Terra 17 juin 2016 à 09h00 | Par Claire Le Clève

Les JA invitent le préfet à la ferme

Trois exploitations agricoles au menu de la visite à laquelle JA56 a convié, mardi dernier, Raymond Le Deun, nouveau préfet du Morbihan. Le moyen de découvrir l'agriculture d'un département où l'installation est à la peine, avec 55 nouveaux installés en 2015, moins d'une installation pour 3 départs en 2014.

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Le préfet Raymond Le Deun sur l'exploitation porcine de Stéphane Morice
Le préfet Raymond Le Deun sur l'exploitation porcine de Stéphane Morice - © Claire Le Clève

Tout nouveau préfet y goûte. Et ce n'est pas pour déplaire à ce représentant de l’État qui déclarait, lors de sa prise de fonction, "il faut savoir écouter pour comprendre un territoire". Dont acte pour JA56 qui, tout juste un mois après la prise de fonction de Raymond Le Deun, lui a dressé, avec la FDSEA et la chambre d'agriculture, l'état des lieux de l'agriculture morbihannaise. Un focus centré avant tout sur les jeunes installés dont le nombre s'étiole depuis 2011, passant de 110 à 55 l'an passé, "avec un regain en ce début d'année, nous sommes déjà à 53 projets d'entreprise validés" espère Thomas Guégan, président des JA. Dans un contexte difficile, où les coûts de production sont supérieurs dans bien des filières aux prix de vente, "c'est tout le problème de la rentabilité de nos productions et de savoir qui capte la valeur ajoutée", glisse-t-il, Ainsi, franchir le cap de l'installation est encore plus dur, d'autant que "le coût de l'installation en 2015 a encore augmenté. Le montant moyen en société est de 534 000 euros, soit 267 000 par associé, avec beaucoup d'écart suivant les productions", a souligné le responsable syndical. "Malgré tout on y croit, c'est un métier qu'on vit comme une passion", n'ont pas manqué de répéter à l'édile les jeunes professionnels.

Les temps de travail explosent

En premier lieu chez Mickaël et Emmanuelle Burban, qui élèvent sur 100 ha à Noyal-Muzillac, un troupeau allaitant de 100 mères charolaises. Ce couple a misé sur la vente directe dans le magasin de producteurs qu'ils ont créé, commercialisant "notre viande en caissette, travaillée par un boucher employé deux jours par semaine". Plus loin à Muzillac, c'est sur une exploitation de 230 ha sur 3 sites, avec 235 vaches produisant 2 100 000 litres livrés chez Eurial au prix de 270 euros des 1 000 l, que le préfet s'est entretenu avec Adrian Robert, 30 ans. Il a rejoint l'exploitation paternelle en 2013 puis s'est associé pour raisons familiales au Gaec de son cousin, deux ans plus tard. Une stabulation neuve distante d'une salle de traite ancienne de 2X11, et la difficulté économique actuelle d'investir (500 000 euros) dans un nouvel équipement, contraignent les trois associés et le salarié, à 8 heures de traite quotidienne (avec le lavage) et un surcroît de travail. "On manque de main d’œuvre, on aurait besoin de 5 à 5,5 uth sur l’exploitation mais le prix du lait ne nous permet pas d'embaucher, sans compter la complexité administrative du dossier du nouveau bâtiment", a-t-il témoigné.

Pas de rentabilité économique

Enfin à Caden, Stéphane Morice qui s'est installé à 39 ans après avoir travaillé 18 ans en tant que salarié porc, responsable d'élevage a franchi le cap il y a deux ans. Sa femme, biologiste, lui a emboîte le pas devenant salariée avec une autre jeune femme à mi temps sur cette exploitation porcine de 220 truies, naisseur-engraisseur (950 places) sur 90 ha en trois sites. "Notre objectif est de moderniser l'élevage, nous l'avons fait pour la partie naissage. Il faudrait le faire pour l'engraissement (400 000 euros). Un des bâtiment a 40 ans, là nous faisons tout à la main, l'autre a 25 ans. C'est 70 h à 80 h de travail hebdomadaire", raconte Stéphane Morice au préfet qui a souligné le regain du cours du porc lié aux importations chinoises. "Un travail sur la relance du marché intérieur est fondamental pour ne pas dépendre des pays extérieurs, cela doit être un socle incompressible", a répété le représentant de l'Etat à l'issue de cette visite, pointant en lait "la goulée d'air financière que pourrait apporter l'année blanche. On a du mal à y faire adhérer les banques".

 

Claire Le Clève

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