Terra 30 avril 2015 à 08h00 | Par Paul Jégat

Les industries agroalimentaires de Bretagne se structurent pour l’avenir

Comme chaque année, l’Observatoire économique des IAA de Bretagne publie un bilan des restructurations des industries agroalimentaires de Bretagne, en supplément du numéro d’avril de la Revue de l’Observatoire des industries agroalimentaires. Ce document qui se veut le plus complet possible, ne garantit cependant pas une totale exhaustivité, les entreprises ne communicant pas toutes leur actualité… Les informations relatives aux investissements notamment, sont captées souvent bien en amont de la concrétisation des projets, qui pour certains sont parfois revus en cours de route. Retour sur les événements agroalimentaires dans l'Ouest, avec Julie Rio, chargée de mission du service veille études et prospective de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne.

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Julie Rio, chargée de mission du service veille études et prospective de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne
Julie Rio, chargée de mission du service veille études et prospective de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne - © Terra

Quel bilan faites-vous du secteur agroalimentaire breton en 2014 ?

Julie Rio. En 2014, ce que nous pouvons dire c’est que malgré la conjoncture morose en Europe, les industriels de l’agroalimentaire breton ont fait preuve, cette année encore, de dynamisme modéré que ce soit sur le front des fusions et des acquisitions, mais également en termes d’investissement. Des restructurations ont abouti, souvent en s’accompagnant de suppression d’emplois.

Cette année, le bilan des restructurations s’intitule "Agroalimentaire breton en 2014, de nouvelles pages à écrire pour beaucoup de secteurs". En effet, des événements propres à chacun des secteurs ont obligé leurs acteurs bretons à s’adapter en mettant en place des stratégies multiples, et espérer ainsi compter en l’avenir de leur secteur.

Prenons le cas dans la volaille, le contexte de l’exportation de poulet vers les pays tiers ayant changé, certains modèles économiques d’entreprise, notamment basés sur les aides à l’exportation, ont dû évoluer. Après la tempête, le temps est à l’accalmie pour Doux. L’entrée du saoudien Almunajem à son capital a été confirmé et il a bénéficié d’une parité euro/dollar favorable, lui permettant de faire des projets d’investissement de 23 millions d’euros.

En poulet frais, le grand fait marquant est l’alliance LDC – Avril d’où en découle la Société Bretonne de Volaille, regroupant 11 sites industriels bretons de transformation. LDC cherche ainsi à s’imposer et à se diversifier dans la restauration hors domicile et les PAI (Produits Alimentaires Intermédiaires). Il envisage d’investir 100 millions d’euros sur les cinq prochaines années.

Dans le secteur de la volaille, un tournant s’est donc enclenché en réponse aux problématiques de marché. Les événements ont eu un impact structurant pour le secteur qui est aujourd’hui redessiné, c’est le cas du secteur de la dinde où le groupe Even a définitivement quitté les écrans radar.

Autre secteur qui a été le théâtre de mouvements structurants, celui des fruits et légumes. Après la reprise de Florette par Bakkavör en 2012 et plus récemment celle de Moréac Surgelés par Greenyard Foods, en 2014 ce sont Ardo et Dujardin Foods, deux opérateurs belges présents sur le territoire breton, qui fusionnent.

 

Dans ce contexte difficile, les entreprises ont-elles les moyens de s'adapter ?

J. R. La concentration des acteurs est un moyen, parmi d’autres, pour peser face à la concurrence sur les marchés. Cela a été le cas ces dernières années dans le secteur des produits laitiers, par anticipation de la fin des quotas. Car finalement, en 2014, aucun mouvement de fusion-rapprochement n’est recensé sur le territoire breton, hormis dans l’ultra-frais avec Sill Entreprises qui reprend Le Petit Basque. Les acteurs laitiers sont plutôt cette année sur une dynamique de poursuite ou de finalisation de leurs grands projets laitiers. Synutra avance dans la construction de son usine à Carhaix, l’usine d’ultra-frais bio à Noyal-sur-Vilaine de Triballat Noyal est maintenant opérationnelle. Lactalis envisage de développer ses sites de Retiers et Vitré tout comme Bongrain (Armor Protéines) à Loudéac, pendant que Laïta lance un programme pluriannuel de 80 millions d’euros d’investissement, notamment sur ses sites de Créhen et Landerneau.

 

La grande distribution n'est-elle pas de plus en plus présente dans les filières agroalimentaires?

