Terra 25 novembre 2016 à 10h00 | Par Claire Le Clève

Les groupes, acteurs de solutions

Place aux réussites collectives ! L'assemblée générale du réseau des groupes de développement Res'agri en a fait démonstration, le 17 novembre dernier à Plouay, lors de son assemblée générale. Ce, au travers des échanges et retours d’expériences qui l'ont ponctuée. Et avec eux, s'ouvrent de nouvelles perspectives pour conjurer la crise. La tenue imminente du festival des groupes, les 19 et 20 janvier prochains, dans le Morbihan, permettra de mesurer concrètement les plus-values qu'apportent dans les exploitations, l'action des groupes de développement.

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Pour témoigner de leurs expériences Alain le Crom, Maud marguet, Beboît Roquet et Anthony Kervorgant
Pour témoigner de leurs expériences Alain le Crom, Maud marguet, Beboît Roquet et Anthony Kervorgant - © Claire le Clève

"Redonner des perspectives", Pierre-Yves Brohan et Philippe Racoët, co-présidents de Res'agri n'ont pas caché l'ambition de la table ronde qui animait, jeudi après midi, l'assemblée générale de Res'agri au domaine de Manehouard, à Ploauy. Une invitation à transformer "des menaces en opportunités et visions d'avenir ". Une transmutation, pas si facile à faire. Pourtant et de manière collective, certains l'ont réussie. Pour mieux comprendre leur environnement, ils ont développé une culture de la prospective et de l'anticipation. C'est l'ambition du projet European Dairy farmers, EDF. Ainsi, avec 10 autres éleveurs français, Benoît Roquet, éleveur laitier à Scaer, a rejoint l’association européenne, accepté de mettre tous ses chiffres sur la table avec ses collègues de 28 pays. "Ça permet de se comparer, quels queques soient les systèmes, voir nos points faibles et nos points forts, c'est là qu'on progresse". Premier constat, "la conjoncture est dure pour tous. Il n'y a pas de meilleur système mais au sein d'un système, on peut l'améliorer". Dont actes. Voyant les autres pays se restructurer, "je me suis posé la question si on avait un intérêt à le faire ou pas". La traduction s'est faite sur son exploitation finistérienne par la spécialisation en lait avec arrêt des céréales et des légumes. "On a pris le système le plus onéreux, refait stabulation avec logettes pour 200 vaches et salle de traite en 2X20 pour produire 900 000 l de lait, un système extensif à la vache, intensif en pâturage. On fait tout ça à deux, on a délégué tout le travail pour rester disponibles pour nos vaches".

 

Voir de l'autre côté de la haie

Voir ailleurs, pourquoi et comment, Alain Le Crom de Caudan, adhérent du groupe Nov'agri y a été poussé avec son groupe prospective. "Nous cherchions un pays ayant vécu l'après quota. C'est le cas de la Suisse. Nous voulions savoir comment ils avaient évolué après". Résultat ? Une gestion du pâturage sur des alpages "hyper pointue, ils optimisent au maximum l'herbe, avec un choix de race, une conduite où l'élevage des génisses est délégué avec des vêlages groupés pour arrêter deux mois la traite, un confort d'exploiter et une organisation du travail performante". Même recherche du côté de Malestroit et d'Idré'A où le groupe propective affine son travail sur la recherche de valeur ajoutée. De retour d'un voyage à Guernesey en même temps que débutaient les premières nuits de la détresse "les 1 000 litres sont payés sur l'île anglo-normande 750 euros. On s'est alors tourné vers l'AOC du comté dans le Jura. On a découvert un autre métier, nous avons rencontré des producteurs de fromage, orientés sur la qualité, travaillant en groupe pour le bénéfice de tous avec un vrai esprit coopératif dont on redécouvre l'intérêt". Un territoire où l'on ne parle pas de cahier des charges "mais de cahier des chances". Même démarche au sein du Idé'A du Faouët qui a poussé l'enquête jusqu'en Suède, avec ses "grosses structures. Quand une nouvelle loi s'applique, ils mettent toute leur énergie pour l'intégrer. On a vu une ferme en bio de 1 400 vaches dont le lait était un sous produit pour les déjections et les cultures. It's the rule : revient à penser comment on applique la règle plutôt que lutter contre vainement", retient Marie-France Brulé.

 

