Terra 23 février 2017 à 08h00 | Par Chantal Pape

Les micro-fermes, un concept en vogue

Qu'elles pratiquent la permaculture, le bio-intensif ou l'agriculture naturelle, les micro-fermes maraîchères, moins de 1,5 ha/UTH, ont le vent en poupe. Si les investissements de départ sont faibles, le chiffre d'affaires l'est aussi. Comment, dans de telles conditions, atteindre une certaine rentabilité ? Kevin Morel a enquêté sur une vingtaine d'entre elles.

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Un exemple de permaculture.
Un exemple de permaculture. - © Terra

Elles ont tellement le vent en poupe, ces micro-fermes, que Kevin Morel, sa thèse tout juste terminée, n'en finit pas de sillonner la France pour présenter ses résultats. "Elles répondent à plusieurs attentes, explique le jeune ingénieur agronome. Aujourd'hui, un tiers des candidats à l'installation n'est pas issu du milieu agricole". Pour eux, le foncier est un vrai frein. "Et il y a une forte demande des consommateurs pour des produits issus de l'agriculture biologique".

Moins de 1,5 ha et plus de 30 légumes

Avec moins de 1,5 ha/UTH, une micro-ferme produit plus de trente types de légumes différents, qu'elle commercialise en circuits courts. "Mais si le maraîchage est sa principale source de revenu, elle peut aussi détenir des poules, pour produire des œufs et réduire la pression parasitaire, quelques bovins ou ovins pour la viande et le fumier...". Avec une volonté forte de (re)devenir "paysan" et une recherche poussée d'autonomie, ces agriculteurs peuvent aller jusqu'à refuser la mécanisation ou l'utilisation du pétrole. Si de nombreux jeunes, et moins jeunes, s'intéressent à ces systèmes de production, c'est aussi parce qu'une littérature abondante existe sur le sujet, notamment autour de Mollison et Holmgren en permaculture, Coleman et Fortier en bio-intensif ou Fukuoka en agriculture naturelle. "Mais certains laissent croire qu'avec seulement 1 000 m²/UTH, on peut gagner des cents et des milles, tout en travaillant peu, s'exclame Kevin Morel. C'est aussi pour rétablir la vérité auprès des porteurs de projet que j'ai mené ce travail".

Accepter les compromis

Durant trois ans, il a enquêté une vingtaine de micro-fermes, au nord de la Loire : Bretagne, Normandie, Alsace, Lorraine, Pays de Loire... Des fermes jeunes, toutes de moins de dix ans, disposant de 1 000 à 12 000 m²/UTH. Et avec une grande diversité de profils à leur tête : des hommes et des femmes, de 20 à 58 ans, d'ingénieur agronome à zéro formation en agriculture. "Et des choix stratégiques très différents, en termes de commercialisation, d'investissement..., toujours en lien avec leurs projets de vie", précise Kevin Morel.

Des choix parfois radicaux, comme le refus de l'utilisation des bâches pour lutter contre les adventices, ou l'arrêt de commercialisation des paniers pendant trois mois, pour pouvoir profiter de congés pendant l'hiver. "Il faut pouvoir faire accepter ce choix à la clientèle...". Avec, conséquence directe, "l'obligation de réaliser l'ensemble du revenu en 9 mois et, donc, d'implanter des cultures à forte valeur ajoutée, comme les légumes à ratatouille, plutôt que de conservation. Et de construire des serres pour les faire pousser". Un investissement nettement plus élevé ! "L'un des mérites de cette étude aura aussi été de montrer que pour s'installer sur une micro-ferme et en vivre, il faut faire des compromis".

…changer et apprendre

À partir de données récoltées sur chacune des micro-fermes, Kevin Morel a réalisé un grand nombre de simulations, à partir de trois systèmes techniques, deux stratégies d'investissement et deux modes de commercialisation. "Et on se rend vite compte que dégager un revenu les premières années d'installation reste compliqué", indique Kevin Morel. Pour mettre tous les atouts de son côté, mieux vaut démarrer avec un peu de capitaux propres, ne pas trop compter ses heures de travail... "Limiter au maximum les investissements n'est pas forcément la solution : la surcharge de travail sera trop importante".

"Si elles paraissent anecdotiques et utopiques, ces micro-fermes concernent désormais un grand nombre de projets d'installation, indique Kevin Morel, qui incite au dialogue et à l'échange. Ces agriculteurs sont souvent vus comme des extra-terrestres par leurs voisins conventionnels. Mais, s'ils ont beaucoup à apprendre des agriculteurs déjà en place, l'inverse est également vrai". Sur le terrain, nombreuses sont les collaborations qui s'installent : "prêt de matériel, fourniture de paille ou de matière organique contre paniers de légumes ou coup de main...".

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