Terra 26 juillet 2018 à 08h00 | Par Propos recueillis par Guillaume Bourge

Le "prix juste" aux producteurs ne doit pas rester qu'une promesse !

Marie-Andrée Luherne, est présidente de la section lait de la FRSEA Ouest. Elle revient sur la politique de prix des entreprises, les États généraux de l’alimentation et le plan de la filière laitière.

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Marie-Andrée Luherne, présidente de la section lait de la FRSEA Ouest.
Marie-Andrée Luherne, présidente de la section lait de la FRSEA Ouest. - © Terra

Certaines entreprises ont annoncé leur prix du lait pour le 3e trimestre, quelle est votre analyse ?

Marie-Andrée Luherne. Le constat est alarmant : les prix ne sont pas à la hauteur des marchés actuels. Les producteurs ont besoin de plus de perspectives si on veut maintenir une dynamique dans la filière. Et je ne parle pas de dynamique de production mais d’envie, de motivation chez les éleveurs. L’ambiance dans les campagnes est davantage à la résignation ou à la fatalité. C’est grave mais cela ne semble pas inquiéter les transformateurs. L’esprit des États généraux de l'alimentation (EGA) et du plan de filière lait semble bien loin. C’est un manque de considération du travail et des engagements quotidiens des éleveurs. Il faut que les entreprises arrêtent de considérer le prix du lait comme une charge ! Leur lecture des marchés est bien trop souvent à sens unique et pas dans celui des producteurs.

 

La loi EGA et le plan de filière sont là pour rééquilibrer cette répartition de la valeur. Où en sont les négociations ?

M.-A. L. Cela n’avance pas comme nous le souhaiterions. D’un côté, le conseil d’administration du Cniel qui s’est réuni le 11 juillet a abouti à une situation de blocage sur la question de la répartition de la valeur. La raison est le refus des transformateurs d’appliquer une nécessaire transparence notamment sur les indicateurs de valorisation des PGC (produits de grande consommation). De l’autre, la commission mixte paritaire a dénaturé le projet de loi EGA. Et pourtant les deux assemblées s'étaient accordées sur ce chapitre des indicateurs et leur nécessité. Nous sommes malheureusement revenus au point de départ. Le 18 juillet, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, a rencontré Jean-Baptiste Moreau, le rapporteur de la loi EGA, pour lui rappeler qu’au chapitre du partage de la valeur, le compte n’y était pas.


Quelle est la position de la FRSEAO lait ?

M.-A. L. Pour la FRSEA Ouest lait, la priorité des EGA et du plan de filière c’est d’abord la juste rémunération des éleveurs. C’était également l’engagement initial du Président de la République ! Les manœuvres lors de la commission mixte paritaire sont inadmissibles. Les députés de la majorité doivent corriger cela rapidement sinon jamais rien ne changera et les producteurs seront toujours la variable d’ajustement du marché et du profit de certaines entreprises. Sur le plan de filière, je rajouterai que les transformateurs semblent avoir déjà oublié leur signature. La FRSEAO lait se battra pour que l’aboutissement du plan de filière amène du concret pour les éleveurs. Les indicateurs de valorisation doivent permettre une évaluation concrète de la valeur du marché intérieur et de son partage. Cela doit se traduire par des indicateurs lisibles en euros. Cette transparence est indispensable. Ensuite, chacun (OP-coopérative-entreprises) utilisera ces indicateurs en fonction de son mix produit pour négocier le prix final qui devra aussi tenir compte du coût de production. La notion de prix juste aux producteurs ne doit pas rester une promesse !


La segmentation est aussi un axe du plan de filière. Ne doit-elle pas elle aussi ramener de la valeur ?

M.-A. L. Bien sûr que si ! Mais ne nous trompons pas, le retour de la valeur pour tous les producteurs est le préalable sur le plan de filière mais également le projet de loi. Les transformateurs, les distributeurs et les consommateurs doivent reconnaître l’excellence de la production laitière française. On ne peut imaginer de passer des étapes supplémentaires si au départ l’éleveur n’est pas rémunéré. La segmentation, c’est la réponse à certaines attentes. Cette réponse a un prix. Pour la FRSEAO, toute segmentation doit être clairement identifiée sur la facture de lait. Et si le retour est insuffisant au regard des charges, le producteur doit pouvoir dire non ! À la FRSEA Ouest, nous sommes déterminés. Les producteurs ne sont pas prêts à accepter n’importe quoi.

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