Terra 30 novembre 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Les agri-actrices en congrès : revigorant !

Un plein d’énergie, de témoignages et d’idées à travailler pour que les femmes osent prendre toute leur place en agriculture - mais encore faut-il qu’elles la prennent -, tel est le bilan revigorant du congrès des femmes organisé par Res’agri 56, le 22 novembre à Locminé. Il a réuni plus de deux cents d’entre-elles. Fortes de leurs formations, de leurs savoir-faire et de leurs statuts, elles sont plus que jamais une chance pour l’agriculture de demain et les enjeux qui l’attendent. Portraits de femmes.

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Audrey Lopez : "La ferme m'a bouleversée"

L’enthousiasme d’Audrey Lopez ne semble pas prêt de retomber, à telle enseigne qu’elle à choisi de reprendre une exploitation laitière en centre Bretagne, à Ploërdut (56). "J’en apprends tellement sur le vivant au regard de ce que j’ai appris avant avec l’aide sociale". Pas de regret donc pour son ancien métier exercé en région parisienne. Pourtant, "j’avais peur des vaches et je me découvre un très grand intérêt pour ça". La jeune femme s’éloigne de la région parisienne il y a dix ans pour le Morbihan, toujours dans son domaine. En 2012, elle le quitte pour créer une épicerie avec une amie, s’installe à Ploërdut, cherche une formation…, puis trouve un emploi dans la pesée du lait, assiste à ses premières traites : "Ça m’a bouleversée. Les odeurs, ces gros museaux de vaches, j’ai eu envie d’apprendre à traire. Des éleveurs m’ont donné ma chance sur un contrat d’été, ils cherchaient un jeune. Ils m’ont expliqué leur difficulté à recruter des salariés réactifs, ils étaient bienveillants. J’ai fait un BPREA, je suis sortie de ma formation motivée". La jeune femme enchaîne alors les remplacements "pour apprendre différentes manières de faire". Et le bon contact avec l’un des éleveurs a fait le reste : "Je lui ai dit : quand je serai grande, c’est ça que je veux faire". Une exploitation en bio de 50 vaches que l’agriculteur, sans repreneur, lui propose alors... "Ce vivant, c’est un tel effet de surprise que ça le sera à vie. Je prends tellement de plaisir dans mon travail que je dis à mes copains d’avant allez-traire !".

 

Michèle Debord : "Cet engagement m'a permis d'être reconnue"

Non issue du milieu agricole, cette professeure d’allemand se retrouve, par son mariage, propulsée chef d’exploitation en attendant le retour de son époux fonctionnaire sur la ferme familiale des beaux parents : "On m’attendait au tournant. Les gens me disaient, toutes ces études pour ça, tu vas parler allemand à tes vaches ?". Le poids du regard des autres… Michèle Debord, pour faire tomber toute cette pression, se tourne vers les groupes de développement. "Il me fallait trouver ma place et la valoriser, ce sont les groupes qui m’ont permis cela", témoigne-t-elle. Elle travaillant alors avec les groupes sur la place des femmes en agriculture, l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, se forme au développement personnel, s’intéresse aux violences faites aux femmes. "Nous avons écrit un premier livre, nous partions en voyages..." Suivent des clips vidéo, un blog des femmes 03 (pour le numéro du département de l’Allier), deux autres livres "Mal de terre " et les risques psycho-sociaux et 658 pages rien que sur l’action des groupes..."On a touché beaucoup de domaines. Cela m’a permis d’être reconnue. Dans un groupe de femmes, l’échec, on est capable de mettre ça sur la table, de se livrer, sans tabou, sans jugement". Pour cet engagement, entre autres, Michèle Debord a reçu la légion d’honneur. "Et dire que j’ai failli dire en la recevant, je ne suis qu’agricultrice".