J. R. Les groupements d’achats d’enseignes de la distribution française font partie des principaux types de capitaux (avec les actionnariats familial et coopératif) des industries agroalimentaires bretonnes. Cette place est confortée par les événements de l’année. En effet, 2014 aura été l’occasion pour le groupe Intermarché de tenir une place prépondérante dans l’actualité des secteurs bretons des viandes et de la charcuterie-salaison. En créant l’entité Agromousquetaires, le 11e groupe agroalimentaire français, regroupant tous ses sites industriels, il conforte sa puissance industrielle par une véritable dynamique d’acquisition. SVA Jean Rozé, une de ses filiales bretonnes, devient majoritaire dans l’actionnariat d’Holvia Porc et elle reprend l’activité de Gad à Josselin… Une page se tourne dans l’histoire de Gad… finissant finalement début 2015 avec l’annonce de la reprise de l’unité salé-fumé (USF) de Lampaul-Guimiliau par le charcutier traiteur Pierrick Henry.

Toutefois, on remarque que ces reprises ont quelque peu rebattu les cartes pour certains sites du groupe Intermarché, avec par exemple, le transfert de l’activité des Salaisons de Guémené de Lorient vers les Salaisons Celtiques à Pontivy avant la fermeture du site en 2016, et perturbé les plans d’investissement pour d’autres. C’est le cas du projet d’usine à la Forêt Fouesnant, pour SCO Monique Ranou, qui a finalement été abandonné.

Du point de vue capitalistique, une autre spécificité est le renforcement de la présence de capitaux étrangers dans les entreprises bretonnes. Du secteur des produits de la mer, où ils étaient déjà très présents. Mais cette année encore ils font parler d’eux : Meralliance, le leader du saumon fumé passe dans le giron du thaïlandais Thaï Union Frozen Products. On recense également cette année l’implantation de la coopérative nipponne Makurazaki directement à Concarneau. Le marché européen a été ciblé pour cette implantation bretonne.

 

Les difficultés rencontrées ces dernières années ont souvent été expliquées par une insuffisance d’investissements industriels, qu'en a t’il été en 2014 ?

J. R. 2014 se concrétise par un maintien des investissements dans tous les secteurs, cependant à divers rythmes. Une grande part de ces investissements est liée à des projets de restructurations ou à du développement d’activité. Dans le secteur des viandes, nous retiendrons une certaine dynamique à l’investissement des opérateurs, que ce soit pour se développer (extension de l’abattoir de Quintin Viandes, déménagement de Guyader Pays d’Armor à Saint-Agathon ou encore extension chez Kermené à Saint-Jacut-du-Mené), pour de la mise aux normes ou de la modernisation (Bigard à Quimperlé, Cooperl Arc Atlantique à Lamballe et Montfort-sur-Meu). Des annonces d’investissement ont également été faites pour des projets à venir chez Josselin Porc Abattage (20 millions d’euros), Société Briécoise d’Abattage (12 millions d’euros), Jean Pierre Tallec ou encore Kermené… Suite à la reprise des sites finistériens Jean Caby par la Financière Turenne Lafayette, enfin actée fin 2014, des promesses d’investissement à hauteur de 10 millions d’euros sont également une bonne nouvelle dans un bassin d’emploi déjà fortement touché par les restructurations. Cependant, des inquiétudes persistent quant à la répartition de l’activité du groupe qui est en cours de restructuration dans d’autres régions de France.

Les entreprises du secteur des plats cuisinés et des produits traiteurs n’ont pas failli à la tâche en termes d’investissement cette année. Parmi les principaux, peuvent être cités la construction d’une nouvelle usine par Davigel, la poursuite de la réorganisation du pôle alimentaire d’Euralis, le développement de l’activité du site de plats préparés de la Cooperl Arc Atlantique à Lamballe ou encore l’installation au Pertre de la société Saveurs Cristal, détenue par le groupe polyvalent Sill Entreprises.

 

L'industrie agroalimentaire bretonne est historiquement liée aux productions animales. Y a-t-il du nouveau ?

J. R. Cette année encore, je trouve que le nombre de projets dans la filière de la production et de la transformation des algues augmente. Après le projet de raffinerie d’Olmix en 2013, de nombreuses PME (Globe Export, Algopack…) font parler d’elles. Enfin, l’ancrage de centres de R&D sur le territoire breton mérite d’être souligné. En 2013, ce sont le Groupe Diana avec son centre Diana Naturals à Rennes et l'entreprise malouine Goëmar à Saint-Malo qui montrent l’exemple. En 2014, c’est au tour d’InVivo NSA d’implanter sa Maison de l’Innovation à Saint-Nolff dans le Morbihan et du Groupe Roullier de concrétiser son projet à Saint-Malo.

- © Terra

INFOS

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economie@bretagne.chambagri.fr

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