Terra 06 juillet 2017 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Légumes bio Prince de Bretagne : une filière en pleine expansion

Depuis vingt ans, des producteurs de la filière bio Prince de Bretagne ont mis sur pied une filière longue de légumes frais bio, première de l'hexagone par les volumes produits. L'organisation collective poussée par des vents porteurs annonce une vingtaine de conversions en cours.

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Export, GMS ou magasins spécialisés, chaque gamme de légumes se caractérise par un débouché qui lui est propre.
Export, GMS ou magasins spécialisés, chaque gamme de légumes se caractérise par un débouché qui lui est propre. - © Terra
Si les cheveux ont blanchi, vingt ans après, Jean-Jacques Le Bris de l'UCPT (22), Georges Guézenoc de la Sica de Saint-Pol (29) et Joseph Hubert de Terres de Saint-Malo (35) ont l'assurance d'être montés dans le bon train."Cela fait vingt ans que des producteurs adhérents du Cérafel ont fait le choix de se convertir. Développer le bio était un pari osé à l'époque. Il fallait tout défricher. À ce moment là, on nous disait que cela ne durerait pas", raconte Jean-Jacques Le Bris, président de la commission bio du Cerafel et de Prince de Bretagne (1). Le premier groupement de producteurs - en volume - sur le marché des légumes bio en France, a soufflé ses vingt bougies, et c'est vrai, il y a de quoi être fier.
Les rouages d'une organisation collective
La filière longue mise en place dégage un chiffre d'affaires de 12 millions d'euros en 2016, produit 20 000 tonnes de légumes toute l'année, et rassemble plus de cinquante producteurs sur la côté nord de la Bretagne. La commission Bio Prince de Bretagne organise toute la filière de la sélection variétale à l'expérimentation, de la technique au marketing. "Producteurs, stations de conditionnement, expéditeurs, tous les opérateurs sont certifiés. Il en va de la crédibilité du label AB", précise Jean-Jacques Le Bris. Les légumes conditionnés chez le producteur, agréés en station de conditionnement, sont vendus par lot sous enchères dégressives au marché au cadran. Sur cinquante expéditeurs (société privée extérieure), la moitié est agréée AB et achète leurs marchandises indifféremment à Paimpol, Saint-Pol-de Léon et Saint-Malo. Aujourd'hui six à sept expéditeurs couvrent 80 % du marché. Pour autant tous les légumes AB ne passent pas par le cadran : un système télématique permet une vente directe aux expéditeurs dans le but de garantir en amont un volume de légumes et de lisser les prix sur une saison.
Les avancées techniques partagées
Si la structuration de cette filière s'adosse à une solide organisation collective, il faut solutionner les problèmes techniques. "Le pas le plus dur, c'est le pas psychologique car le travail se fait sans filet. L'agronomie, l'anticipation et l'acceptation de l'échec font partie du métier", décrit Jean-Jacques Le Bris. Dans ce but, la station expérimentale Terre d'essais à Pleumeur-Gautier (22) dédiée au maraîchage AB (plein champ et sous abri) accompagne les producteurs en lien avec le laboratoire Végénov ou l'OBS (Organisation bretonne de sélection). L'endive, culture non couvrante, est techniquement difficile à produire. "C'était un challenge entre les techniques de désherbage, de conservation, de forçage. Dix ans après, les problèmes ne sont plus les mêmes qu'en 2006", rapporte satisfait le producteur Georges Guézenoc. Pour réduire le coût de la main d'œuvre, la mécanisation et les nouvelles technologies ont fait leur apparition dans les parcelles bio. Le désherbage manuel de la carotte, bête noire des producteurs, peut varier de 80 à 500 heures par hectare. Chez Jean-Jacques Le Bris, le binage mémorisé et autoguidé par GPS des carottes est réalisé avec une précision de 1 cm de chaque côté du rang. "La technologie va très vite et permet de réduire le coût de production", confirment les producteurs.
Quant aux partages des techniques, ni sectarisme, ni opposition, les recherches techniques acquises au fil du temps sont partagées avec les agriculteurs conventionnels.
Une filière longue qui a su trouver sa place
Export, GMS ou magasins spécialisés, chaque gamme de légumes se caractérise par un débouché qui lui est propre. "Tout dépend du produit. Le poireau, l'échalote, le brocoli, le chou vert sont plutôt exportés ; 40 à 50 % du chou-fleur AB part vers l'Allemagne, le nord de l'Europe, l'Angleterre... Tandis que la tomate, la pomme de terre et l'artichaut se destinent au marché français", décrit Pierre Gélébart de Prince de Bretagne. En France, la production de légumes AB demeure une production relativement atomisée où l'organisation collective procure une forme de sécurité aux clients. "L'intérêt d'une organisation collective est de répondre aux demandes des clients toute l'année. Et même si un producteur connaît un aléa, on ne laisse pas nos clients sans marchandises", remarque-t-il.
Plus qu'une mode, la vague du bio est devenue une tendance de fond. Entre 2015 et 2016, la progression en volume s'élève à 9 %. Parallèlement la segmentation en produits s'est affirmée passant en 2005 de 74 % de crucifères (chou-fleur...) à 57 % en 2015/2016. "Dans tous les pays européens, on constate un développement des produits AB en GMS", remarque-t-on à Prince de Bretagne. "Mais nous ne sommes pas à l'abri de périodes difficiles avec des afflux de produits".
Engagés sur une vague porteuse, les cinquante producteurs de Prince de Bretagne seront bientôt rejoints par une vingtaine de producteurs en cours de conversion. Pour Jean-Jacques Le Bris, cette agriculture biologique organisée en "circuit long" respecte l'esprit des générations passées. "Oui, c'est l'agriculture de nos grands-parents par la sagesse, les rotations des cultures, la pertinence du travail de la terre, sinon la sanction est immédiate. Mais c'est aussi une agriculture du XXIe siècle par l'utilisation des nouvelles technologies", conclut le producteur.

(1) Créée en 1970, Prince de Bretagne est la marque collective des producteurs de fruits et légumes de la côte nord de la Bretagne. Elle est utilisée par les producteurs de coopératives bretonnes dont la Sica de Saint Pol-de-Léon (Finistère), l’Union des Coopératives de Paimpol et de Tréguier (Côtes d’Armor) et Terres de St-Malo (Ille et Vilaine) regroupées au sein du Cerafel.

Apport d'auxiliaires sur des feuilles de concombre.
Apport d'auxiliaires sur des feuilles de concombre. - © Terra
Nuisibles : un vrai casse-tête pour les producteurs
"On a essuyé les plâtres au départ mais depuis trois ans, c'est mieux", remarque Gaëtan Dauphin, producteur bio de concombre, tomate, pomme de terre nouvelle et mâche sous abris (7 000 m²). Dans les mains du producteur, une large feuille verte de concombre abrite un nombre incalculable d'insectes. Praon, macrolophus, syrphe... y ont élu domicile, attirés par les pucerons. L'ajout d'auxiliaires, le plus tôt possible, est la façon de lutter contre le puceron noir et ses ravages. En 2016, le producteur a dépensé pour 4 000 € d'auxiliaires. Cette année, le coup de chaud a fait exploser les pucerons noirs, "les feuilles en étaient recouvertes", décrit le producteur qui a finalement récupéré la culture de concombre en aspergeant de l'eau sur le feuillage pour faire tomber le nuisible.
En plein champ, les dégâts causés par les lapins et autres choucas des tours posent un "problème majeur" aux producteurs AB. "Pour ces ravageurs, il n'y a pas trop de solutions", témoigne Georges Guézenoc qui décrit de grosses pertes chaque année.

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