Katrine Lecornu : "Allez-y, il n'y aura plus le choix de la parité"

Créer une entreprise, Katerine Lecornu, Norvégienne, étudiante en France, le souhaitait "mais avec du sens, qui fasse du bon, du beau, du vrai dans une petite entreprise familiale". Le métier d’agricultrice qu’elle a épousé avec son mari, répond à ses attentes, mais en l’ayant adapté à ses souhaits dans le Calvados. "En Norvège, tout s’arrête à 15h30. Pour être à 16h30 avec nos six enfants, on a délégué tout le travail du sol, il y a moyen de combiner vie professionnelle et de famille. Certes il y a des contraintes mais il faut profiter des avantages que notre métier nous apporte", affirme cette femme qui avec humour dit cumuler tous les handicaps pour postuler à des responsabilités. "Je suis immigrée, j’ai plein d’enfants, je suis agricultrice et blonde. Ça ne collait pas avec l’image de quelqu’un qui prend des responsabilités". Katrine Lecornu est aujourd'hui consule honoraire de Norvège : "J'ai accepté ce titre car cela me donne une crédibilité", dit celle qui, après un BTS, a passé, adulte, un master de gestion des entreprises. "On est capable aussi". Être une femme est un atout dans un monde d’hommes. "On peut être cash, ça passe mieux", constate l’ancienne présidente du réseau European Dairy Farmers. Et face à la cooptation dans les coopératives qui écarte les femmes des responsabilités, elle a pris sa place. "J’y suis allée carrément. Allez-y ! Il n’y aura plus le choix de la parité. Au niveau mondial, le manque de femmes à des postes de responsabilité entraîne dans les entreprises un manque à gagner de 12 000 milliards de dollars, au delà de la perte humaine et au social".

 

Christelle Martin : "Prouver que je peux gérer la boutique"

Elle n’a aucun regret Christelle Martin, de ne pas avoir donné suite à son projet d’installation qui n’aboutira pas sur l’ancienne exploitation familiale, entre femmes pourtant. Mais "je n’y aurais pas eu ma place", confie-t-elle. Et c’est en passant avant par la case de formatrice agricole, notamment de son futur conjoint non issu du milieu agricole, qu’elle réalisera ensuite ce rêve de s’installer à Muzillac (56). "Nous sommes trois, en lait et transformation". "Ce que je veux démontrer, c’est qu’une femme peut remplacer un homme à 100 %", souligne cette future maman d’un troisième enfant, et dont les bambins mettent volontiers les pas dans ceux de leur mère à la ferme. Pas de systématisme donc dans ce couple en matière d’éducation avec décisions partagées, "ce n’est pas moi qui lâcherai systématiquement le travail pour m’occuper du petit bout", prévient-elle, regardant son ventre arrondi. "Je veux prouver que je peux gérer la boutique". Revenant aussi sur son parcours au sein du centre de formation de Kérel, elle dit avoir "demandé à être formatrice à la conduite de tracteur et à monter une session pour les femmes". Et quand il s’est agi de présenter le système de séchage en grange que les associés ont choisi sur leur exploitation, c’est Christelle qui l’a présenté aux visiteurs de leur exploitation.

 

 

 

Plus de deux cents femmes se sont retrouvées pour ce congrès "énergisant" organisé par Res’agri 56 qui, tous les dix ans, scande le temps des avancées, le chemin parcouru et les chantiers à venir.
Plus de deux cents femmes se sont retrouvées pour ce congrès "énergisant" organisé par Res’agri 56 qui, tous les dix ans, scande le temps des avancées, le chemin parcouru et les chantiers à venir. - © Terra

Ils ont dit

Michel Guernevé, élu à la chambre d'agriculture et au pays de Vannes / "La parité en agriculture n’existe pas. C’est un challenge dans les coopératives de trouver une femme. J’ai essuyé beaucoup de refus".

Rachel Le Dirach, agricultrice, présidente de Sem’agri / "On est aussi responsables. Pourquoi les femmes n’osent pas apporter leur vision des choses ? On attaque les hommes mais quand on vient nous chercher, on n'y va pas !"

Frank Guéhénnec, président de la FDSEA / "Demain, je suis prêt à laisser ma place. Engagez vous mesdames, venez. En vous engageant vous ferez l’agriculture de demain. C’est de notre responsabilité d’accompagner les agricultrices qui s’engagent".

Marie-Andrée Luherne, secrétaire générale adjointe de la Fédération nationale des producteurs laitiers / "S’engager n’est pas si compliqué. Il faut oser, choisir l’engagement qui va avec ses valeurs, là où on sera à l’aise car nous avons beaucoup à apporter et ça nous apporte beaucoup. Ça m’a grandie".


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