Terra 01 mars 2018 à 15h00 | Par Propos recueillis par Arnaud Marlet

Les céréaliers en difficulté mais une filière engagée pour l'avenir

Dans la perspective des discussions sur la PAC 2020 et dans un contexte extrêmement difficile pour les céréaliers, l’association générale des producteurs de blé (AGPB) a accueilli 600 invités les 31 janvier et 1er février à Dijon pour son ccongrès national. Jean-Yves Tessier, délégué Passion céréales pour la Bretagne nous livre son sentiment sur ces deux jours d'échanges.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Jean-Yves Tessier, délégué de Passion céréales en Bretagne.
Jean-Yves Tessier, délégué de Passion céréales en Bretagne. - © Terra

Dans quel état d'esprit s'est déroulé le congrès des céréaliers 2018 à Dijon ?

Jean-Yves Tessier. L'assemblée était très nombreuse, studieuse, mais s'est aussi déroulée dans un climat d'inquiétude. L'année 2017 aura été marquée par plusieurs faits marquants. À commencer par le décès de Xavier Beulin, un choc pour la filière. Xavier, c'était le symbole des grandes cultures, Orama, Sofiprotéol, la FNSEA, Unigrains, mais c'était surtout une vision et un pilier. 2017 a été une année décevante pour les céréaliers qui attendaient beaucoup mieux. C'est aussi l'année des États généraux de l'alimentation, mais au-delà des crises économiques, nous vivons une crise identitaire qui se traduit par un manque de reconnaissance. La légitimité du monde agricole est cruciale ! À l’occasion de son congrès, synonyme d’échanges et de confrontations d’idées, l’AGPB a présenté ses orientations stratégiques dans la recherche de solutions pour la protection des cultures et pour la compétitivité des producteurs de céréales.

 

Les ajustements sur la PAC 2018 - 2020 se précisent, quelles sont les demandes des céréaliers ?

J.Y T. La demande générale, c'est de relever le soutien (droit au paiement de base,DPB) à 250 euros, notamment pour les zones défavorisées, au lieu de 200 euros actuellement. Nous avons en France des filières d'excellence qui sont en difficulté et qui manquent de perspectives. Alors que le continent africain a une progression démographique importante et que c'est un marché historique et de proximité, on voit qu'il nous échappe. Tout cela interroge la filière. Si la profession a toujours su dépasser et relever les défis, il faut lui donner du temps. Il nous faut une expertise de l'agriculture qui va bien, de celle qui va moins bien, et de celle qui souffre. La crise structurelle que les paysans vivent est insupportable, alors même que notre terroir est le meilleur du monde, tant dans l'assurance de production, que dans la qualité de celle-ci. Les distorsions de concurrence économiques et environnementales à l’échelle française et européenne doivent cesser pour que nos céréaliers retrouvent la compétitivité nécessaire à la survie de leurs exploitations. Par ailleurs, les participants au congrès ont fait part de leur volonté de s'inscrire dans des contrats de filière et de s'adapter au changement climatique en allant vers l'agroécologie, voire même étudier de nouvelles espèces végétales. Mais il faut s'assurer du revenu possible car l'agriculture est une cause nationale.

 

Le congrès a aussi pointé la bataille de compétitivité, même entre pays européens, qu'en est-il ?

J.Y T. La production mondiale est marquée par la forte augmentation de la production en Russie - Ukraine (88 Mt). Une situation qui génère une augmentation des stocks en fin de campagne, et qui pèse sur les prix. Le marché export des céréales françaises de proximité, qui est le périphérique méditerranéen, représente plus de 10 millions de tonnes et ce marché est concurrencé par la mer Noire. Nous ne sommes pas sur une planète en décroissance démographique, et pourtant, nous avons des marchés lourds, sans prix rémunérateur pour la France, qui laissent 40 % des céréaliers français dans le rouge depuis cinq ans. Sur la compétitivité, les producteurs poursuivent la transition permanente pour répondre aux besoins et aux demandes des clients nationaux et internationaux. Pour pouvoir adapter les systèmes de production, les céréaliers attendent des actes forts de la part du gouvernement. C’est l’objet du plan de transformation de la filière qui a été remis au ministre de l’agriculture et de l’alimentation en décembre dernier.

 

La filière céréales présente au SIA

L’interprofession céréalière et les organisations syndicales ont organisé tout au long de cette semaine du SIA des rencontres sur la terrasse du végétal. La plateforme de l’odyssée végétale rassemblait plusieurs organisations agricoles. Dédiée à l’univers végétal, elle présente une ferme céréalière et propose aux visiteurs de découvrir l’ensemble des productions végétales françaises, avec la volonté de faire le lien “du champ à l’assiette”. Pour la deuxième année, le fournil avec le slogan "Les céréales françaises font les pains du monde" a été installé au cœur de l’odyssée en partenariat avec l’institut national de la boulangerie pâtisserie et l’association nationale de la meunerie française. Tous les jours, des boulangers ont fait des démonstrations de fabrication de pains français et étrangers à partir de farines françaises.

Une initiative qui permet de parler d’export, de sécurité alimentaire, de qualité, thématiques peu connues et pourtant essentielles pour cette filière et l’économie française.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui