Terra 26 avril 2018 à 15h00 | Par Chantal Pape

Les producteurs de tomates unissent leurs forces

Si les producteurs de lait ont depuis peu la possibilité de se regrouper en OP et AOP*, maraîchers et légumiers, eux, les pratiquent depuis longtemps. Ainsi, avec ses 1 000 producteurs et ses 20 OP, l'AOP Tomates et concombres de France assure une communication positive sur le métier et les produits, fait le lien avec la grande distribution, les stations de recherche...

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Pour expliquer comment sont produits tomates et concombres sous serre, l'AOP propose des portes ouvertes du 23 au 26 mai.
Pour expliquer comment sont produits tomates et concombres sous serre, l'AOP propose des portes ouvertes du 23 au 26 mai. - © Terra

Reconnue AOP en 2008, l'association Tomates et concombres de France compte près de 1 000 producteurs, 20 organisations de producteurs et deux indépendants, essentiellement en Bretagne, Val de Loire et Sud de la France. "L'adhésion est volontaire, précise Pierre-Yves Jestin, le président de Savéol (29) qui, avec Solarenn (35) a fait le choix de l'AOP nationale quand la Sica de Saint Pol de Léon (29) préférait se tourner vers l'AOP territoriale multiproduits Cerafel. A plusieurs, nous pouvons partager compétences et connaissances".

 

Sans pesticides

L'AOP s'est d'abord fixée pour objectif de communiquer positivement au travers de sa charte de qualité, "qui garantit des produits sains pour le consommateur comme pour la planète". "Nous pratiquons la PBI, la protection biologique intégrée", détaille Pierre-Yves Jestin. Les producteurs introduisent dans leurs serres des prédateurs naturels qui vont parasiter les ravageurs des cultures. Ils utilisent aussi des pièges, où ces ravageurs viennent s'engluer. Et ils n'ont recours aux produits phytosanitaires qu'en dernier lieu, "et le moins possible, pour préserver les auxiliaires des cultures".

 

Une tomate sur deux importée

Les producteurs ont souhaité aller encore plus loin, et proposent désormais, selon les régions, des tomates cultivées sans pesticides "de la fleur à l'assiette", un choix que partagent les trois OP bretonnes, ou garanties sans résidu de pesticides. "Nous proposons une amélioration constante de nos produits", affirme Pierre-Yves Jestin. Une façon aussi de se démarquer de la concurrence.

"Aujourd'hui, une tomate sur deux consommée en France est importée, d'Espagne et du Maroc en hiver, de Belgique ou des Pays-Bas en saison". Et là encore, la force du collectif se fait sentir. "En début de saison, l'AOP adresse un courrier à toutes les enseignes de la distribution pour leur faire savoir que la production française est désormais disponible".

Une distribution qui, de manière globale, joue le jeu. "Mais il est plus simple pour elle de ne pas changer de fournisseur, ce qui nous incite à tester la production en hiver, avec éclairage". En cours de saison, c'est aussi à l'AOP qu'il revient de l'alerter en cas d'engorgement. "Nous allons alors engager des promos avec les grandes surfaces, afin de fluidifier le marché".


Du carton plutôt que du plastique

Mais quelques sujets de friction demeurent... Voilà plusieurs années que l'AOP se bat sur la question des caisses plastique, une pratique que la grande distribution voudrait généraliser. "Mais elle pose problème". Et Pierre-Yves Jestin de citer plusieurs modèles de caisse, un par distributeur. "Dans ces conditions, comment gérer les retours ?" Et d'insister sur le volet sanitaire. "Ces caisses vont se balader d'un bout à l'autre de l'Europe et ramener maladies ou parasites là où ils ne sévissent pas encore".

Le risque est grand aussi de perte de traçabilité, les légumes pouvant être transvasés d'une caisse à l'autre sans qu'il n'y paraisse. "Le colis carton a notre préférence. A usage unique, il garantit la qualité sanitaire de nos produits. Et il nous permet de communiquer avec le consommateur". Et même si la pression de la distribution se fait forte, "ensemble, nous arrivons à tenir bon".


