Terra 04 janvier 2019 à 08h00 | Par Chantal Pape

Les couverts végétaux, une culture à part entière

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Organisée par Bretagne plants, les syndicats d'eau de l'Elorn et de l'Horn, Triskalia et l'association Base, la journée technique a aussi permis de faire le point sur des essais de couverts courts, avant blé, ou longs, avant maïs, implantés après pomme de terre.
Organisée par Bretagne plants, les syndicats d'eau de l'Elorn et de l'Horn, Triskalia et l'association Base, la journée technique a aussi permis de faire le point sur des essais de couverts courts, avant blé, ou longs, avant maïs, implantés après pomme de terre. - © Terra

"Nous pratiquons le sans labour depuis 14 ans". Installé avec son père en Seine-Maritime, Victor Leforestier cultive une centaine d'hectares, sur lesquels se succèdent du lin textile, des pommes de terre de consommation, des betteraves sucrières et betteraves rouges, des céréales... Et si le sans labour a démarré un peu par hasard chez eux, "mon père trouvait le labour ennuyeux", le jeune agriculteur s'est pris de passion pour le sujet au point d'y consacrer ses hivers. "J'anime des réunions et formations pour une gestion plus vertueuse des sols". Et des voyages, en Tasmanie ou au Canada, aux USA ou en Suisse, et de nombreux échanges avec ses voisins de Normandie ou Picardie, lui ont donné du grain à moudre. "En groupe, on peut aller bien au-delà de ce qu'on imaginait !"


Retrouver des sols vivants

Mais pourquoi viser le sans labour ? "Lorsqu'il y a moins de travail du sol, une litière se crée en surface, explique Victor Leforestier. Les racines vont structurer le sol de manière verticale alors que la charrue ou le déchaumeur vont séparer le profil de sol en différentes zones, rendant plus difficile l'exploration racinaire par les cultures".

Le labour va également perturber la vie du sol. "Si on trouve en moyenne 25 vers de terre/m² en labour, il y en a 36 en pseudo-labour, 45 en décompactage et travail superficiel, et 153 en semis direct". Leurs galeries vont aérer et structurer le sol, mais aussi descendre de la matière organique en profondeur. Des galeries qu'emprunteront les racines des cultures, qui pourront, pour certaines, plonger jusqu'à 80 cm, à la recherche d'eau et d'éléments nutritifs. "Et les mycorhizes, ces champignons des racines, vont se multiplier et fournir à la plante l'azote dont elle a besoin".


Un sol aéré

Invité dans le Finistère par les producteurs de pommes de terre de Bretagne plants, Victor Leforestier commence par les rassurer. "Certes, en pomme de terre, il faut un certain travail du sol. Mais on peut néanmoins améliorer les choses". Lui a fait le choix de l'implanter après lin, dans une rotation de 5 ans. "Deux années qui sollicitent le sol, avant trois années plus tranquilles".

"Dans un sol, l'air est le plus important, commence par préciser le conseiller. Dans une parcelle où se succèdent les passages de roue, épandage, labour, récolte... 100 % de la surface peut être compactée". En cause : le poids des engins, ramené à l'essieu. "Dans l'idéal, il faut rester en-dessous de 6 t, 10 t en conditions sèches. Au-delà, on compacte la terre au delà des 30 cm et il est ensuite très compliqué d'y remédier". Une étude sur du blé et du colza a montré que le volume racinaire peut être réduit de 30 à 60 %, induisant des baisses de rendement, qui peuvent aller jusqu'à 30 %. "En pomme de terre, les pertes de rendement sont du même ordre". Ce qui a incité certains agriculteurs, en Tasmanie ou aux Pays Bas, à revoir leur parc matériel et à pratiquer le trafic contrôlé, les engins passant toujours au même endroit pour laisser une structure de sol excellente sur les planches de culture.

 

Un couvert végétal efficace

Un sol en bonne santé passe aussi par des couverts végétaux efficaces. "Il faut impérativement les semer tôt, explique Victor Leforestier, chiffres à l'appui. Nous avons fait un essai après blé. Avec un semis au 13 août, nous avons obtenu 2,8 t de MS, contre 0,9 t pour un semis au 3 septembre". Cette biomasse importante protège le sol de l'érosion et piège l'azote du sol, mais aussi de nombreux autres éléments nutritifs, pour les restituer à la culture suivante. Autre avantage, "à condition d'avoir été semé suffisamment dense, le couvert va avoir un effet sur le salissement de la parcelle. Et s'il est bien développé, il sera facilement détruit par le gel".

Après avoir semé des couverts simples, l'agriculteur privilégie désormais les mélanges. "Les différentes plantes, petites, moyennes ou grandes, vont explorer la profondeur du sol mais aussi les espaces aériens. Et les légumineuses vont continuer à pousser, même une fois que le reliquat d'azote aura été prélevé".


Et les taupins ?

Depuis l'interdiction d'une matière active, les producteurs de pommes de terre peinent à lutter contre le taupin. "Pourquoi ne pas tester les couverts végétaux", leur conseille Victor Leforestier. Une étude a montré qu'en 5 mois de présence, le sarrasin ou la moutarde pouvaient détruire jusqu'à 70 % des larves. "Combiné à un piégeage des adultes et des insecticides, on peut parvenir à diminuer la population de taupins au fil du temps".

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