Terra 06 janvier 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Les énergiculteurs de l'Oust mettent les gaz

"Personne n'aurait eu le courage d'y aller seul", alors c'est en groupe, que 12 agriculteurs de la région de Ploërmel, dans le Morbihan, se sont lancés dans l'aventure de la méthanisation. C'est leur version de la co-génération, adossée à un industriel, leur associé, pour valoriser la chaleur de leur unité.

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Le groupe d'agriculteurs associés.
Le groupe d'agriculteurs associés. - © Terra

"Chacun d'entre nous a une tâche, moi le salarié, Didier, la maintenance, Josselin, notre "cuisinier , la partie biologie", égraine Paul-Gilles Chedaleux, l'un des 12 agriculteurs sociétaires des énergiculteurs de l'Oust. Ensemble, il leur aura fallu cinq années pour faire aboutir le projet. Début janvier, le moteur de marque 2G d'une puissance de 250 kWé devrait commencer à ronronner, produisant 2 000 MWh d'électricité par an et envoyant sa chaleur à l'entreprise voisine. Comme dans une méga panse bovine, la température grimpe progressivement dans le digesteur. Ce, depuis le 5 octobre. A la barre, Sébastien Piquet, le salarié, ex-agriculteur, peaufine les réglages. "Pour les week-ends, on tourne en binôme de responsables", détaille Paul-Gilles Chedaleux qui affirme, "pas un des membres du groupe ne l'aurait fait seul ou en aurait eu le courage".

Tous les agriculteurs invités

"L'idée, vient de la rencontre avec un développeur", se souvient Pierre Daniel. Nous sommes alors en 2011. Élu de la communauté de communes, Pierre Daniel, y évoque le sujet. "A l'époque, le kWh produit était mieux valorisé si la chaleur issue de la co-génération était elle aussi valorisée via un réseau". Il contacte alors deux entreprises locales, la Société bretonne de galvanisation, une Scop voisine, se montre intéressée. "C'est aussi l'époque où les normes vaches laitières ont changé, il fallait un plan d'épandage plus grand", rappelle-t-il. Il organise une première visite auprès de l'un des deux agriculteurs méthaniseurs historiques du Morbihan, Jean-Paul Le Crom : "c’était de l’hébreu, on découvrait mais on s'est dit pourquoi pas ? On a provoqué une première réunion des agriculteurs du secteur, tous étaient invités", raconte Pierre Daniel, cumiste convaincu, élu entre-autre à la chambre d'agriculture du Morbihan.

Sur 30 cultivateurs présents, "15 étaient intéressés, il y avait ceux qui étaient restreints par leur plan d'épandage, d'autres qui avaient un peu de surface et pas l'organique en face, d'autres qui étaient bloqués par l'évolution des normes...", inventorie Paul-Gilles Chedaleux. 12 resteront au final. "Le déclencheur pour moi, ça a été le baril à 150 dollars. Je me suis dit qu'on allait démontrer qu'on peut s'en passer" , se souvient Didier Le Breton. "Je suis le dernier arrivé", raconte Gildas David, installé en 2014 en poules pondeuses, "mon prédécesseur était dans le groupe, j'ai suivi pour valoriser les fientes avec un roulement plus régulier. C'est aussi novateur, intéressant, ça m'a permis de connaître du monde", poursuit le responsable du comité organisateur de la fête de l'agriculture des JA, en 2016. Un groupe comptant de fervents défenseurs de l'agriculture de groupe, engagés, élus, cumistes, syndicalistes, artisans de groupes de développement....