Moins d'eau et d'énergie

La charte qualité de l'AOP s'attache aussi à la préservation des ressources en eau. "Forage, eau de pluie... : à chacun sa solution", indique Pierre-Yves Jestin. En trente ans, la consommation d'eau, ramenée au kilo de tomates produites, a été divisée par deux. "Et ça fait déjà 20 ans qu'on travaille sur le recyclage de nos solutions nutritives".

Originaire d'Amérique du Sud, la tomate a besoin de chauffage une bonne partie de l'année pour atteindre les 22° qui lui sont nécessaires. La flambée de l'énergie, au début des années 2000, a obligé les producteurs à réagir. "Et en 10 ans seulement, de 2004 à 2014, la consommation a diminué de 40 %", rappelle Pierre-Yves Jestin.

Gestion plus fine du climat dans la serre, variétés moins exigeantes, écrans thermiques, stockage de l'énergie... : les solutions ont été multiples. Et, dans le même temps, les sources d'énergie se sont diversifiées : bois de palette ou plaquettes forestières, cogénération... ont permis d'alléger la facture. Certains producteurs ont construit leurs serres à proximité de centrales d'incinération d'ordures ménagères ou de centrales nucléaires pour récupérer la chaleur. D'autres réfléchissent à la méthanisation, à des films photovoltaïques à déployer sur la serre à certaines périodes de l'année ou à la pyrogazéification du bois, qui permet un meilleur rendement, tout en réduisant cendres et fumées.

La serre fermée, qui refroidit l'air en été, est déjà en production dans le Sud de la France. Et la station du Caté, à Saint Pol de Léon, teste une version semi-fermée, moins onéreuse, qui permet de déshumidifier l'air entrant, réduisant d'autant les besoins en chauffage.

Sur le volet technique, l'AOP assure un rôle de veille. "Et de plus en plus, les programmes de recherche et développement, menés au sein des stations expérimentales, sont mutualisés". Car les investissements sont lourds et demandent à être d'abord testés et validés en station, avant de se généraliser chez les producteurs.

 

*OP (organisation de producteurs) et AOP (associations d’organisations de producteurs).

 

 

 

- © Terra

Du 23 au 26 mai : portes ouvertes en serres

"Il y a une réelle méconnaissance des conditions de production sous serre". C'est la raison pour laquelle les producteurs de l'AOP Tomates et concombres de France s'apprêtent, pour la troisième année consécutive, à ouvrir leurs serres au public du 23 au 26 mai prochains :

- Brest (29) : mercredi 23 mai,  9h ou 14h, le vendredi 25 mai à 16h et samedi 26 mai, 14h ou 16h,
- Loperhet (29), mercredi 23 mai, 14h et samedi 26 mai, 10h ou 11h30,
- à Cesson Sévigné (35) samedi 26 mai à 10h ou 14h.

"Ces portes ouvertes ont un double objectif, précise l'AOP. Expliquer aux consommateurs comment sont produites les tomates. mais aussi toucher le monde de l'enseignement". Autour de chacune des 22 serres qui participent à l'opération, les écoles ont donc été invitées. "Et aux plus jeunes, nous distribuerons la plaquette A quoi ça serre, une BD dans laquelle Combo et Matie, un concombre et une tomate font découvrir à un jeune garçon les avantages de la serre ou de la fibre de coco, la cogénération, la lutte biologique, la pollinisation par les bourdons...".

 

Renseignements/inscription : www.tomates-de-france.com


- © Interfel

La tomate française en chiffres


- 96 %
des foyers français consomment de la tomate, ils en achètent en moyenne 18 fois par an,
- Panier moyen : 850 g pour une consommation totale de 15 kg/an, 
- La production nationale est estimée à 620 000 t pour une consommation qui dépasse le million de t.

 

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