Terra 28 mars 2014 à 08h00 | Par H.Bonneau

Les JA veulent réformer les filières

L’heure était au changement lors de l’assemblée générale des jeunes agriculteurs des Côtes d’Armor. L’équipe en place s’envole donc pour de nouveaux horizons en laissant derrière elle de nombreux projets, à commencer par le congrès national, prévu à Saint Brieuc en juin prochain.

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C’est sur fond de préparation du congrès
national des JA que l’ancien et l’actuel présidents effectuent cette passation de pouvoir. "Nous avons
fait venir le congrès dans les Côtes d’Armor. Aux nouveaux de le concrétiser", précise Patrick Gicquel.
C’est sur fond de préparation du congrès national des JA que l’ancien et l’actuel présidents effectuent cette passation de pouvoir. "Nous avons fait venir le congrès dans les Côtes d’Armor. Aux nouveaux de le concrétiser", précise Patrick Gicquel. - © H.B

Une passation de pouvoir en douceur pour Patrick Gicquel, qui laisse son poste de président à Sébastien Rouault. L’ancien président, rattrapé par l’âge maximal imposé chez les JA, a été très applaudi par l’assemblée lors de son élocution. Il a rappelé les grands enjeux qui ont jalonné son mandat : les élections de la chambre d’agriculture, la simplification administrative, la gestion de la qualité de l’eau (DN5...), la négociation de la nouvelle PAC, les assises de l’installation. Il a profité de son discours pour évoquer l’objectif des JA : une installation minimum pour deux départs. Et d’assurer: "l’installation est un devoir collectif". Un leitmotiv qui semble convenir au nouveau président.

Les filières au coeur de la réflexion


Les trois rapporteurs qui ont travaillé de longues semaines sur le thème des filières semblent perplexe envers l’organisation actuelle des interprofessions. Ils se demandent notamment si l’argent investi par les agriculteurs est optimisé: "il y a parfois une superposition des rôles et des missions de chacun, une dispersion des moyens,notamment sur la communication dont le budget global nous semble énorme". Et d’interroger : "s’il y avait une mutualisation des budgets, pourrait-on imaginer qu’une part puisse revenir aux jeunes pour aider à l’installation ou à une baisse de cotisation à l’interprofession pour un JA ?". Ils reviennent, par ailleurs, sur la place de l’agriculteur au sein même de la structure. "Le producteur doit devenir acteur de sa filière pour ne pas être la variable d’ajustement". Pour les jeunes agriculteurs, l’interprofession doit être l’interface entre tous les maillons de la filière, donner les indicateurs économique dans l’intérêt collectif (prix, volumes...).

Prix bas : la faute à qui ?


Les jeunes agriculteurs des Côtesd’Armor constatent sur l’ensemble de la période "une augmentationdes prix de la grande distribution deux fois plus rapide que celle des prix agricoles". Dans cette évolution, ils notent cependant une variation à deux vitesses : "les matières premières ont subi d’importantes fluctuations, alors que les prix alimentaires suivent une évolution beaucoup plus régulière et presque toujours orientée à la hausse". Un constat qui pousse les JA à demander "un comportement plus responsable à la grande distribution". En effet, si les JA reconnaissent la demande de circuits courts de la part du consommateur, ils signalent que ceux-ci représentent 5 à 10 % du marché et que l’essentiel de la vente s’effectue en GMS. Ainsi, ils demandent "la reconnaissancedu modèle breton. Souvent elle-même organisée en coopérative, la grande distribution a tout à gagner à faire passer aux clients le message d’un produit coopératif, produits par des agriculteurs regroupés pour le vendre". Les jeunes agriculteurs insistent également sur la nécessité de regrouper l’offre. Comment ? Ils proposent d’inciter les coopératives à une meilleure organisation. Par ailleurs, ils estiment "subir le désengagement de l’État dans la gestiondes marchés qui est responsable du manque de compétitivité". Ainsi, la multiplication des normes environnementales et un système administratif  lourd auraient freiné les initiatives des agriculteurs. Les JA demandent "l’arrêt de la surenchère dans la mise en place de normes". A Sébastien Rouault, nouveau président des JA 22 d’estimer que "les interrogations de la structure sur l’organisation des filières sont en lien direct avec les projets d’installation des jeunes".Et d’ajouter : "c’est cette optimisation des filières qui permettra en partie, l’installation".

L'organisation des filières bretonnes en débat


Autour de la table : agriculteurs, coopératives, administration,grande distribution. Pour débuter, Emmanuel Le Dantec,responsable de la section choux-fleur à l’UCPT, a présenté la filière légumes, souvent citée en exemple en matière d’organisation. La répartition des pertes et des recettes permet de gérer au mieux les fluctuations de prix. La gestion des volumes est également très rigoureuse afin d’arriver plus puissants face aux distributeurs, même si le responsable confesse "que si nous arrivons à faire passer nos prix, il nous arrive, sur certains produits, de nous faire bouffer tout cru par la grande distribution qui se livre entre-elle à une guerre des prix féroce". Par ailleurs, l’adaptation au marché a longuement été évoqué. Les circuits courts, en ligne de mire pour le chargé des questions agricoles au conseil général 22, Jean-Yves Quéré, qui assume le choix des élus d’accompagner ce type d’agriculture en terme de financement mais aussi d’image. Cependant, il assure "qu’aucun objectif d’augmentation de ce type d’agriculture n’est fixé. Les filières longues doivent perdurer puisqu’elles encouragent fortement l’activité économique sur le département". Dans ce sens, Thierry Rochais, directeur du Super U Cesson à Saint Brieuc, soumet une proposition de développer les filières locales avec par exemple "du porc né, élevé, abattu et commercialisé en Bretagne". Interrogé sur la question des prix, il reconnaît que les prix promotionnels pratiqués en grande surface peuvent méprendre le consommateur sur la valeur réelle des produits mais se dit "soumis au marché par la concurrence avecles autres enseignes de la grande distribution". Ainsi, ChristianGriner, directeur de la coopérative laitière Laïta, attendque "ne soit pas négligé le rôle de l’export. Nos produits, ont de grandes qualités gustatives et sanitaires, ce qui intéresse degrands marchés comme l’Asie. A nous de les prendre". A Nicolas Maurel, membre du conseil d’administration des JA national deconclure : "être agriculteur, c’est d’abord dégager un revenu". Et de rappeler que si le rapport de force producteurs-transformateurs-distributeurs est compliqué, c’est parfois l’export qui amène la solution".

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