Effet de groupe

En 2012, le groupe reprend l'étude de faisabilité à son compte, se passant du développeur et de l'idée d'incorporer des graisses, "nous voulions être autonomes", justifient-ils. Et pour les accompagner "Carine Pessiot, notre expert méthanisation des chambres d'agriculture et Dominique Loubère à l'animation, des appuis précieux. 12 hommes mais trois femmes à l'animation, dont la technicienne d'Evalor", se rappellent-ils, se fixant dès l'origine des règles de fonctionnement. Il y a eu les visites, "nombreuses, plus de 20 dans 10 départements", les rencontres … "On a tout débroussaillé par thème, aspects techniques, juridiques, on a fait venir des experts. On repartait, ça cogitait", évoquent ces énergiculteurs qui se sont ainsi donné rendez-vous les lundis après midi, tous les 15 jours. "À chaque interrogation, on a toujours trouvé une solution et on l'a toujours faite valider par le groupe, à l'unanimité", insiste Pierre Daniel. Depuis, il a pris sa retraite de producteur de lait mais il poursuit l'accompagnement des énergiculteurs de l'Oust, dont il est président.  "Fin 2015, on était à 100 réunions, et déjà 37 pour 2016, je ne parle même pas des réunions de chantier...". "C'est très prenant" ne cache aucun d'entre-eux… Et si, fin 2013, tous décident d'y aller, "c'est avec le même capital pour chacun, 20 000 euros. C'est plus facile à gérer, plus équitable, plus simple".

Choix clé

Autre étape pivot, "la clé de répartition du résultat, on n'avait pas d'exemple, il a fallu l'inventer en se basant sur la rémunération du capital des associés mais aussi sur la rémunération du pouvoir méthanogène en fonction des produits apportés, et des capacités des plans d'épandage". Une solution qui apporte d'ores et déjà "l’équivalent d'un 13e mois avant d'espérer le retour sur investissement dans sept à huit ans". Ce sont aussi des choix techniques, le choix du constructeur, "Evalor, une société bretonne, choisie pour sa proximité, sa connaissance et la maintenance", les choix financiers et l'emprunt auprès de deux banques à parité. Ce sont également les rencontres, en amont, avec la Région, le Département et l'Ademe, apporteurs de subventions, pour ne rien laisser de côté dans la préparation des dossiers.

Acceptabilité

Idem auprès des élus avec un effort particulier de communication. "J'expliquais régulièrement au conseil municipal où nous en étions", relate Pierre Daniel, y compris auprès des riverains, invités en réunions. "Leur crainte principale était celle des odeurs", et de les inviter à découvrir une unité de méthanisation réalisée "pour qu'ils puissent juger", sans oublier la visite du site en octobre dernier, "pour être transparent. On a tenu nos promesses", insistent-ils, satisfaits de l’acceptation sociétale du projet. "Il y a 12 agriculteurs, nous sommes un peu connus et il y a aussi le poids de l’industriel, une Scop, qui est associé dans la SAS". Toute une aventure qui ne se décrète pas mais se construit ! "Une aventure humaine avant tout, pas facile mais il y a eu une bonne dynamique et un lien créé entre les gens", apprécient les associés persuadés "qu'on peut aussi montrer aux gens qui nous entourent qu'on a un rôle sociétal, au delà de la production de notre alimentation et qu'on peut faire autre chose que des manifs".

En chiffres

Les intrants : 12 produits issus des fermes dont lisier et fumier de porc, lisier et fumier de bovin, lisier de canard, fientes de poules, lisier de veau, de lapin, marc de pomme et de café, de la paille, des Cive.Tous ces produits sont mis à fermenter dans 2 digesteurs de 1 700 m3 chacun.

Les produits : 880 000 m3 de biogaz donnant de l'énergie électrique (2 000 MWh par an, de quoi alimenter les besoins d'une commune de 700 foyers), de la chaleur (2 120 MWh pour l'industriel voisin), et d 'autre part du digestat à raison de 9 200 m3 valorisé par épandage

L'investissement : 2 500 000 e dont 20 000 e apportés par chaque sociétaire et des subventions : 470 000 e de l'Ademe, 150 000 e du conseil départemental, 100 000 e de la Région.

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