La Volatilité, c'est le monde d'aujourd'hui

Le refus du changement, le Français en fait parfois sa spécialité. "La fin des quotas, en 2008 personne ne voulait y croire". Erreur funeste pour Maud Marguet, économiste de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne qui tient le langage de la réalité. Car cette fin était annoncée, plutôt que de résister, certains s'y sont préparés, y compris à la volatilité exacerbée qui en découle. "Le marché mondial, ce n'est que 9 % du lait produit, résume l'économiste, soit 40 % du lait produit en France et ça contribue pour beaucoup à votre prix". Fatalité ? Non, des solutions s'ouvrent selon elle : "J'optimise, j'ai des outils, je me compare ou bien je me mets à côté, je vais chercher de l'AOC, de la qualité, du bio, du circuit court, c'est une autre stratégie. Cette volatilité, c'est le monde d'aujourd'hui et ça va continuer". Et de prévoir des crises épisodiques avec des cycles de 3 à 5 ans. "Quand cela va mieux, il ne faudra pas oublier de mettre de l'argent de côté. La fiscalité va évoluer, des outils de la puissance publique sont en débat aujourd'hui pour la PAC 2020 ". Restent les outils disponibles à l'échelle de l'exploitation (lire encadré). Et en la matière, il ne faut rien s'interdire, y compris de transférer à l'exploitation des techniques qui ont fait leurs preuves ailleurs, "Dans l'industrie par exemple comme le lean Management " expérimenté par le groupe du GVA de la Terre aux îles, "une technique d'amélioration continue, pour optimiser son travail. Il permet de se remettre un peu en question, voir si on fait bien les choses, gagner du temps et de l'efficacité", relate Anthony Kervorgant, responsable du GVA. "L'important est de bien connaître ses chiffres, son point d'équilibre, ses coûts de production. Quand on les connaît, on s'inquiète moins et on s'occupe mieux de ses vaches", renchérit Benoît Roquet. Dans ces dispositifs mis en place par les groupes, visites de plateformes d'essais, portes ouvertes.... sont autant d' éléments essentiels dont chacun aura souligné l'importance avec mention spéciale décernée à "la formation en groupe, c' est une ouverture, cela permet de gagner en productivité et en confort d'organisation de travail, en autonomie" , renchérira Alain Le Crom. Des réalisations et des expériences à retrouver lors du festival des groupes qui leur fera la part belle en Bretagne.

 

 

 

 

 

Le prix du public pour les élèves de première bac pro CGEA du Lycée de Kerlebost à Saint-Thuriau.
Le prix du public pour les élèves de première bac pro CGEA du Lycée de Kerlebost à Saint-Thuriau. - © élèves de première bac pro CGEA du Lycée de Kerleb
Le prix du jury revient à à Charlène Mahé en seconde bac pro CGEA au lycée La Touche de Ploermel,
Le prix du jury revient à à Charlène Mahé en seconde bac pro CGEA au lycée La Touche de Ploermel, - © Charlène mahé

Encadré

 

Futurs agriculteurs, artistes aussi

 

Elles étaient exposées lors du dernier salon "ohhh la vache" et ce sont les élèves des lycées de l'enseignement agricole du Morbihan et autres centres de formation qui en sont les auteurs. "Des futurs agriculteurs qui sont aussi des artistes", a salué Laurence Annick, vice président de Rés'agri. Les résultats du concours de photos qui anime les allées du salon de Pontivy, en octobre, ont donc été dévoilés à l'occasion de l'assemblée générale de Res'agri, partenaire du challenge. Le thème retenu en 2016 était consacré aux gestes en agriculture.

Pour la photo intitulée "premier jour, première becquée" obtient le 3e prix, il revient aux stagiaires en BPREA de centre de formation de Kérel des chambres d'agriculture de Bretagne.

Le deuxième prix pour la photo "la main à la botte", photo montage, revient à Jonhatan Madelaine en BPREA au centre de Kérel. Un prix doté de 200 euros

Le premier prix revient à Charlène Mahé en seconde bac pro CGEA au lycée La Touche de Ploermel, un prix doté de 300 euros.

Le prix du public est décerné à la photo des élèves de première bac pro CGEA du lycée de Kerlebost à Saint Thuriau.

Pour 2017, le thème retenu pour le prochain concours est "l'agriculture façonne et valorise nos paysages". A vos appareils photos....

Le prix du jury revient à à Charlène Mahé en seconde bac pro CGEA au lycée La Touche de Ploermel,

Le prix du public pour les élèves de première bac pro CGEA du Lycée de Kerlebost à Saint-Thuriau.

Pour 2017, le thème retenu pour le concours est : "l'agriculture façonne et valorise nos paysages". A vous appareils photo !

Tanguy Tréhin et Didier Mestric
Tanguy Tréhin et Didier Mestric - © Claire Le Clève

Encadré

Outils de pilotage

 

Didier Mestric a pris appui sur la communauté Internet pour construire, en autodidacte, son outil pour piloter et gérer seul son élevage. Depuis plusieurs années, il numérise ainsi toutes les informations de son exploitation. "C'est simple et je peux les partager avec mon comptable, mon banquier, les techniciens. Elles sont accessibles rapidement, sécurisées et sauvegardées et à portées de souris" résume-t-il. Un outil que l'éleveur à présenté a un groupe du GVA de la Terre aux îles à Hennebont et qui a immédiatement intéressé Tangui Tréhin. "J'ai repris le tableau et l'ai adapté à ma situation", pointe l'éleveur installé depuis 2016 sur une exploitation à 3 associés et un salarié. "Une ration, on ne sait pas combien ça coûte. L'outil me permet de piloter au jour le jour, d'analyser les taux suivant la ration, ajuster, rajouter sans attendre le mois ou l'année. On a 50 places en bâtiment, un robot, il faut que j'optimise pour chaque vache. Ce n'est pas compliqué. Cela me prends une minute par jour et tous les mois, je reprends mes chiffres, j'analyse, je corrige en adaptant la ration par exemple. 10 ct par vache, c'est 1 800 euros de gagnés sur l'année et on va vite sur 50 à 80 ct/vache. Ce sont des petites bricoles qui ajoutées les unes aux autres font la différence" renchérit le jeune installé qui depuis juillet a mis en place cet outil de pilotage qui sera présenté par son auteur, Didier Mestric, le 30 novembre prochain à Ploermel.

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