines se porte sur les mélanges céréaliers (triticale-pois/triticale-féverole) plus faciles à cultiver. "13 à 14 % de protéines, c'est une bonne base pour la FAF. Mais je ne suis pas autonome en protéines". 20 t de levures de bières, 20 t de minéraux et 70 t de tourteaux sont achetés à l'extérieur.

Sans filet de sécurité, la production de cultures bio demande d'enfiler une casquette d'agronome. Après dix ans de recul, Philippe Moureaux estime que le plus compliqué n'est certes pas l'élevage mais bien la maîtrise des adventices après quelques années de conversion. Dans son assolement, il a donc introduit des prairies et de la luzerne dans ses rotations pour remédier au problème de salissement. Ainsi, 20 % de la SAU n'est pas dédiée à l'alimentation. "Je joue sur les têtes de rotation - prairies et luzerne - et l'alternance des cultures d'hiver et de printemps pour nettoyer les parcelles. Le maïs a aussi sa place dans la gestion des adventices. En bio, faire céréales sur céréales ne fonctionne pas". Ce qui fait dire à Jérôme Jacob : "Un éleveur de porc bio est un céréalier".

 

Il a dit

Jean-François Vincent, Fnab / Au sujet du problème d'interprétation des textes européens concernant le bâtiment : c'est le grand flou aujourd'hui, l'administration est inquiète quant à l'interprétation du cahier des charges européen. On a des remontées de blocages par l'Inao depuis le début de l'année, près de 50 projets bien avancés. Pour nous, un cochon bien élevé est un cochon sur paille et nous assumons le fait que la courette soit couverte.

(ndlr : le cahier des charges européen devrait évoluer d’ici à 2021 et les orientations connues fin 2018).

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